élèves et pa­rents à bout de nerfs…

La grève ou­verte an­non­cée par le syn­di­cat de l’en­sei­gne­ment se­con­daire a com­men­cé hier. Cette grève est un nou­veau pas vers l’in­con­nu.

La Presse (Tunisia) - - ACTUALITÉS - Mar­wa SAIDI

Alors que dans les éta­blis­se­ments sco­laires pri­vés, les élèves pour­suivent nor­ma­le­ment leurs cours, sans tra­cas ou en­nui, les études dans les col­lèges et les lycées pu­blics sont presque to­ta­le­ment pa­ra­ly­sées. Ne voi­là-t-il pas une forte pres­sion pe­sant tant sur les pa­rents que sur les élèves ? Les ba­che­liers et les élèves de la 9e an­née de base, se pré­pa­rant à pas­ser les exa­mens na­tio­naux qui au­ront lieu dans moins de deux mois, ne sont pas à leur tour, épar­gnés par cette grève des pro­fes­seurs de l’en­sei­gne­ment se­con­daire en­ta­mée hier. Sus­pen­sion, boy­cott des cours, grève ou­verte, l’on ne trouve plus le mot pré­cis pour qua­li­fier de fa­çon exacte le mou­ve­ment. Mais une chose est sûre : la ma­jo­ri­té des éta­blis­se­ments a été dé­ser­tée. Il est presque 10h00, au centre-ville de Tu­nis. Le col­lège Aï­cha Bel­la­gha, sis à rue de Mar­seille de Tu­nis, semble com­plè­te­ment dé­ser­té ou presque. La grande porte d’en­trée mé­tal­lique qui, d’ha­bi­tude, fai­sait lieu d’un grand mou­ve­ment d’en­trée et de sor­tie des élèves, est plei­ne­ment ou­verte, tou­te­fois, sans le moindre cri, sans la moindre ani­ma­tion. Dé­cou­vrant la cour com­plè­te­ment vide, on at­ten­dait déses­pé­ré­ment le pas­sage d’un parent, d’un pro­fes­seur, d’un sur­veillant ou de n’im­porte quel em­ployé de l’éta­blis­se­ment sco­laire, pour s’en­qué­rir du dé­rou­le­ment des cours. En vain ! En­fin, deux fillettes sor­taient par la porte prin­ci­pale de l’éta­blis­se­ment, et voi­là, nous nous sommes, tout de suite, rués sur elles. Elles étaient toutes les deux en 9e an­née de base. Pres­sées pour re­joindre leurs ca­ma­rades, elles nous dé­voi­laient l’an­goisse et la dé­so­la­tion qui l’em­por­taient de­puis que cette crise de l’en­sei­gne­ment a écla­té. « Ac­tuel­le­ment, il n’y a per­sonne dans le col­lège. Il n’y a pas de cours. Pra­ti­que­ment, du­rant toute la ma­ti­née, au­cun en­sei­gnant n’est ve­nu don­ner des cours. Tout a été sus­pen­du. Tou­te­fois, par­mi nos pro­fes­seurs, il y en a ceux qui ont af­fir­mé qu’ils al­laient pour­suivre nor­ma­le­ment les cours. Nous al­lons voir si c’est vrai ou pas, d’ici 14h00», ré­vèlent-elles.

Quelques ex­cep­tions ?

Pas très loin de cet éta­blis­se­ment sco­laire, et à quelques en­ca­blures de l’ave­nue Ha­bib-Bour­gui­ba, les cours dans le ly­cée pi­lote de Tu­nis, connu sous le nom ly­cée Bour­gui­ba, ont été éga­le­ment sus­pen­dus. Mais ce­la n’a pas em­pê­ché la pré­sence tout de même de quelques élèves qui pa­tien­taient de­vant la porte d’en­trée. Au fond de l’al­lée qui suit la grande en­trée du ly­cée, deux ly­céens en te­nues spor­tives, s’en­traî­naient à deux. Evi­dem­ment, ils étaient en train de se pré­pa­rer pour les épreuves du Bac sport, qui ont dé­mar­ré ce lun­di 16 avril. En in­ter­pel­lant un groupe de fil- lettes, ve­nant de quit­ter l’éta­blis­se­ment, nous étions in­for­més que pour les ba­che­liers, les cours n’ont pas été in­ter­rom­pus. A vrai dire, il y a des en­sei­gnants qui ne vou­laient pas faire la grève. Ils sou­hai­te­raient conti­nuer à don­ner les cours nor­ma­le­ment. Mais ils sont in­fluen­cés, voire in­ti­mi­dés par leurs col­lègues qui exercent sur eux une sorte de pres­sion. «Nous sommes des ba­che­lières. Ce ma­tin nous avons sui­vi des cours de phy­sique. Notre en­sei­gnant nous a ras­su­rées que le pro­gramme se­rait ache­vé à temps, sans au­cune dif­fi­cul­té, et ce, pour qu’on puisse pas­ser le concours na­tio­nal du bac­ca­lau­réat dans de meilleures condi­tions», dé­voilent-elles. Quant au mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion, ne vou­lant guère je­ter l’éponge, il a pré­ci­sé, dans un com­mu­ni­qué pu­blié lun­di 16 avril, qu’il n’al­lait pas épar­gner les ef­forts pour faire réus­sir, à tout prix, l’an­née sco­laire en cours. Il a mis en garde contre la prise en otage des élèves. Sur les ré­seaux so­ciaux, les pa­rents ex­priment ou­ver­te­ment leur ras-le-bol. A bout de nerfs suite à cette crise et ce ti­raille­ment au­quel sont ex­po­sés les élèves de­puis des se­maines, les pa­rents ne cachent pas la co­lère qui les ronge. La grève va-t-elle du­rer ? Jus­qu’à quand ? Sommes-nous vrai­ment dans l’im­passe ?

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