Pour un par­te­na­riat ga­gnant-ga­gnant

L’Ac­cord de libre-échange com­plet et ap­pro­fon­di (Ale­ca) pro­voque en­core des ré­ti­cences chez les uns et les autres quant à son im­pact sur l’éco­no­mie tu­ni­sienne, et sur­tout sur les sec­teurs de l’agri­cul­ture et des ser­vices. Mais aus­si eu égard à l’ob­jec­tif

La Presse (Tunisia) - - ECONOMIE - Dé­fis so­cioé­co­no­miques Ma­ha OUELHEZI

An­to­nio Ta­ja­ni, pré­sident du Par­le­ment eu­ro­péen, a dé­cla­ré de­vant l’A.R.P. que sa der­nière vi­site dans notre pays était une op­por­tu­ni­té im­por­tante pour ren­for­cer les liens éco­no­miques entre la Tu­ni­sie et l’Union eu­ro­péenne, pour ac­cé­lé­rer les ré­formes éco­no­miques et sou­te­nir la di­ver­si­fi­ca­tion et la mo­der­ni­sa­tion de l’éco­no­mie tu­ni­sienne. Un ac­cord qui per­met­trait, se­lon lui, aux pro­duits et ser­vices tu­ni­siens d’ac­cé­der plus fa­ci­le­ment à un mar­ché eu­ro­péen de 500 mil­lions de consom­ma­teurs et fa­vo­ri­se­rait les condi­tions d’in­ves­tis­se­ment et le cli­mat des affaires par un cadre ré­gle­men­taire plus pré­vi­sible et plus proche de ce­lui de l’UE. «Il s’agit d’un ac­cord asy­mé­trique et pro­gres­sif pour l’avan­tage de la Tu­ni­sie avec une ou­ver­ture com­mer­ciale et un rap­pro­che­ment ré­gle­men­taire adap­tés aux prio­ri­tés choi­sies par la Tu­ni­sie en te­nant compte les spé­ci­fi­ci­tés de son éco­no­mie» , a-t-il af­fir­mé. Mais il est ju­di­cieux de s’in­ter­ro­ger sur les ef­fets d’une telle ou­ver­ture sur l’éco­no­mie tu­ni­sienne dans la conjonc­ture ac­tuelle. Se­lon le «Guide de l’Ale­ca», une pu­bli­ca­tion réa­li­sée par le Me­di­ter­ra­nean De­ve­lop­ment Ini­tia­tive (MDI) et la Fon­da­tion al­le­mande Kon­rad Ade­nauer Stif­tung (KAS) en dé­cembre 2016, l’Ale­ca se­rait un ins­tru­ment de rap­pro­che­ment entre la Tu­ni­sie et l’Union eu­ro­péenne et non pas une fin en soi. Le but étant l’ap­pro­fon­dis­se­ment à la carte des re­la­tions com­mer­ciales entre les deux par­ties. On es­time qu’au­pa­ra­vant, on pré­voyait uni­que­ment l’éli­mi­na­tion des bar­rières doua­nières pour le com­merce des biens. Mais l’Ale­ca per­met­tra une in­té­gra­tion plus pous­sée de la Tu­ni­sie dans le mar­ché eu­ro­péen à tra­vers la ré­duc­tion des obs­tacles non ta­ri­faires, la sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures doua­nières, la li­bé­ra­li­sa­tion du com­merce des ser­vices choi­sis par la Tu­ni­sie.

