La ré­volte des pa­rents

La Presse (Tunisia) - - LA UNE - Par Jaw­har CHATTY

DE­PUIS 2011, la re­ven­di­ca­tion était de­ve­nue un mode d’ex­pres­sion. Et ce mode a trou­vé de puis­sants re­lais dans les sphères syn­di­cales. La rai­son et la lu­ci­di­té avaient sou­vent man­qué, par­tout, aus­si bien au sein de la sphère de la dé­ci­sion po­li­tique et au­près des forces syn­di­cales que, tout na­tu­rel­le­ment, chez les grandes bouches ou­vertes échau­dées par le grand en­thou­siasme ré­vo­lu­tion­naire.

On ne va pas ici pas­ser en re­vue tous les dis­cours po­li­tiques et syn­di­ca­listes po­pu­listes, toutes les pro­messes élec­to­rales des uns et des autres, les que­relles à l’ANC puis à l’ARP, les bras de fer et les ti­raille­ments, les dé­chi­rures, les pe­tits cal­culs mes­quins, les jeux d’al­liances et de contre-al­liances…qui ont, tout au long de ces sept der­nières an­nées, agré­men­té, si l’on ose dire, le quo­ti­dien du Tu­ni­sien. Ce se­rait trop long et in­utile. Le Tu­ni­sien, sou­ve­nons-nous tout de même, as­pi­rait à la li­ber­té, à la di­gni­té et à la jus­tice so­ciale. Pour ces deux der­nières, il at­tend tou­jours. Tout ce bouillon­ne­ment le dé­con­certe. Au­jourd’hui, il a la pleine li­ber­té de re­ven­di­quer. D’ailleurs, il ne sait plus rien faire d’autre ! Il est peu­têtre temps pour lui d’ap­prendre à contre-re­ven­di­quer. Parce que quand la re­ven­di­ca­tion, même lé­gi­time, de­vient dé­me­su­rée au point de prendre en otage l’in­té­rêt gé­né­ral du pays et de la col­lec­ti­vi­té na­tio­nale, il de­vient lé­gi­time et ci­toyen de faire mou­ve­ment pour ar­rê­ter les dé­ra­pages.

Hier, des pa­rents d’élèves ont ma­ni­fes­té leur co­lère de­vant les éta­blis­se­ments sco­laires après des se­maines d’an­goisse d’une an­née blanche. Leur in­di­gna­tion a jusque-là été sourde et conte­nue. En toute di­gni­té. Face au si­lence de l’Etat ou de ce qui leur a sem­blé être une dé­mis­sion de l’au­to­ri­té pu­blique, ils étaient ve­nus dire ce qu’ils pensent de la pé­rilleuse fuite en avant syn­di­cale. Ils se sont pris en charge. A coeur bat­tant. C’est cou­ra­geux et sa­lu­taire.

C’est cou­ra­geux et sa­lu­taire. Certes. Mais ce­la nous amène à nous in­ter­ro­ger sur le rôle et la res­pon­sa­bi­li­té de l’Etat. Confron­té à un grave pro­blème dont la so­lu­tion est fon­ciè­re­ment du res­sort de l’Etat, dev­rait-on, en der­nier re­cours, ne comp­ter que sur soi et or­ga­ni­ser la contre-re­ven­di­ca­tion ? En au­cun cas bien sûr, si­non ce se­rait la loi de la jungle. L’Etat est là, il fau­drait seule­ment sa­voir sé­vir.

Quand la re­ven­di­ca­tion, même lé­gi­time, de­vient dé­me­su­rée au point de prendre en otage l’in­té­rêt gé­né­ral du pays et de la col­lec­ti­vi­té na­tio­nale, il de­vient lé­gi­time et ci­toyen de faire mou­ve­ment pour ar­rê­ter les dé­ra­pages.

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