«On a be­soin d’un ma­na­ge­ment stra­té­gique»

In­ter­view — Dr Fat­ma Chich­ti, Pré­si­den­te­fon­da­trice de l’As­so­cia­tion Tu­ni­sienne de Veille et d’In­tel­li­gence Com­pé­ti­tive (ATVIC)

La Presse (Tunisia) - - ÉCONOMIE - Pro­pos re­cueillis par Sa­mi­ra HAM­ROU­NI

Que veut dire veille stra­té­gique, quels sont ses mé­thodes, ses ou­tils et son champ d’in­ter­ven­tion?

Tout d’abord, nous ne pou­vons par­ler de veille stra­té­gique sans évo­quer les en­jeux de cette der­nière. Suite donc à l’ou­ver­ture des mar­chés, consé­cu­tive à la mon­dia­li­sa­tion de l’éco­no­mie, la concur­rence est de­ve­nue très rude et dif­fi­cile à sup­por­ter par les en­tre­prises. Il de­vient par la suite in­dis­pen­sable à tout ac­teur éco­no­mique de de­voir com­prendre, pré­voir, analyser et an­ti­ci­per les mu­ta­tions qui af­fectent le mar­ché éco­no­mique (ou­vert à la mon­dia­li­sa­tion), ani­mé par une telle concur­rence. Ils doivent donc constam­ment se pré­oc­cu­per de leur ave­nir en uti­li­sant, no­tam­ment, tous les moyens et ou­tils leur per­met­tant d’as­su­rer leur pé­ren­ni­té en de­meu­rant en état de veille par rap­port à leur en­vi­ron­ne­ment (géo­po­li­tique, éco­no­mique, so­cial, tech­no­lo­gique, com­mer­cial, ré­gle­men­taire…). Dans ce cadre, la veille stra­té­gique, en tant que pro­ces­sus conti­nu for­mel de re­cherche, col­lecte, trai­te­ment d’in­for­ma­tions et dif­fu­sion de connais­sances ser­vant pour le ma­na­ge­ment stra­té­gique, se­rait un vec­teur de com­pé­ti­ti­vi­té de l’en­tre­prise, en lui pro­cu­rant un avan­tage concur­ren­tiel. Elle ad­met une fonc­tion in­for­ma­tive et an­ti­ci­pa­tive pour dé­tec­ter les me­naces et les op­por­tu­ni­tés de l’en­vi­ron­ne­ment et une dé­marche proac­tive pour la prise de dé­ci­sion stra­té­gique. Elle per­met la pro­duc­tion des in­for­ma­tions, dont l’im­pact sur les ac­ti­vi­tés de l’en­tre­prise a été ana­ly­sé par des ex­perts in­ternes ou ex­ternes. Ce sont ces in­for­ma­tions ain­si que leurs im­pacts sur l’ac­ti­vi­té de l’en­tre­prise qui sont trans­mis aux dé­ci­deurs pour ac­tion. Donc, il s’agit de four­nir la bonne in­for­ma­tion, au bon mo­ment, à la bonne per­sonne pour lui per­mettre de prendre la bonne dé­ci­sion,de bien agir et, idéa­le­ment, de faire évo­luer son en­vi­ron­ne­ment dans un sens pro­pice.

Dans notre contexte ac­tuel, la veille stra­té­gique peut-elle être une so­lu­tion pour le dé­ve­lop­pe­ment de l’éco­no­mie na­tio­nale ? Est-ce qu’elle peut être un vé­ri­table ou­til de ges­tion de crise ?

