Bien pré­pa­rer le pas­sage à la 3e gé­né­ra­tion

en­tre­prises fa­mi­liales

La Presse (Tunisia) - - ECONOMIE - Cho­kri GHAR­BI

Le Fo­rum de la gou­ver­nance, dans sa 5e édi­tion, or­ga­ni­sé ré­cem­ment par l’Ins­ti­tut arabe des chefs d’en­tre­prises (Iace), a choi­si pour thème ré­vé­la­teur «Pré­pa­rer le pas­sage de la 2e à la 3e gé­né­ra­tion des en­tre­prises fa­mi­liales tu­ni­siennes». Il existe beau­coup d’en­tre­prises fa­mi­liales en Tu­ni­sie de pe­tite ou moyenne taille dont cer­taines sont gé­rées cor­rec­te­ment, alors que d’autres souffrent d’une mau­vaise ges­tion et d’une si­tua­tion fi­nan­cière dés­équi­li­brée. Se­lon l’Iace, le pas­sage d’une gé­né­ra­tion à une autre s’ac­com­pagne d’un taux de dis­pa­ri­tion de l’en­tre­prise qui va cres­cen­do. Aux Etats-Unis d’Amé­rique, 30% seule­ment des en­tre­prises sur­vivent jus­qu’à la deuxième gé­né­ra­tion, 12% jus­qu’à la troi­sième gé­né­ra­tion et seules 3% at­teignent ou dé­passent la 4e gé­né­ra­tion. Ce phé­no­mène se re­trouve avec gé­né­ra­le­ment les mêmes taux de dis­pa­ri­tion en France, en An­gle­terre, en Bel­gique et un peu par­tout dans le monde.

As­su­rer la pé­ren­ni­té de l’en­tre­prise

Les en­tre­prises fa­mi­liales forment un pi­lier im­por­tant de l’éco­no­mie mon­diale et tu­ni­sienne. Le fait que très peu d’en­tre­prises fa­mi­liales sur­vivent après la pre­mière gé­né­ra­tion est uni­ver­sel et in­dé­pen­dant du contexte cultu­rel ou de l’en­vi­ron­ne­ment éco­no­mique et touche par consé­quent la Tu­ni­sie. Ce n’est pas par ha­sard si la cin­quième édi­tion du Fo­rum de la Gou­ver­nance a été consa­crée à la pro­blé­ma­tique de la trans­mis­sion de l’en­tre­prise familiale de la deuxième à la troi- sième gé­né­ra­tion. C’est que l’on a consta­té avec amer­tume que cer­taines en­tre­prises fa­mi­liales dis­pa­raissent avec la dis­pa­ri­tion de leur créa­teur et pre­mier gé­rant. Plu­sieurs ex­perts na­tio­naux et in­ter­na­tio­naux, éco­no­mistes, ain­si que des re­pré­sen­tants des en­tre­prises fa­mi­liales tu­ni­siennes ont par­ti­ci­pé à ce fo­rum. Pré­pa­rer le pas­sage de la 2e à la 3e gé­né­ra­tion des en­tre­prises fa­mi­liales tu­ni­siennes consti­tue un vrai défi à sur­mon­ter. Il s’est avé­ré, en ef­fet, que peu d’en­tre­prises passent de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion sou­vent par manque de préparation. En ef­fet, l’ins­tau­ra­tion d’un nou­veau mode de gou­ver­nance, le trans­fert du sa­voir-faire ma­na­gé­rial et la ges­tion de conflits sont sou­vent évo­qués en tant que rai­sons prin­ci­pales de l’échec du pas­sage. C’est dans ce cadre que le Fo­rum de la gou­ver­nance 2017 a ju­gé utile d’abor­der cette thé­ma­tique en vue d’amé­lio­rer la co­hé­rence et l’ap­pli­ca­bi­li­té d’une tran­si­tion fluide d’une gé­né­ra­tion à une autre. Pour ce faire, une sé­rie d’en­tre­tiens se­mi-di­rec­tifs a été conduite avec dif­fé­rents membres d’en­tre­prises fa­mi­liales pé­rennes, ayant dé­mon­tré leur ca­pa­ci­té à per­sis­ter dans le temps, afin d’iden­ti­fier les élé­ments clés de cette pé­ren­ni­té. Cer­taines en­tre­prises fa­mi­liales opé­rant dans les dif­fé­rents sec­teurs sont hé­ri­tées de père en fils et ont en­core un ave­nir ra­dieux de­vant elles. Ces en­tre­prises concernent, entre autres, le tex­tile-ha­bille­ment, l’ar­ti­sa­nat, le cuir et chaus­sures…