L’étude du MDI et KAS in­dique que la dé­pen­dance per­sis­tante de l’éco­no­mie vis-à-vis de la pro­duc­tion à bas prix et des sec­teurs d’ex­por­ta­tion à faible va­leur ajou­tée ne per­met pas à la Tu­ni­sie de faire face aux dé­fis que pose le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et so­cial. De même, la so­phis­ti­ca­tion des ex­por­ta­tions tu­ni­siennes a peu ou prou évo­lué de­puis les an­nées 1960. Ce qui fait que la trans­for­ma­tion struc­tu­relle de l’éco­no­mie de­vrait pas­ser par une plus grande contri­bu­tion des ex­por­ta­tions à la crois­sance, une contri­bu­tion plus im­por­tante du sec­teur des ser­vices, et une orien­ta­tion de la pro­duc­tion vers des sec­teurs à plus forte va­leur ajou­tée. Ce­ci né­ces­site éga­le­ment des ré­formes struc­tu­relles pour boos­ter l’in­ves­tis­se­ment pri­vé, se­lon les au­teurs de l’étude, in­di­quant que la po­li­tique in­té­rieure consti­tue une plus grande en­trave au com­merce in­ter­na­tio­nal que par le pas­sé. A titre d’exemple, la faible pro­tec­tion de la pro­prié­té in­tel­lec­tuelle et des droits des in­ves­tis­seurs est nui­sible pour les chaînes de va­leur mon­diales parce qu’en cas de dé­lo­ca­li­sa­tion de la pro­duc­tion, le fonds de com­merce et le ca­pi­tal des en­tre­prises sont plus ex­po­sés à l’in­ter­na­tio­nal. Di­sons que le contexte par­ti­cu­lier dans le­quel se trouve la Tu­ni­sie sup­pose une bonne préparation du cô­té tu­ni­sien aux préa­lables de cet ac­cord, sans la­quelle l’éco­no­mie tu­ni­sienne pour­rait être né­ga­ti­ve­ment im­pac­tée par cette ou­ver­ture. Pour ce­la, les ré­formes en­ga­gées pour la lutte contre la cor­rup­tion, et le mar­ché pa­ral­lèle as­so­ciée à la ré­forme ad­mi­nis­tra­tive, sont in­dis­pen­sables et doivent être ac­cé­lé­rées da­van­tage. Ajou­tons-y la né­ces­si­té d’har­mo­ni­ser les lois et les ré­gle­men­ta­tions tu­ni­siennes avec la lé­gis­la­tion eu­ro­péenne afin d’en pro­fi­ter plei­ne­ment.

Dy­na­mi­sa­tion de l’in­ves­tis­se­ment

D’ailleurs, Hi­chem El­lou­mi, vice-pré­sident de l’UTICA, a dé­cla­ré, lors de la vi­site de M. Ta­ja­ni, que l’Ale­ca de­vrait être un cadre pour pro­mou­voir un co­dé­ve­lop­pe­ment qui pro­fi­te­rait aux deux par­ties, tout en pre­nant en compte leur poids éco­no­miques dif­fé­rents. «Nous sou­hai­tons que cet ac­cord aille au-de­là du simple éta­blis­se­ment d’une zone de li­breé­change pour abou­tir à la dy­na­mi­sa­tion des flux d’in­ves­tis­se­ment, à la pro­mo­tion des sy­ner­gies in­dus­trielles et agri­coles ain­si qu’au ren­for­ce­ment du dis­po­si­tif d’ap­pui à la po­li­tique na­tio­nale de Re­cherche & Dé­ve­lop­pe­ment» , a-t-il sou­li­gné. Il a éga­le­ment ap­pe­lé à l’adop­tion d’un pro­gramme si­mi­laire au pro­gramme de mise à ni­veau de l’ap­pa­reil in­dus­triel au pro­fit du sec­teur agri­cole, des fi­lières agroa­li­men­taires et du sec­teur des ser­vices. Il a in­sis­té sur la fa­ci­li­ta­tion de l’ac­cès des pro­duits tu­ni­siens au mar­ché eu­ro­péen, en éli­mi­nant les quo­tas à l’exemple de l’huile d’olive, des bar­rières ta­ri­faires et non ta­ri­faires comme pour les fruits et autres et la ré­vi­sion des règles d’ori­gine pour le sec­teur Tex­tile et Ha­bille­ment. Concer­nant la mo­bi­li­té des per­sonnes, il a si­gna­lé que l’Ale­ca de­vra fa­ci­li­ter les pro­cé­dures d’oc­troi des vi­sas pour cer­taines ca­té­go­ries de per­sonnes, à l’ins­tar des étu­diants, des cher­cheurs et des res­pon­sables et cadres d’en­tre­prises, afin de per­mettre de pro­mou­voir la Tu­ni­sie comme un hub ré­gio­nal pro­pice à l’émer­gence d’une co­opé­ra­tion tri­an­gu­laire Eu­rope-Tu­ni­sie-Afrique.