Dans notre contexte ac­tuel, la veille stra­té­gique (à une échelle mi­croé­co­no­mique) est in­con­tour­nable pour toute en­tre­prise qui vou­drait as­su­rer sa pé­ren­ni­té, puis­qu’elle joue le rôle de «ra­dar» qui lui per­met de scru­ter d’une fa­çon conti­nue son en­vi­ron­ne­ment, et par la suite d’ap­pli­quer un cycle de ren­sei­gne­ment (re­cherche, col­lecte, trai­te­ment, ana­lyse, dif­fu­sion) pour four­nir une in­for­ma­tion stra­té­gique né­ces­saire à une prise de dé­ci­sion op­ti­male. Quant à l’In­tel­li­gence éco­no­mique (à une échelle ma­croé­co­no­mique), c’est un pro­ces­sus qui per­met de four­nir aux dé­ci­deurs une image com­plète de l’en­vi­ron­ne­ment de l’en­tre­prise. Elle sup­pose la maî­trise et la pro­tec­tion de l’in­for­ma­tion stra­té­gique pour tout ac­teur éco­no­mique. Elle a pour fi­na­li­tés la sé­cu­ri­té des en­tre­prises et de l’éco­no­mie en gé­né­ral, la com­pé­ti­ti­vi­té du tis­su in­dus­triel et le ren­for­ce­ment de l’in­fluence d’un pays. Elle est ain­si consi­dé­rée comme étant un ou­til vi­tal pour ga­ran­tir la pé­ren­ni­té de l’en­tre­prise vis-àvis d’une concur­rence dé­loyale du mar­ché grâce à une con­nais­sance an­ti­ci­pée de l’en­vi­ron­ne­ment ex­terne. En Tu­ni­sie, l’In­tel­li­gence éco­no­mique of­fen­sive se­ra fa­vo­ri­sée, nous pri­vi­lé­gions donc les dé­marches consis­tant à dé­ve­lop­per l’in­no­va­tion et la com­pé­ti­ti­vi­té, tout en veillant à la sé­cu­ri­té du pa­tri­moine de l’en­tre­prise. D’autre part, la veille stra­té­gique peut être un ou­til ef­fi­cace de ges­tion de crise. En ef­fet, au­jourd’hui, avec In­ter­net et les mé­dias so­ciaux, tout in­di­vi­du peut ma­ni­fes­ter et dif­fu­ser son avis et, par consé­quent, son mé­con­ten­te­ment ou ses ques­tions au reste du monde. La veille mé­dia­tique, par exemple, est un ou­til es­sen­tiel à une bonne ges­tion de crise. Un ou­til de pré­ven­tion, mais aus­si de ges­tion qui per­met d’an­ti­ci­per la crise en re­le­vant les si­gnaux faibles, d’éva­luer l’im­por­tance de la crise et de son im­pact au­près du pu­blic, de pré­voir ses consé­quences, de suivre son évo­lu­tion en temps réel, de ré­agir ou in­ter­agir avec ses par­ties pre­nantes et en­fin de ré­pondre aux ques­tion­ne­ments en phase post-crise. Dans ce contexte, la veille doit non seule­ment as­su­rer une phase de re­cherche de l’in­for­ma­tion dans l’en­semble des sup­ports mé­dia­tiques (presse gé­né­rale et spé­cia­li­sée, jour­nal té­lé­vi­sé, ra­dio, mé­dias so­ciaux, sites in­ter­net …), mais aus­si en faire l’ana­lyse et la syn­thèse.

A pro­pos de votre as­so­cia­tion, quels sont les ob­jec­tifs de sa créa­tion et quels sont les do­maines de son in­ter­ven­tion ?

L’As­so­cia­tion tu­ni­sienne de veille et d’in­tel­li­gence com­pé­ti­tive (Atvic) est une as­so­cia­tion à but non lu­cra­tif, éma­nant d’une ac­tion ci­toyenne, créée le 12 dé­cembre 2016, par des ac­teurs ap­par­te­nant au sec­teur pri­vé, à l’ad­mi­nis­tra­tion et au monde de la re­cherche. Elle s’érige en groupe de ré­flexion et en le­vier d’im­pul­sion à la dis­po­si­tion de toutes les or­ga­ni­sa­tions (uni­ver­si­tés, en­tre­prises, as­so­cia­tions pro­fes­sion­nelles, ins­ti­tu­tions pu­bliques) pour les sen­si­bi­li­ser à la dis­ci­pline en ques­tion, les ac­com­pa­gner et les en­ga­ger dans des pro­jets de veille stra­té­gique et/ ou d’in­tel­li­gence com­pé­ti­tive. Plus spé­ci­fi­que­ment, elle a pour mis­sions de : – Sen­si­bi­li­ser les dif­fé­rents ac­teurs éco­no­miques et uni­ver­si­taires à l’im­por­tance de la veille et de l’in­tel­li­gence com­pé­ti­tive à tra­vers des fo­rums scien­ti­fiques. – Conso­li­der les re­la­tions entre l’uni­ver­si­té et son en­vi­ron­ne­ment éco­no­mique, pour es­sayer de ré­pondre au mieux aux exi­gences du mar­ché. Cette dé­marche est ap­puyée, d’une part, par l’étude des mé­ca­nismes ins­ti­tu­tion­nels et des be­soins des en­tre­prises pour l’in­té­gra­tion de cette stra­té­gie dans la cul­ture des ins­ti­tu­tions (pu­bliques et pri­vées), et d’autre part, par le fait d’en­cou­ra­ger la re­cherche dans le do­maine de la veille par les uni­ver­si­taires, l’or­ga­ni­sa­tion de sé­mi­naires de for­ma­tion et de per­fec­tion­ne­ment pour les cadres d’en­tre­prises et tout ac­teur pro­fes­sion­nel in­té­res­sé par la dis­ci­pline. – Co­or­don­ner entre les de­mandes des or­ga­nismes en ma­tière de re­cru­te­ment des spé­cia­listes en la ma­tière et les ex­per­tises re­cher­chées. – For­mer et en­ga­ger des ex­perts en veille stra­té­gique et in­tel­li­gence éco­no­mique, dans une dé­marche de conti­nui­té de dé­ve­lop­pe­ment de la dis­ci­pline en Tu­ni­sie à tra­vers des cycles de for­ma­tion ; – As­su­rer des cycles de for­ma­tions en par­te­na­riat avec des ins­ti­tu­tions na­tio­nales et in­ter­na­tio­nales à vo­ca­tion uni­ver­si­taire ou non, en ré­ponse à des pro­jets éco­no­miques, et or­ga­ni­ser di­verses ac­ti­vi­tés telles que des confé­rence, des sé­mi­naires de for­ma­tion, des réunions et des ate­liers, liés au concept d’in­tel­li­gence éco­no­mique, vi­sant l’amé­lio­ra­tion de la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises et la crois­sance éco­no­mique du pays.

