L’in­né et l’ac­quis

La Presse (Tunisia) - - LA UNE - Par Ja­lel MESTIRI

Ça semble tou­jours im­pos­sible jus­qu’à ce que ça soit fait. La route fut longue, de­puis 1998, mais la ré­com­pense en vaut la peine…La Croa­tie n’est plus cet éter­nel out­si­der. Une équipe qui joue trois fois les pro­lon­ga­tions, soit l’équi­valent d’un match en plus, est une équipe qui force le des­tin. Les Croates sont de­ve­nus des ha­bi­tués de sur­pas­se­ment dans l’ef­fort.

On dit sou­vent que les vic­toires aident à ré­cu­pé­rer plus ra­pi­de­ment. Le «stress» cau­sé par les séances de tirs au but en­core da­van­tage. Le stress, mais aus­si le sen­ti­ment d’eu­pho­rie. Tout ce qui ne tue pas ren­force, même si on puise dans ses ré­serves ner­veuses. Qui a dit que la fa­tigue men­tale en­traîne la fa­tigue phy­sique ?

Le men­tal, c’est la com­ba­ti­vi­té, la mo­ti­va­tion, mais plus en­core la confiance en soi et le contrôle des émo­tions. Il per­met de gé­rer une épreuve en étant le moins dé­sta­bi­li­sé pos­sible par l’en­jeu ou le dé­rou­le­ment des matchs.

La Croa­tie a au­jourd’hui un as­cen­dant psy­cho­lo­gique sur ses ad­ver­saires. Ses joueurs sont pré­pa­rés à tout. Qu’ils le veuillent ou non. L’éter­nelle ba­taille de l’in­né et de l’ac­quis. Parce que le ta­lent, c’est le com­plé­ment du tra­vail. L’in­né, l’in­quan­ti­fiable, le che­min in­fi­ni qui re­lie l’âme au corps. C’est la beau­té de tout ce qu’on ne peut te­nir. C’est la grâce.

Quand on parle de dé­ter­mi­nants men­taux, on pense di­rec­te­ment aux forces dynamiques men­tales, ré­sis­tance au stress, au cou­rage et à la ca­pa­ci­té à prendre des risques.

Vu sous l’angle de la per­for­mance spor­tive, le foot­ball est un tout. Il in­ter­pelle le joueur dans sa to­ta­li­té agis­sante. Ce der­nier cherche tou­jours à s’adap­ter à la si­tua­tion de jeu la plus fa­vo­rable, mais éga­le­ment la plus concrète. Tout ce­la dans un es­pa­ce­temps en per­pé­tuelle évo­lu­tion, sous la contrainte d’un « en­gin » : le bal­lon.

La ca­pa­ci­té d’ef­fort et de con­cen­tra­tion est for­te­ment liée à la qua­li­té tech­nique. Le ca­rac­tère, la té­na­ci­té ne laissent rien au ha­sard. Mais le ta­lent ne pou­vant s’ac­qué­rir uni­que­ment par le tra­vail. Comme le di­sait Dos­toïevs­ki, « le ta­lent a be­soin de sym­pa­thie ; il faut qu’on le com­prenne». Et sou­vent, on ne com­prend pas. Mais Mo­drich, Ra­ki­tic, Su­ba­sic, Pe­ri­sic… et leur en­traî­neur Zlat­ko Da­lic ne sortent pas de nulle part. Ils sont en passe de de­ve­nir des hé­ros, s’ils ne le sont dé­jà. Nous sommes en pré­sence au­jourd’hui d’une équipe qui est sûre d’elle tech­ni­que­ment et qui ar­rive à se re­trou­ver fa­ci­le­ment. On sent qu’elle maî­trise tout en sim­pli­ci­té les dif­fé­rentes phases de jeu à base de passes courtes. Les joueurs ne prennent pas le bal­lon pour faire des passes et pour le dé­ga­ger. Ils se cherchent dans les pieds et on de­vine que lors­qu’ils ar­rivent dans les qua­rante der­niers mètres, il peut se pas­ser beau­coup de choses. Au fait, ce qu’ils font, ils le font pour la jus­tice du foot­ball.

Une équipe avec des joueurs de ca­rac­tères peut al­ler loin. Même dans une épreuve comme la Coupe du monde. Phy­si­que­ment comme psy­cho­lo­gi­que­ment. Les ca­rac­tères, les per­son­na­li­tés sont des élé­ments à prendre en haute consi­dé­ra­tion. On ne fait pas une liste uni­que­ment par les meilleurs, mais sur­tout ceux qui sont ca­pables de ré­sis­ter jus­qu’au bout. Tous les élé­ments consti­tu­tifs d’une équipe croate au men­tal fort et équi­li­bré se rap­portent à la confiance en soi. La confiance au coach, la confiance dans le pro­jet de jeu et de sa maî­trise. La confiance qui vient de l’ex­pé­rience et du vé­cu. De l’es­poir qui fait naître la mo­ti­va­tion, le sen­ti­ment de sé­cu­ri­té.

Au pre­mier plan, il y a, certes, la qua­li­fi­ca­tion à la fi­nale de la Coupe du monde. La vic­toire aus­si ôh com­bien si­gni­fi­ca­tive sur un ad­ver­saire qui s’ap­pelle An­gle­terre. Mais il s’est joué plus que ce­la ce soir de mer­cre­di 11 juillet sur la pe­louse du stade de Mos­cou. Ce­la a été un mo­ment in­tense en émo­tions pour une équipe d’une di­gni­té in­croyable, et la ma­nière dont les joueurs ont évo­lué, avec tous les sen­ti­ments qui les ont tra­ver­sés. L’on ne peut que les es­ti­mer.

Rien que pour ce­la…

la ca­pa­ci­té d’ef­fort et de con­cen­tra­tion est for­te­ment liée à la qua­li­té tech­nique. le ca­rac­tère, la té­na­ci­té ne laissent rien au ha­sard. Mais le ta­lent ne pou­vant s’ac­qué­rir uni­que­ment par le tra­vail. comme le di­sait Dos­toïevs­ki, « le ta­lent a be­soin de sym­pa­thie ; il faut qu’on le com­prenne ». Et sou­vent, on ne com­prend pas. Mais Mo­drich, Ra­ki­tic, Su­ba­sic, Pe­ri­sic… et leur en­traî­neur Zlat­ko Da­lic ne sortent pas de nulle part. ils sont en passe de de­ve­nir des hé­ros, s’ils ne le sont dé­jà.

J. M.

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