La Ré­pu­blique is­la­mique en deuil

En plus des 432 morts ira­niens, 8 per­sonnes ont pé­ri en Irak, et le séisme a fait of­fi­ciel­le­ment plus de 7.700 bles­sés en Iran et 336 en Irak

La Presse (Tunisia) - - INTERNATIONAL -

AFP — Le gou­ver­ne­ment ira­nien a pro­mis hier une action éner­gique pour mettre fin aux dif­fi­cul­tés éprou­vées par les si­nis­trés du séisme ayant frap­pé di­manche la pro­vince de Ker­man­shah, dans l’ouest de l’Iran, alors qu’un élan de so­li­da­ri­té na­tio­nale se met­tait en place. Deux jours après la ca­tas­trophe, la ville de Sar-e Pol-e Za­hab, d’où sont ori­gi­naires les trois quarts des 432 per­sonnes tuées par le séisme — se­lon le der­nier bi­lan of­fi­ciel — pré­sen­tait un vi­sage contras­té, se­lon un jour­na­liste de l’AFP. A cô­té des im­meubles ou mai­sons to­ta­le­ment dé­truites, ou des construc­tions qui tiennent en­core mais dont les fa­çades ont été éven­trées, de nom­breux bâ­ti­ments ont ré­sis­té au trem­ble­ment de terre de ma­gni­tude 7,3. Vers 15H00 (11H30 GMT), une équipe de sau­ve­teurs et de chiens re­ni­fleurs du Crois­sant rouge s’ac­ti­vait à la re­cherche de sur­vi­vants. Le centre de la ville était em­bou­teillé: de nom­breux ha­bi­tants de la pro­vince sont ve­nus avec leur voi­ture prê­ter secours aux si­nis­trés. Cer­tains dis­tri­buaient des cou­ver­tures, d’autres de l’eau, ap­por­tant un com­plé­ment d’aide bien­ve­nu aux ef­forts four­nis par l’État. Dans une rue du centre de cette ci­té de quelque 85.000 ha­bi­tants, des ri­ve­rains ai­daient des po­li­ciers à éva­cuer un vieil homme au vi­sage cou­vert de sang sé­ché et à la main ban­dée dont l’ha­bi­ta­tion ris­quait de s’écrou­ler à tout ins­tant. Plu­sieurs parcs ont été trans­for­més en cam­pings. Des cen­taines de tentes four­nies par le Crois­sant-Rouge y cô­toient des tentes in­di­vi­duelles. «Ce dont nous avons be­soin, c’est d’une tente et de cou­ver­tures pour pou­voir pas­ser la nuit», a té­moi­gné Shi­ma Ma­rya­mi Kia­ni, 24 ans, avec son en­fant de trois ans. Comme eux, des di­zaines de mil­liers de si­nis­trés de­vront pas­ser une nou­velle nuit de­hors.

«Chauf­fage, lo­ge­ment, nour­ri­ture»

Ar­ri­vé en hé­li­co­ptère dans la ma­ti­née, le pré­sident Has­san Ro­ha­ni de­vait avoir dans l’après-mi­di une réunion avec les au­to­ri­tés lo­cales pour éva­luer la si­tua­tion. «Je veux as­su­rer tous ceux qui souffrent que le gou­ver­ne­ment a com­men­cé à agir avec tout son pou­voir et qu’il s’ef­force de ré­soudre (leurs pro­blèmes) le plus vite pos­sible», a-t-il dé­cla­ré. A l’ap­proche de l’hi­ver, l’aide aux si­nis­trés est un défi ma­jeur. Se­lon une es­ti­ma­tion of­fi­cielle, 15.500 lo­ge­ments ont été dé­truits, et 15.000 autres en­dom­ma­gés. Se­lon les au­to­ri­tés, sept villes et près de 2.000 vil­lages ont su­bi des dé­gâts. «L’ur­gence est dé­sor­mais de four­nir des so­lu­tions pour le chauf­fage, le lo­ge­ment et la nour­ri­ture», a re­con­nu à la té­lé­vi­sion na­tio­nale Pir Hos­sein Koo­li­vand, le chef du ser­vice na­tio­nal de secours ira­nien, alors que les au­to­ri­tés lais­saient en­tre­voir une fin des opé­ra­tions de re­cherche dans la jour­née. La Ré­pu­blique is­la­mique ob­ser­vait hier une jour­née de deuil na­tio­nal à la mé­moire des vic­times. En plus des 432 morts ira­niens, 8 per­sonnes ont pé­ri en Irak, et le séisme a fait of­fi­ciel­le­ment plus de 7.700 bles­sés en Iran et 336 en Irak. Les trem­ble­ments de terre sont fré­quents en Iran. Le séisme de dé­cembre 2003 (31.000 morts), qui avait anéan­ti la ville his­to­rique de Bam (sud), et ce­lui de juin 1990 — 40.000 morts dans le nord du pays — res­tent pro­fon­dé­ment gra­vés dans la mé­moire col­lec­tive.

«L’Iran pleure»

Les zones frap­pées par la ca­tas- trophe ont été un théâtre ma­jeur des com­bats de la guerre entre l’Irak et l’Iran (1980-1988) et en portent en­core au­jourd’hui les stig­mates. Sar-e Pol-e Za­hab, en par­ti­cu­lier, a été un sym­bole de la ré­sis­tance de longue ha­leine de l’Iran dans cette guerre dé­clen­chée par l’Irak. En signe de deuil, la té­lé­vi­sion na­tio­nale ar­bo­rait un ban­deau noir à l’écran. Elle dif­fu­sait par in­ter­valles un dia­po­ra­ma pré­sen­tant les dé­gâts et les vic­times sur l’air de «Sad Li­sa», chan­son du Bri­tan­nique Cat Ste­vens (Yu­suf Is­lam de­puis sa conver­sion à l’is­lam). La pro­vince de Ker­man­shah est prin­ci­pa­le­ment peu­plée de Kurdes. Pour té­moi­gner de sa com­pas­sion, le quo­ti­dien gou­ver­ne­men­tal Iran a ar­bo­ré ex­cep­tion­nel­le­ment un titre en kurde, en pre­mière page: «L’Iran pleure avec Ker­man­shah». Ci­té par les mé­dias ira­niens, plu­sieurs res­pon­sables lo­caux ont néan­moins es­ti­mé hier ma­tin que les ef­forts de l’État étaient en­core in­suf­fi­sants pour ré­pondre à la dé­tresse des po­pu­la­tions. Des ini­tia­tives pri­vées ont pris le re­lai. Gloire du foot­ball ira­nien, l’an­cien joueur Ali Daei a lan­cé une ini­tia­tive de collecte de nour­ri­ture et de biens de pre­mière né­ces­si­té. Un grand ci­né­ma té­hé­ra­nais a an­non­cé dé­dier la moi­tié de ses re­cettes pour ai­der les si­nis­trés, et les deux équipes de foot­ball de la ca­pi­tale ont an­non­cé l’en­voi de cen­taines de tentes et cou­ver­tures. Se­lon les au­to­ri­tés, la des­serte en eau et en élec­tri­ci­té était pro­gres­si­ve­ment ré­ta­blie dans la ma­jeure par­tie des zones tou­chées. L’agence ira­nienne Tab­nak a rap­por­té un sym­bole d’es­poir: la nais­sance d’une pe­tite fille, pré­nom­mée Ava, dans un des trois hô­pi­taux de cam­pagne de la zone si­nis­trée.

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