Votre as­so­cia­tion or­ga­nise son pre­mier col­loque in­ti­tu­lé «la veille stra­té­gique et l’in­tel­li­gence éco­no­mique», quels sont les buts de ce col­loque, quel est le pu­blic cible, et quelles sont vos at­tentes?

Notre as­so­cia­tion or­ga­nise son pre­mier col­loque in­ter­na­tio­nal, in­ti­tu­lé «La veille stra­té­gique et l’in­tel­li­gence éco­no­mique : vec­teurs de com­pé­ti­ti­vi­té et de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique», de­main 19 avril, à l’hô­tel Afri­ca, à 9h00. Cet évé­ne­ment se­ra un es­pace d’échanges pour tous les ac­teurs concer­nés par la veille et l’in­tel­li­gence éco­no­mique en Tu­ni­sie. Nous vi­sons par cette ren­contre à : Sen­si­bi­li­ser la com­mu­nau­té aca­dé­mi­co-pro­fes­sion­nelle aux ob­jec­tifs, mis­sions et ac­ti­vi­tés de notre as­so­cia­tion, et par la suite, aux en­jeux de l’in­tel­li­gence éco­no­mique. Ani­mer un débat au­tour du rôle de l’in­tel­li­gence com­pé­ti­tive/éco­no­mique dans le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique en Tu­ni­sie au ni­veau lo­cal et in­ter­na­tio­nal avec la par­ti­ci­pa­tion d’ex­perts phares du do­maine et des per­son­na­li­tés de re­nom­mée in­ter­na­tio­nale : MM. Alain Juillet, Hen­ri Dou, Jal­loul Ayed, Ta­rak Ché­rif…

Vous pou­vez nous ex­pli­quer quel est le rap­port entre veille stra­té­gique et in­tel­li­gence éco­no­mique ?

La veille stra­té­gique est une com­po­sante de l’in­tel­li­gence éco­no­mique, en ef­fet l’in­tel­li­gence éco­no­mique re­couvre la no­tion de veille stra­té­gique (concur­ren­tielle, com­mer­ciale, tech­no­lo­gique…), avec une di­men­sion plus of­fen­sive aus­si bien en termes de re­cherche et de trai­te­ment de l’in­for­ma­tion que de pro­po­si­tions d’ac­tions stra­té­giques à mettre en oeuvre. Ce­pen­dant, cette con­cep­tion de l’in­tel­li­gence éco­no­mique va net­te­ment plus loin que la veille, puis­qu’elle in­tègre une di­men­sion de stra­té­gie éco­no­mique na­tio­nale. Ain­si, des ac­ti­vi­tés comme le lob­bying ou la pro­tec­tion d’in­for­ma­tions de­viennent par­tie in­té­grante de l’in­tel­li­gence éco­no­mique.

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