Les pro­blèmes re­font sur­face

Utap et Uti­ca se sont mises d’ac­cord pour re­ven­di­quer une aug­men­ta­tion au ni­veau du prix du lait. Les ar­gu­ments avan­cés vont du sur­coût de la pro­duc­tion en pas­sant par les hausses des dif­fé­rents équi­pe­ments uti­li­sés et ceux de l’ali­men­ta­tion ani­male.

La Presse (Tunisia) - - ÉCONOMIE - Amor CHRAIET

Lors d’une confé­rence de presse pro­gram­mée pour de­main (jeudi 19 avril), les deux or­ga­ni­sa­tions es­saye­ront d’ex­po­ser les pro­blé­ma­tiques qui consti­tuent des obs­tacles de­vant la fi­lière lait. En tout cas, elles ont, dé­jà, don­né un aper­çu de leurs prin­ci­pales exi­gences. Il est ques­tion de fixer le prix du litre de lait à, au moins, 1.480 mil­limes. Pour mon­trer leur vo­lon­té de mettre la pres­sion, elles ont dé­ci­dé d’ar­rê­ter la pro­duc­tion du lait sté­ri­li­sé à par­tir du 23 avril et la col­lecte, la trans­for­ma­tion et la com­mer­cia­li­sa­tion à par­tir du 30 avril.

Dé­ter­mi­na­tion des pro­fes­sion­nels

Cette dé­ci­sion se­rait liée aux nom­breux pro­blèmes ren­con­trés au ni­veau de la fi­lière dans son en­semble et au «blo­cage du dia­logue» avec les au­to­ri­tés gou­ver­ne­men­tales. Les deux or­ga­ni­sa­tions (Utap et Uti­ca) dé­plorent la si­tua­tion ac­tuelle par la­quelle passe toute la fi­lière et le manque de ré­ac­ti­vi­té de la part des au­to­ri­tés. Les prix pra­ti­qués, ac­tuel­le­ment, ne per­mettent pas aux pro­fes­sion­nels de ren­trer dans leurs frais. Les agri­cul­teurs, pour leur part, parlent de la hausse ver­ti­gi­neuse des pro­duits et des équi­pe­ments qu’ils sont ap­pe­lés à uti­li­ser ain­si que les ques­tions d’en­det­te­ment. Les éle­veurs de vaches lai­tières passent par une pé­riode qui n’est pas du tout en­viable. C’est pour­quoi, ex­plique-t-on, que de plus en plus d’éle­veurs ac­ceptent de se dé­bar­ras­ser de leur bé­tail et suc­combent aux si­rènes de la contre­bande. Cel­le­ci est, d’ailleurs, en train de connaître des pro­por­tions ja­mais at­teintes. Les deux par­ties concer­nées craignent pour la pé­ren­ni­té de la fi­lière lait, no­tam­ment, après l’im­por­tante évo­lu­tion qu’elle a connue de­puis 1999-2000. En ef­fet, la Tu­ni­sie peut se pré­va­loir d’avoir as­su­ré son au­to­suf­fi­sance et, même, en­re­gis­tré un ex­cé­dent struc­tu­rel (en 2017, la Tu­ni­sie a ex­por­té 18 mil­lions de litres de lait). Nor­ma­le­ment, ce­la au­rait dû lui per­mettre de dé­ve­lop­per une po­li­tique d’ex­por­ta­tion et s’ou­vrir sur le com­merce in­ter­na­tio­nal du lait et de ses dérivés. Y com­pris le lait en poudre. Cette orien­ta­tion n’a pas été bien sui­vie et conti­nue de po­ser pro­blème à tous les in­ter­ve­nants. Ces der­niers comptent trop sur l’im­pli­ca­tion de l’Etat qui dev­rait, à leurs yeux, les ai­der da­van­tage en leur oc­troyant des fa­ci­li­tés et des in­ci­ta­tions par le biais de la li­bé­ra­li­sa­tion des prix comme ce­la avait été le cas pour les dérivés du lait. Or, sur ce cha­pitre, il y a bien des choses à ajou­ter. Rien que pour les fro­mages les hausses sont très im­por­tantes. N’y a-t-il pas une pos­si­bi­li­té de des­ser­rer l’étau au­tour de la fi­lière. Il suf­fit de mieux pros­pec­ter les op­por­tu­ni­tés qui s’offrent de­vant les in­dus­triels pour ré­or­ga­ni­ser le sec­teur et of­frir de nou­velles chances aux pro­fes­sion­nels. Se­lon le Grou­pe­ment in­ter­pro­fes­sion­nel des viandes rouges et du lait (Giv­lait), en 2017, on comp­tait près de 240 centres de col­lecte (229 d’entre eux ont ob­te­nu l’agré­ment sa­ni­taire vé­té­ri­naire) avec une ca­pa­ci­té glo­bale de col­lecte dé­pas­sant les 2.8 mil­lions de litres de lait par jour. Le lait col­lec­té re­pré­sente plus de 62,6% du lait pro­duit et les cen­trales lai­tières s’ap­pro­vi­sionnent à hau­teur de 89,6% de lait frais au­près de ces centres.

Quel im­pact sur le consom­ma­teur ?

Pour ce qui est du sec­teur trans­for­ma­tion, il com­porte plus de 45 uni­tés in­dus­trielles d’une ca­pa­ci­té de trans­for­ma­tion de 5.4 mil­lions de litres par jour ain­si que d’un ré­seau de trans­for­ma­teurs ar­ti­sa­naux ré­par­tis à tra­vers tout le pays. Rap­pe­lons que la ca­pa­ci­té de pro­duc­tion de la Tu­ni­sie est de plus de 1.424 mil­lions de litres. On est par­ve­nu à col­lec­ter près de 892 mil­lions de litres à la fin de l’an­née 2017, soit une évo­lu­tion de 4,7% par rap­port à 2016. Tou­jours est-il que les agri­cul­teurs et les éle­veurs ne prennent pas en compte les in­té­rêts du consom­ma­teur. Il s’agit, jus­te­ment, de trou­ver des ré­ponses aux dif­fi­cul­tés du sec­teur sans pen­ser aux consé­quences que ce­la au­rait sur les prix de ce pro­duit au­près des consom­ma­teurs. L’im­pact im­mé­diat se ma­ni­fes­te­rait au ni­veau de la dis­po­ni­bi­li­té de ce pro­duit sur le mar­ché. Le lait sté­ri­li­sé de­mié­cré­mé pour­rait dis­pa­raître des étals des ma­ga­sins et ce­la ne man­que­ra pas de créer un cer­tain désar­roi au­près des mé­na­gères. Comme il s’agit d’un ali­ment de base pour les fa­milles, les ha­bi­tudes pour­raient bien chan­ger. Ce se­ra l’oc­ca­sion de faire place à cer­taines marques qui sont écou­lées dif­fi­ci­le­ment. Les ca­fés et les pâ­tis­se­ries au­ront du mal à s’ap­pro­vi­sion­ner en cette ma­tière d’au­tant plus que la pé­riode coïn­cide avec l’ar­ri­vée du mois de Ra­ma­dan. Se ra­bat­tra-t-on alors sur le lait concen­tré su­cré en boîte? D’ailleurs, lui, il n’est pas en reste puisque le prix d’une boîte tourne au­tour de 4 et 5 di­nars. Contre 300 et 350 mil­limes au mi­lieu des an­nées 1980 !

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