S’adap­ter au nou­veau contexte

Certes, des chan­ge­ments doivent être opé­rés au ni­veau de la ges­tion, de la con­cep­tion et de la pro­duc­tion de l’en­tre­prise. Les exi­gences des consom­ma­teurs dans les an­nées cin­quante ne sont pas les mêmes que celles de 2017. D’où la né­ces­si­té d’ef­fec­tuer les ajus­te­ments né­ces­saires sans tou­cher les bonnes conduites ni les prin­cipes sur les­quels l’en­tre­prise a bâ­ti sa ré­pu­ta­tion. En d’autres termes, il faut conci­lier in­tel­li­gem­ment les va­leurs du pas­sé et les nou­veaux concepts pour être tou­jours à la page. Pour as­su­rer une tran­si­tion fluide de la 2e à la 3e gé­né­ra­tion, des dé­fis or­ga­ni­sa­tion­nels doivent être re­le­vés. Les an­ciens gé­rants de l’en­tre­prise sont ap­pe­lés à trans­mettre cer­taines pra­tiques à leurs suc­ces­seurs pour pou­voir pé­ren­ni­ser les ac­ti­vi­tés. Le ré­seau de la clien­tèle doit être pré­ser­vé, en­ri­chi et ren­for­cé. Pour ce faire, il est né­ces­saire de main­te­nir tou­jours l’in­té­rêt des clients po­ten­tiels en fai­sant preuve d’in­no­va­tion et de créa­ti­vi­té. On a consta­té aus­si que plu­sieurs en­tre­prises fa­mi­liales sont ren- fer­mées sur elles-mêmes, au­tre­ment dit, elles ne s’ouvrent pas sur les com­pé­tences ex­té­rieures, ce qui consti­tue un grand dé­faut. En ef­fet, ce type d’en­tre­prises doit amé­lio­rer son taux d’en­ca­dre­ment pour ga­ran­tir plus de com­pé­ti­ti­vi­té. Le chef d’en­tre­prise familiale ne donne pas sou­vent beau­coup de confiance aux élé­ments ex­té­rieurs et n’ose pas les pla­cer dans des postes de dé­ci­sion ou de ges­tion de la tré­so­re­rie. Les nou­veaux gé­rants doivent, en outre, être pré­pa­rés au Lea­der­ship tout en évi­tant les conflits. Quand la ges­tion de l’en­tre­prise est as­su­rée par plu­sieurs per­sonnes de la même fa­mille, les pos­si­bi­li­tés de conflits sont à craindre. Les dif­fé­rends peuvent abou­tir par­fois à des affaires au­près des tri­bu­naux, ce qui re­tarde la pro­duc­tion et met l’en­tre­prise dans une si­tua­tion em­bar­ras­sante. Cer­taines en­tre­prises, qui étaient pour­tant bien por­tantes, ont an­non­cé leur faillite suite à des conflits mes­quins entre les ges­tion­naires.

Pour un ac­com­pa­gne­ment strict

C’est pour ce­la, d’ailleurs, que l’Iace pro­pose que les hé­ri­tiers des grandes en­tre­prises fa­mi­liales quels que soient leurs ni­veaux d’im­pli­ca­tion dans la vie de l’en­tre­prise doivent être ac­com­pa­gnés dans la ges­tion de leurs re­la­tions so­ciales. Il s’agit, en ef­fet, d’iden­ti­fier le rôle as­su­mé par cha­cune des trois gé­né­ra­tions dans le dé­ve­lop­pe­ment de ces so­cié­tés qui s’im­posent dans l’éco­no­mie lo­cale et na­tio­nale. Une étude, ré­su­mant la per­cep­tion des di­ri­geants de la 2e gé­né­ra­tion ain­si que leurs suc­ces­seurs sur le dé­rou­le­ment et la préparation de ce pas­sage trans-gé­né­ra­tion­nel au sein de l’en­tre­prise familiale, a été éla­bo­rée pour voir plus clair au ni­veau de la ges­tion de ces en­tre­prises qui s’élèvent à 60% dans le monde. Le pas­sage d’une gé­né­ra­tion à une autre doit as­su­rer la pé­ren­ni­té de ces en­tre­prises, la pros­pé­ri­té des éco­no­mies na­tio­nales et confor­ter, ain­si, les em­plois. Pour ex­pli­quer cet im­por­tant taux d’échec des en­tre­prises fa­mi­liales lors de leur pas­sage de la deuxième à la troi­sième gé­né­ra­tion, trois rai­sons sont prin­ci­pa­le­ment évo­quées, à sa­voir les conflits fa­mi­liaux, l’in­adap­ta­tion de la pla­ni­fi­ca­tion de la re­lève et le manque d’ac­com­pa­gne­ment. Plu­sieurs groupes et en­tre­prises tu­ni­siens créés dans les an­nées 60 et 70 sont, au­jourd’hui, confron­tés à cette pro­blé­ma­tique de la trans­mis­sion de la deuxième à la troi­sième gé­né­ra­tion. Le fo­rum de la gou­ver­nance avait pour ob­jec­tif de sen­si­bi­li­ser les di­ri­geants ac­tuels à la ques­tion afin de pas­ser, avec un maxi­mum de suc­cès, le cap dif­fi­cile de la trans­mis­sion, et as­su­rer une tran­si­tion fluide d’une gé­né­ra­tion à une autre. Les ob­jec­tifs prin­ci­paux du fo­rum consistent aus­si à sen­si­bi­li­ser les groupes d’en­tre­prises fa­mi­liales tu­ni­siennes du fait que la trans­mis­sion est un pro­ces­sus maî­tri­sé qui doit être pla­ni­fié et mis en exé­cu­tion suf­fi­sam­ment à l’avance. Il ne faut pas at­tendre que le gé­rant soit dans l’in­ca­pa­ci­té de gé­rer l’en­tre­prise pour com­men­cer à pen­ser à sa suc­ces­sion. Celle-ci ne doit en au­cun cas être im­pro­vi­sée mais bien pré­pa­rée à l’avance. Cer­tains gé­rants font tra­vailler l’un de leurs fils en tant que di­rec­teur ad­joint pour prendre la re­lève une fois le père dis­pa­ru ou en re­traite bien mé­ri­tée. Les témoignages d’ex­pé­riences vé­cues du pro­ces­sus de pas­sage de la 2e à la 3e gé­né­ra­tion sont d’une grande im­por­tance car ils per­mettent de don­ner aux autres chefs d’en­tre­prises fa­mi­liales une idée sur les dé­fis à re­le­ver et les pro­blèmes ren­con­trés sur le ter­rain.

Bien né­go­cier la trans­mis­sion de l’en­tre­prise

La trans­mis­sion doit se faire dans la sou­plesse

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