Risques

D’un autre cô­té, une étude de l’as­so­cia­tion So­li­dar Tu­ni­sie sur «le sec­teur des TIC et ALE­CA : état des lieux vs at­tentes du sec­teur», a mon­tré que des me­naces per­sistent sur les en­tre­prises du sec­teur des TIC face à l’ap­pli­ca­tion de cet ac­cord. Elle montre que les en­tre­prises du sec­teur res­tent de pe­tite taille face à une de­mande qui pro­vient pour la plu­part du ser­vice pu­blic et avec des com­mandes im­por­tantes. Une étude de la Banque mon­diale es­time que 80% les en­tre­prises em­ploient moins de 50 per­sonnes. Les risques en­cou­rus ont trait à la dis­pa­ri­tion des pe­tites en­tre­prises in­ca­pables de sou­te­nir la concur­rence in­ter­na­tio­nale des grandes firmes étran­gères et la pro­blé­ma­tique de l’ob­ten­tion du vi­sa qui em­pê­che­rait les en­tre­prises tu­ni­siennes d’opérer ra­pi­de­ment sur le mar­ché eu­ro­péen. Il s’agit aus­si des li­mi­ta­tions de l’offre eu­ro­péenne, du moins dans la par­tie concer­nant l’in­ves­tis­se­ment, in­ter­di­sant d’exi­ger un trans­fert tech­no­lo­gique de l’in­ves­tis­seur, d’at­teindre un ni­veau ou un pour­cen­tage don­né de conte­nu na­tio­nal, de re­cru­ter un nombre don­né ou un pour­cen­tage don­né de ses res­sor­tis­sants et d’at­teindre un ni­veau don­né de Re­cherche & Dé­ve­lop­pe­ment sur son ter­ri­toire. Ain­si, l’étude a re­cen­sé les at­tentes du sec­teur TIC tu­ni­sien par rap­port au par­te­naire eu­ro­péen. Il s’agit de ren­for­cer la contri­bu­tion eu­ro­péenne dans la for­ma­tion des in­for­ma­ti­ciens tu­ni­siens qui s’ex­portent en Eu­rope. La Tu­ni­sie ex­porte plus de 1000 in­gé­nieurs in­for­ma­ti­ciens vers l’Eu­rope chaque an­née. Les at­tentes concernent éga­le­ment une aide fi­nan­cière eu­ro­péenne pour aug­men­ter la ca­pa­ci­té de for­ma­tion des écoles d’in­gé­nieurs, du fait qu’il existe une asy­mé­trie entre les so­cié­tés eu­ro­péennes et tu­ni­siennes en R&D en termes d’ac­cès au fi­nan­ce­ment. Il s’agit aus­si à per­mettre la dé­lo­ca­li­sa­tion des cré­dits-im­pôt re­cherche oc­troyés et à amé­lio­rer l’ac­cès aux pro­jets H2020 pour la Tu­ni­sie. D’ailleurs, l’étude pro­pose d’in­ci­ter à la mise en oeuvre du prin­cipe du trai­te­ment na­tio­nal quant à l’ou­ver­ture du mar­ché pu­blic eu­ro­péen aux en­tre­prises tu­ni­siennes, l’oc­troi de vi­sas avec per­mis de tra­vail à tous les tra­vailleurs des so­cié­tés TIC pour quatre ans. On ap­pelle à la sup­pres­sion des obs­tacles de change pour les en­tre­prises TIC tu­ni­siennes qui tra­vaillent pour le mar­ché eu­ro­péen et l’ac­cé­lé­ra­tion de la si­gna­ture élec­tro­nique pour fa­ci­li­ter, à titre d’exemple, le dé­doua­ne­ment des biens.

L’Ale­ca doit consti­tuer une op­por­tu­ni­té pour ren­for­cer les ex­por­ta­tions

Tu­ni­sie-UE : des re­la­tions qui doivent se re­nou­ve­ler sur des bases so­lides

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.