Ci­bler les bé­né­fi­ciaires

com­pen­sa­tion des Pro­duits de Base

La Presse (Tunisia) - - ECONOMIE - Ni­zar HAJBI

Le sys­tème de la Caisse gé­né­rale de com­pen­sa­tion est ba­sé sur le prin­cipe même de pro­té­ger les classes so­ciales moyennes et vul­né­rables des fluc­tua­tions des prix des pro­duits de con­som­ma­tion sur le mar­ché in­ter­na­tio­nal et les ré­gu­ler par rap­port au pou­voir d’achat des ca­té­go­ries ci­blées. Cette caisse est de­ve­nue peu à peu une source d’en­ri­chis­se­ment. Se­lon le porte-pa­role de l’Or­ga­ni­sa­tion tu­ni­sienne pour in­for­mer le consom­ma­teur (OTIC), Foued Aj­rou­di, seuls 6% des pro­duits sub­ven­tion­nés vont aux fa­milles pauvres, alors que 60% vont à la ca­té­go­rie moyenne, et 9% sont consom­més par des riches. Pour les 25% qui res­tent des pro­duits sub­ven­tion­nés, ils vont aux res­tau­rants, hô­tels, spé­cu­la­teurs et contre­ban­diers. « Tous les in­di­ca­teurs, pré­cise Aj­rou­di, confirment que ces 25% sont ac­tuel­le­ment aux en­vi­rons de 60 à 70% ». C’est que, du­rant les der­nières an­nées, il y a eu une aug­men­ta­tion im­por­tante de ce bud­get de com­pen­sa­tion. En 2011, il était aux alen­tours de 1 mil­lion de di­nars pour les pro­duits de base, en 2017 il a at­teint 1,8 mil­lion de di­nars. Les prix du blé et des huiles vé­gé­tales ont at­teint des re­cords entre 2006 et 2009 suite à la flam­bée des prix du ba­ril de pé­trole at­tei­gnant les 120 dol­lars US. Une grande par­tie de ces deux pro­duits al­lait aux pro­duc­teurs de car­bu­rants pour équi­li­brer les prix de ces der­niers, no­tam­ment aux Etats-Unis, en Eu­rope et au Bré­sil. «La com­pen­sa­tion des pro­duits de base, en Tu­ni­sie, n’avait ja­mais dé­pas­sé les 900 mil­lions de di­nars. Ce­pen­dant, avec le re­tour du prix du pé­trole à la nor­male, on avait des fuites im­por­tantes des pro- duits sub­ven­tion­nés, no­tam­ment dans les cir­cuits de dis­tri­bu­tion illé­gaux. On a re­cen­sé près de 1.300 bou­lan­ge­ries anar­chiques qui consom­me­raient de 4 à 5 mil­lions quin­taux de fa­rine se­mi­sub­ven­tion­née équi­va­lents à la moi­tié de la pro­duc­tion na­tio­nale de blé. Elles pro­duisent avec des gâ­teaux, du pain; ni ba­guette, ni «su­per», et ce, avec des poids ne dé­pas­sant pas les 60 grammes !», pré­cise le porte-pa­role de l’Otic.

Contre­bande et cir­cuits pa­ral­lèles

D’autre part, les consom­ma­teurs du « grand pain » ne dé­passent pas les 1/1000, se­lon Aj­rou­di. Ce der­nier met l’ac­cent sur l’am­pleur de la contre­bande de la fa­rine tout en re­la­tant la baisse des bud­gets de com­pen­sa­tion dans les pays du voi­si­nage comme l’Al­gé­rie ou la Li­bye, et ce, de­puis les an­nées 90. Ce­la a pro­vo­qué un dé­ca­lage des prix de la fa­rine par rap­port à la Tu­ni­sie, ce qui a en­cou­ra­gé la contre­bande de ce pro­duit. Et pa­ra­doxa­le­ment, l’huile vé­gé­tale sub­ven­tion­née est presque ab­sente du cir­cuit de dis­tri­bu­tion de­puis quelques an­nées ! Les condi­tion­neurs eux-mêmes pro­fitent du pro­duit en le li­qui­dant dans le mar­ché pa­ral­lèle. «Nous pen­sons à l’Otic que le mé­ca­nisme de com­pen­sa­tion ac­tuel ne peut don­ner que sur le tra­fic et le gas­pillage, tant qu’il y a un prix com­pen­sé et un autre réel. La so­lu­tion ra­di­cale existe. On doit pas­ser de la sub­ven­tion des prix à la sub­ven­tion des re­ve­nus des couches ci­blées, et c’est une ques­tion de vo­lon­té po­li­tique en pre­mier lieu», in­dique Aj­rou­di.

Une CNAM 2

Afin d’ins­tau­rer un sys­tème de sub­ven­tion équi­table et bien ci­blé, Aj­rou­di pré­co­nise l’ins­tau­ra­tion d’une CNAM 2, et ce, pour uni­fier les prix des pro­duits de base. C’est que la double ta­ri­fi­ca­tion est une source d’en­ri­chis­se­ment pour cer­tains et no­tam­ment ceux des cir­cuits pa­ral­lèles et de la contre­bande. Ce­pen­dant, Aj­rou­di sou­ligne que les prix du pain et des huiles vé­gé­tales doivent être ho­mo­lo­gués par l’Etat avec un contrôle conti­nu pour as­su­rer l’uni­fi­ca­tion des prix. Concer­nant le sucre, il ne fi­gure pas dans la liste des pro­duits sub­ven­tion­nés par l’Office de Com­merce Tu­ni­sien, mais ce der­nier dis­pose de l’ex­clu­si­vi­té d’im­por­ta­tion de ce pro­duit. Ain­si, il prend à sa charge la dif­fé­rence de prix entre le mar­ché in­ter­na­tio­nal et ce­lui de vente dans le mar­ché lo­cal. Ce­la mène à une si­tua­tion am­bi­guë concer­nant les prix d’au­tant plus qu’on compte dis­tin­guer cer­taines ca­té­go­ries de sucre lors de la dis­tri­bu­tion avec un cer­tain em­bal­lage pour chaque ca­té­go­rie. D’après le porte- pa­role de l’Otic, cette ex­clu­si­vi­té n’a pas lieu d’être et l’Office de Com­merce Tu­ni­sien doit plu­tôt s’oc­cu­per de l’en­ca­dre­ment du com­merce et ef­fec­tuer des études stra­té­giques re­le­vant du sec­teur. Mais fi­na­le­ment, l’idée de lan­cer une CNAM 2 pour bien ci­bler les ca­té­go­ries vul­né­rables en ma­tière de sub­ven­tions, ne se­rait-il pas su­jet de di­lemme au­tour des listes des gens à tou­cher même si l’on peut les dé­ter­mi­ner par tranches de re­ve­nus et autres fac­teurs…

Pain : mieux or­ga­ni­ser le sec­teur de la bou­lan­ge­rie

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