La né­ces­saire mise à ni­veau gé­né­rale de la po­pu­la­tion

La Presse (Tunisia) - - ÉCONOMIE - Par Foued ALLANI

Vous pou­vez éla­bo­rer les meilleures stra­té­gies et éta­blir les pro­grammes les mieux fi­ce­lés du monde pour pro­mou­voir l’en­tre­prise, mais tant que l’élé­ment hu­main est en gé­né­ral mal ou­tillé pour cestte mis­sion rien ne mar­che­ra comme vou­lu, même si le fait de four­nir ces ef­forts de pla­ni­fi­ca­tion est en soi louable et à prendre en consi­dé­ra­tion. La mul­ti­pli­ca­tion des ini­tia­tives dans ce sens de la part des dif­fé­rents gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé aux com­mandes du pays de­puis de longues an­nées dé­montre à quel point la ques­tion de la pro­mo­tion des en­tre­prises quelle que soit leur taille, ou leur na­ture (pu­bliques ou pri­vées, Sarl, SA ou autres), ou le sec­teur dans le­quel elles opèrent est, mal­gré tout, cru­ciale et reste tou­jours d’ac­tua­li­té car les ré­sul­tats sont en­core en de­çà des es­pé­rances. La confé­rence na­tio­nale sur l’in­dus­trie et le PME (pe­tites et moyennes en­tre­prises), que nous pou­vons ci­ter comme exemple, te­nue jeudi der­nier à Tu­nis, a com­por­té quatre pa­nels mais au­cun d’entre eux n’a été consa­cré à l’élé­ment hu­main qui souffre d’un énorme et im­par­don­nable gas­pillage (com­pé­tences ré­duites ou in­adé­quates, mar­gi­na­li­sa­tion, ab­sence de vrais ho­ri­zons, fuite à l’étran­ger, etc.) La ques­tion de l’élé­ment hu­main a été à coup sûr sou­le­vée, elle n’a hé­las pas bé­né­fi­cié d’un pa­nel à elle toute seule, ce qui dé­montre à quel point la ques­tion des res­sources hu­maines est en­core abor­dée d’une ma­nière ti­mide pour ne pas dire su­per­fi­cielle, même si le chef du gou­ver­ne­ment a évo­qué, dans son dis­cours d’ou­ver­ture de la­dite ma­ni­fes­ta­tion, plu­sieurs dif­fi­cul­tés d’ordre hu­main dont souffrent nos PME. De plus, les res­sources hu­maines de­vraient être prises au sens large et non seule­ment dé­si­gner celles liées di­rec­te­ment à l’en­tre­prise pour for­mer l’un des plus pré­cieux de ses ca­pi­taux. C’est -à-dire com­prendre l’en­semble des in­ter­ve­nants di­rects et in­di­rects dans le dé­mar­rage, le fonc­tion­ne­ment et le dé­ve­lop­pe­ment d’une en­tre­prise (y com­pris les fonc­tion­naires, le per­son­nel des banques, etc.). Oui, il faut le re­con­naître, le ni­veau gé­né­ral de com­pé­tence (avec ses deux vo­lets, tech­nique et hu­main) de notre po­pu­la­tion a ré­gres­sé d’une ma­nière in­quié­tante de­puis ces trois der­nières dé­cen­nies, avec un re­cul fla­grant à par­tir de la fin des an­nées 1990. C’est la mé­dio­cri­té généralisée qui, en plus, écrase les moins mé­diocres et les plus com­pé­tents. A tel point que l’on trouve ra­re­ment, au­jourd’hui, un bon pro­fes­sion­nel dans la plu­part des do­maines. De plus, nos meilleurs élé­ments sont tou­jours at­ti­rés par les pays étran­gers qui les trouvent prêts à pro­duire, nous pri­vant ain­si de leurs ser­vices. Dans cer­tains do­maines tech­niques, comme la maî­trise des langues de tra­vail ou la ca­pa­ci­té de rai­son­ne­ment et de ré­so­lu­tion des pro­blèmes, c’est l’in­com­pé­tence tout court. Ne par­lons pas ici des com­pé­tences d’ordre hu­main, les plus pré­cieuses qui sont de­ve­nues mi­cro­sco­piques (hon­nê­te­té, res­pect de soi et des autres, dis­ci­pline, ri­gueur, es­prit d’équipe, etc.) L’ap­pa­reil de pro­duc­tion des com­pé­tences est, en ef­fet, ob­so­lète et to­ta­le­ment dé­ré­glé. En plus du fait qu’il livre au chô­mage chro­nique des mil­liers de jeunes, il se ca­rac­té­rise par des ni­veaux bas aus­si bien en termes de sa­voirs que de sa­voir-faire, sa­voir-être, sa­voir-agir (et aus­si ré­agir ou être proac­tif). Le vrai dé­fi est pour nous, au­jourd’hui, de par­ve­nir à sou­mettre l’en­semble de la po­pu­la­tion à une grande opé­ra­tion de mise à ni­veau qui n’oc­cul­te­rait ou né­gli­ge­rait en au­cune ma­nière les as­pects non tech­niques, ces der­niers, cha­cun le sait, sont les plus fa­ciles à mettre à ni­veau. Oui, il y a né­ces­si­té ur­gente de mettre à ni­veau tout le pays qui est plon­gé da­van­tage dans la mé­dio­cri­té, l’at­ten­tisme, la dé­lin­quance, la clo­char­dise et bien d’autres maux et fléaux, l’an­cien ré­gime ayant échoué, de­puis l’in­dé­pen­dance, à créer le vrai ci­toyen tout en réus­sis­sant à pro­duire un Tu­ni­sien qui est tout sauf un vrai ci­toyen, une en­ti­té que nous avons ap­pe­lée l’an­ti-ci­toyen. Tant que cette opé­ra­tion de mise à ni­veau gé­né­rale n’au­ra pas été réa­li­sée, vous avez beau éla­bo­rer des stra­té­gies et des pro­grammes, rien ne pro­gres­se­ra. Et comme la règle du «qui n’avance pas re­cule » est claire et in­faillible, comme cha­cun le sait, ima­gi­nons les dé­gâts…

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