Re­tour des en­nuis ju­di­ciaires pour Ja­cob Zuma

L’ap­pel du chef de l’Etat contre la dé­ci­sion de re­lan­cer contre lui 783 in­cul­pa­tions de cor­rup­tion a été re­je­té par la Cour su­prême d’ap­pel

La Presse (Tunisia) - - INTERNATIONAL -

AFP — La jus­tice sud-afri­caine a rou­vert la voie hier à un éven­tuel pro­cès pour cor­rup­tion contre le pré­sident Ja­cob Zuma dans une af­faire de ventes d’armes qui tient le pays en ha­leine de­puis une bonne di­zaine d’an­nées. Dans un ju­ge­ment lu à l’au­dience par le juge Eric Leach, la Cour su­prême d’ap­pel de Bloem­fon­tein (centre) a re­je­té un ap­pel du chef de l’Etat contre la dé­ci­sion de re­lan­cer contre lui 783 in­cul­pa­tions de cor­rup­tion, fraude fis­cale et ex­tor­sion de fonds dans le cadre de ce dos­sier. Très at­ten­due, cette dé­ci­sion ren­voie la balle dans le camp du par­quet gé­né­ral sud-afri­cain (NPA), qui doit dé­sor­mais dé­ci­der de re­lan­cer ou non le dos­sier et, éven­tuel­le­ment, de ren­voyer Ja­cob Zuma de­vant un tri­bu­nal. A la pointe du com­bat contre le chef de l’Etat, le prin­ci­pal par­ti d’op­po­si­tion, l’Al­liance dé­mo­cra­tique (DA), a sa­lué une «vic­toire pour la jus­tice, pour l’Etat de droit et pour l’Afrique du Sud». «La loi s’ap­plique à tous, quel que soit son sta­tut», s’est fé­li­ci­té le chef de la DA, Mmu­si Mai­mane, de­vant la presse. «Si le pré­sident est in­no­cent comme il le clame, il doit lais­ser un tri­bu­nal en ju­ger», a-t-il ajou­té. La pré­si­dence s’est pour sa part ré­jouie dans un com­mu­ni­qué que M. Zuma puisse dé­sor­mais «pré­sen­ter ses ar­gu­ments» au par­quet afin qu’il rende «une dé­ci­sion fon­dée». L’ac­tuel chef de l’Etat est ac­cu­sé d’avoir tou­ché, alors qu’il était vice-pré­sident, des pots-de-vin pour un contrat d’ar­me­ment de 4,2 mil­liards d’eu­ros si­gné en 1999 par l’Afrique du Sud avec plu­sieurs en­tre­prises eu­ro­péennes, dont la fran­çaise Thales. Il avait alors été for­mel­le­ment in­cul­pé, mais ces pour­suites avaient été aban­don­nées en 2009 au mo­tif qu’elles avaient été, se­lon le par­quet gé­né­ral, mo­ti­vées po­li­ti­que­ment.

Ba­taille po­li­tique

M. Zuma était alors en­ga­gé dans une fu­rieuse ba­taille po­li­tique avec le pré­sident de l’époque, Tha­bo Mbe­ki. Li­mo­gé de son poste de vice-pré­sident en 2005 à cause de son in­cul­pa­tion, M. Zuma avait pris sa re­vanche en ac­cé­dant en 2007 à la di­rec­tion du Con­grès na­tio­nal afri­cain (ANC, au pou­voir), puis en ob­te­nant la chute du pré­sident Mbe­ki un an plus tard. Op­por­tu­né­ment li­bé­ré de toute pour­suite, M. Zuma a ac­cé­dé à la pré­si­dence de l’Afrique du Sud après les élec­tions de 2009. De­puis huit ans main­te­nant, l’Al- liance dé­mo­cra­tique a mul­ti­plié les re­quêtes de­vant la jus­tice pour ob­te­nir la ré­ou­ver­ture du dos­sier. Elle a en­fin ob­te­nu sa­tis­fac­tion en 2016, lors­qu’un tri­bu­nal de Pre­to­ria a ju­gé «ir­ra­tion­nel» l’aban­don des pour­suites en­ga­gées contre M. Zuma. Mais le par­quet gé­né­ral et le pré­sident Zuma ont fait ap­pel de cette dé­ci­sion. « Les ap­pels sont re­je­tés » , a confir­mé ven­dre­di la Cour su­prême d’ap­pel. «Les rai­sons avan­cées pour in­ter­rompre les pour­suites ne ré­sistent pas à l’exa­men», a jus­ti­fié le juge Leach. Cette dé­ci­sion consti­tue un nou­veau coup dur pour M. Zuma, dé­jà af­fai­bli par une sé­rie de scan­dales qui per­turbent la fin de son règne. C’est un «re­vers si­gni­fi­ca­tif», a com­men­té à l’AFP l’ex­pert en droit consti­tu­tion­nel Law­son Nai­doo. Le pré­sident «peut dé­sor­mais sai­sir la Cour consti­tu­tion­nelle», la plus haute ins­tance ju­di­ciaire du pays, «mais il semble qu’il n’ait pas de rai­son ju­ri­dique de le faire», a-t-il es­ti­mé.

Plus fra­gile

Le chef de la DA a pres­sé le par­quet de re­lan­cer le dos­sier au plus vite et ex­hor­té le pré­sident «à ces­ser de gas­piller l’ar­gent pu­blic en re­quêtes ju­ri­diques in­ter­mi­nables». Le chef de l’Etat «doit se ré­soudre à af­fron­ter son des­tin», a lan­cé en écho le pré­sident du Mou­ve­ment dé­mo­cra­tique uni (UDM, op­po­si­tion), Ban­tu Ho­lo­mi­sa. M. Zuma doit quit­ter la pré­si­dence sud-afri­caine au terme de son deuxième et der­nier man­dat à l’is­sue des élec­tions gé­né­rales pré­vues en 2019. Son par­ti, le Con­grès na­tio­nal afri­cain (ANC), doit choi­sir en dé­cembre son suc­ces­seur à sa tête et, en cas de vic­toire du par­ti en 2019, à celle du pays. Dans cette course, M. Zuma sou­tient son ex-épouse Nko­sa­za­na Dla­mi­ni-Zuma avec l’ob­jec­tif, disent ses dé­trac­teurs, qu’elle lui ga­ran­tisse son im­mu­ni­té ju­di­ciaire. Son prin­ci­pal ad­ver­saire est l’ac­tuel vice-pré­sident Cy­ril Ra­ma­pho­sa. Le ju­ge­ment ren­du ven­dre­di «va ren­for­cer ceux qui au sein de l’ANC sou­haitent né­go­cier le dé­part» an­ti­ci­pé de M. Zuma de la pré­si­dence, a es­ti­mé l’ana­lyste po­li­tique Ralph Ma­thek­ga, «il est de­ve­nu beau­coup plus fra­gile». Jus­qu’à pré­sent, M. Zuma a tou­jours réus­si à pas­ser au tra­vers des mailles de la jus­tice. A une ex­cep­tion près. L’an der­nier, il a été con­traint de rem­bour­ser une par­tie des tra­vaux de «sé­cu­ri­té» fi­nan­cés par l’Etat dans sa ré­si­dence pri­vée.

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