TRA­VAILLEZ, PRE­NEZ DE LA PEINE

Le Manager - - Édito - Par Sa­har Me­chri Khar­rat

La po­li­tique a ses rai­sons que l’éco­no­mique ignore, pour ne pas dire s’en­tête à re­fu­ser. L’ac­cord entre le gou­ver­ne­ment et les sit-in­neurs d’el Ka­mour en est une par­faite illus­tra­tion. Vu de l’ex­té­rieur, ces der­niers ont te­nu la dra­gée haute à un gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale écar­te­lé entre sa vo­lon­té d’ache­ter la paix so­ciale et faire bonne fi­gure et sous l’étrange at­ti­tude « bien­veillante » de L’UGTT. On ne par­le­ra pas ici d’un nou­veau cas de ju­ris­pru­dence qui fe­rait tache d’huile pour avoir ré­mu­né­ré et of­fert l’im­pu­ni­té à des fron­deurs ayant trans­gres­sé la loi, frô­lant l’in­sur­rec­tion. Le plus pro­blé­ma­tique est le re­cru­te­ment des 1500 per­sonnes dans les so­cié­tés pé­tro­lières. Ce­la ré­pond-il à un be­soin de ces en­tre­prises, bien évi­dem­ment pour ce qui est du pro­fil et de l’ef­fec­tif, au­quel cas nous de­vrions nous at­tendre à une aug­men­ta­tion de la pro­duc­tion dans les pro­chains temps ? Une dé­ci­sion peu conforme à toute règle de bons sens éco­no­mique. Nos gou­ver­nants sont cer­tai­ne­ment loin d’igno­rer ce vieux con­cept éco­no­mique qu’au-de­là d’un cer­tain ef­fec­tif dé­ter­mi­né par les be­soins de l’en­tre­prise, tout re­cru­te­ment sup­plé­men­taire est contre-pro­duc­tif car il a un ren­de­ment né­ga­tif. L’etat, dans l’in­ca­pa­ci­té d’en fi­nir avec un feuille­ton cau­che­mar­desque, a trans­fé­ré le risque vers des en­tre­prises à par­ti­ci­pa­tion étran­gère. Celles-ci n’ont pas à sup­por­ter la né­gli­gence de dé­cen­nies en­tières de dé­fi­cit, voire d’er­re­ments, de po­li­tiques pu­bliques même s’il convient de les mettre à contri­bu­tion d’une tout autre ma­nière. On ne pou­vait mal­en­con­treu­se­ment en­voyer pires si­gnaux à des in­ves­tis­seurs étran­gers lo­caux. On a en­fon­cé un clou là où le bât blesse : la pro­duc­ti­vi­té ! La pro­duc­ti­vi­té, le mot est lâ­ché, de­vrait être le che­val de ba­taille du gou­ver­ne­ment au re­gard de la dé­grin­go­lade dans les clas­se­ments internationaux en ma­tière d’ef­fi­cience du mar­ché du tra­vail et d’adé­qua­tion entre pro­duc­ti­vi­té et sa­laire, thème d’une brû­lante actualité s’il en est. Tel est l’ob­jet du dos­sier de ce nu­mé­ro, su­jet de la table ronde que nous avons ani­mée avec la par­ti­ci­pa­tion d’émi­nents ex­perts. Un échange on ne peut plus fruc­tueux. Mo­nia Saï­di, Nou­red­dine Ha­j­ji, Ha­bib Zi­tou­na et Ka­rim Tra­bel­si ont su éle­ver le dé­bat au ni­veau qui doit être le sien. A l’heure où les em­ployeurs se plaignent du peu d’en­ga­ge­ment des tra­vailleurs et d’un état d’es­prit d’as­sis­té, l’etat ac­corde une in­dém­ni­té de 500 dinars aux pro­mus à de nou­veaux postes d’em­ploi chez les fron­deurs dès le mois de sep­tembre en at­ten­dant de re­joindre leurs nou­veaux « postes ». Au­raien­tils dès lors l’en­vie de mouiller la che­mise ? Vrai­sem­bla­ble­ment, les le­çons d’un pas­sé pas si loin­tain n’ont pas été ti­rées. Ma­len­con­treux constat. Ces dé­ci­sions de re­cru­te­ment dans les so­cié­tés pé­tro­lières comme dans celles de l’en­vi­ron­ne­ment font fi de toute lo­gique éco­no­mi­co-fi­nan­cière ; elles greffent da­van­tage de dis­tor­sions dans un mar­ché en mal d’ef­fi­cience, avec de faibles es­poirs d’ob­te­nir une paix so­ciale du­rable. Cette pé­riode es­ti­vale où les ho­raires de tra­vail sont ré­duits pen­dant trois mois, rien de moins que le quart de l’an­née est à l’évi­dence l’oc­ca­sion de nous in­ter­ro­ger quand al­lons­nous prendre à bras-le-corps ce mal in­si­dieux d’oi­si­ve­té, re­non­cer à des ac­quis d’un autre temps pour nous im­pré­gner de la no­tion d’etat d’ur­gence éco­no­mique. Il n’y a point lieu d’hé­si­ta­tion pos­sible pour ex­pli­quer et in­sis­ter quant à la né­ces­si­té d’en­clen­cher un cercle ver­tueux pour gé­né­rer forte pro­duc­ti­vi­té, crois­sance et re­dis­tri­bu­tion ac­crue de ri­chesses. Il im­porte éga­le­ment, de mettre en garde contre les risques et les dan­gers d’un cercle vi­cieux, ce­lui du désoeu­vre­ment, de l’en­det­te­ment et de la perte de pou­voir d’achat. On ne loue­ra ja­mais as­sez le mo­dèle éco­no­mique des en­tre­prises qui créent, in­novent, in­ventent, cassent les codes an­ciens, an­ti­cipent et brillent de mille feux à l’in­ter­na­tio­nal. Notre in­vi­té Nei­la Ben Zi­na nous ra­con­te­ra com­ment dix-sept ans plus tôt, elle est ren­trée en Tu­ni­sie pour mar­quer de son em­preinte le mar­ché de la bu­si­ness in­tel­li­gence avant de dé­ployer le made in Tu­ni­sia hors de nos fron­tières, sur des mar­chés ré­pu­tés dif­fi­ciles d’ac­cès. D’autres exemples de réus­sites don­nant du baume au coeur et re­nouant avec l’es­poir vous se­ront ra­con­tés comme celle de Sa­mi Toun­si, fon­da­teur de mon­res­to.tn. Bonne lec­ture et bonnes va­cances !

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