Re­gar­dons plus loin que le bout du nez !

Les titres afri­cains ra­flés à tour de bras sont-ils an­non­cia­teurs d’un clas­se­ment plus éle­vé dans la hié­rar­chie mon­diale ? C’est la ques­tion que l’on se pose, car notre cham­pion afri­cain n’a rien à voir avec son ho­mo­logue eu­ro­péen et même asia­tique dans c

La Presse (Tunisia) - - LA UNE - Ka­mel GHATTAS

Il fut un temps où nous cé­lé­brions avec fer­veur et émo­tion un titre magh­ré­bin. Les mé­dailles olym­piques de Gal­hia et de Mo­ha­med Gam­mou­di nous ont per­mis de dé­cou­vrir que nous étions bel et bien ca­pables d’al­ler plus loin. Et aux évé­ne­ments de se pré­ci­pi­ter avec des au­to­ri­tés po­li­tiques qui avaient en­fin com­pris ce que re­pré­sen­taient une mé­daille olym­pique ou un titre mon­dial : plus que des mil­liers de cam­pagnes d’af­fi­chage dans des cou­loirs des mé­tros, avec ce dra­peau tu­ni­sien qui grim­pait au mât cen­tral. Et la Tu­ni­sie a com­men­cé à jouer dans la cour des grands en ju­do, en es­crime, en ath­lé­tisme, en lutte, en na­ta­tion et dans bien d’autres dis­ci­plines. Notre dou­zaine de mil­lions de ci­toyens avait de l’étoffe. Nos re­pré­sen­tants se sont af­fir­més en dé­pit des moyens plus que ré­duits dont nous dis­po­sons. La crise éco­no­mique a sans au­cun doute ré­duit le rythme et nous par­viennent des pro­messes qu’on ar­rive à peine à te­nir. C’est un autre pro­blème que l’on dev­rait ré­gler non pas en es­sayant de ga­gner du temps, mais de jouer cartes sur table pour si­gni­fier aux in­té­res­sés que « pour le mo­ment » la lo­gis­tique ne par­vient pas à suivre, faute de moyens. Ce n’est pas une faute que de re­con­naître que les fonds de caisse n’ar­rivent plus à sa­tis­faire les be­soins.

Mys­tère et boule de gomme !

Il n’en de­meure pas moins que cer­taines dé­cla­ra­tions, éma­nant de ceux qui vivent dans la mo­ro­si­té la plus com­plète, sont à prendre en consi­dé­ra­tion. Dans ces condi­tions, ne fau­drait-il pas re­voir de fond en comble la répartition de l’en­ve­loppe ré­ser­vée aux ath­lètes d’élite ? D’ailleurs, ce­la fait un bon bout de temps qu’on n’en­tend plus par­ler de ceux qui sont cen­sés se «pré­pa­rer». Nous voyons mal des cham­pions al­ler di­rec­te­ment en com­pé­ti­tion fi­nale (olym­pique ou mon­diale) sans épreuves in­ter­mé­diaires de pré­pa­ra­tion. Sont-ils et sont-elles en train de se pré­pa­rer et comment ? Par­ti­cipent-ils à des mee­tings et à des tour­nois ? Quels sont leurs ré­sul­tats ? Mys­tère et boule de gomme ! Quelques ré­sul­tats tombent, il est vrai, de temps à autre, ra­re­ment ré­per­cu­tés par leur fé­dé­ra­tion, mais pour le reste c’est le si­lence ra­dio le plus to­tal. L’im­por­tance des en­ve­loppes ré­ser­vées dé­note les grands sa­cri­fices que consent la com- mu­nau­té pour as­su­rer le mi­ni­mum à ces jeunes filles et gar­çons, mais nous ne pou­vons qu’éprou­ver des ré­serves vis-à-vis de ceux qui risquent d’être en de­çà de ce qu’on at­tend d’eux. Le meilleur moyen de ju­ger de leurs vé­ri­tables pos­si­bi­li­tés se­rait de les voir à l’oeuvre à l’is­sue de ces pas­sages obli­gés que consti­tuent les tour­nois et mee­tings.

Dé­cro­chage bru­tal !

Re­ve­nons au su­jet sur le­quel nous avons sou­hai­té at­ti­rer l’at­ten­tion. Ces titres afri­cains ra­flés à tour de bras sont-ils an­non­cia­teurs d’un clas­se­ment plus éle­vé dans la hié­rar­chie mon­diale ? C’est la ques­tion que l’on se pose, car notre cham­pion afri­cain n’a rien à voir avec son ho­mo­logue eu­ro­péen et même asia­tique dans cer­taines dis­ci­plines. Dans bien des sports, les mé­daillés eu­ro­péens et asia­tiques sont des cham­pions mon­diaux ou olym­piques en puis­sance. Ce n’est pas le cas pour ce qui concerne les mé­daillés afri­cains qui ont, pour nombre d’entre eux, en­core du che­min à faire. Il s’agit donc d’évi­ter de trop en­cen­ser ces mé­daillés car, le sport tu­ni­sien at­tend de ses re­pré­sen­tants un saut qua­li­ta­tif qu’il a dé­jà réa­li­sé mais à la suite du­quel il y eu un dé­cro­chage bru­tal. Faute de re­lève ou en l’ab­sence d’un tra­vail sui­vi et pro­gram­mé, nous en­re­gis­trons des rup­tures qui en disent long. Bon nombre de ces cham­pions ont été ba­layés aux pre­miers tours, en dé­pit des moyens énormes dont ils ont bé­né­fi­cié pour se pré­pa­rer à des com­pé­ti­tions du plus haut ni­veau. Il s’agit donc d’ap­plau­dir ces nou­veaux cham­pions, mais de leur faire com­prendre que le sport tu­ni­sien at­tend beau­coup plus.

L’in­éga­lable cham­pion olym­pique Mo­ha­med Gam­mou­di

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