La Banque mon­diale en ap­pui à la mise en oeuvre des ré­formes À qui pro­fite la manne de la Banque mon­diale ?

LA BANQUE MON­DIALE EN AP­PUI À LA MISE EN OEUVRE DES RÉ­FORMES

Le Manager - - Sommaire - SA­HAR ME­CHRI KHAR­RAT

Le prêt de 500 mil­lions de dol­lars ac­cor­dé, en juin, par la Banque mon­diale se­lon les termes de la banque, en l’oc­cur­rence une ma­tu­ri­té de 28 ans avec 5 ans de grâce, a été ra­ti­fié au len­de­main du dé­blo­cage de la deuxième tranche par le FMI. Il s’in­sère dans le cadre de sa stra­té­gie d’ap­pui en fa­veur de la Tu­ni­sie. Quels sont les te­nants et les abou­tis­sants de ce prêt ? L a Banque Mon­dile a tou­jours sou­te­nu la re­lance de la crois­sance en Tu­ni­sie. Ma­rie- Fran­çoise Ma­rie – Nelly, di­rec­trice des opé­ra­tions pour le Magh­reb et Malte, pré­cise que la stra­té­gie de la banque envers la Tu­ni­sie se dé­cline en trois axes, à sa­voir la crois­sance, l’em­ploi et la ré­duc­tion des dis­pa­ri­tés ré­gio­nales à tra­vers la créa­tion des condi­tions de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique dans les ré­gions dé­fa­vo­ri­sées. L’in­clu­sion so­ciale ferme la marche en met­tant un ac­cent par­ti­cu­lier sur la re­de­va­bi­li­té et la trans­pa­rence.

Des pro­jets en cours

Un cer­tain nombre d’opé­ra­tions dé­jà ini­tiées ont contri­bué à mettre en oeuvre cette stra­té­gie. Ain­si de la né­ces­si­té de re­po­si­tion­ner la Tu­ni­sie sur la carte « We are in bu­si­ness », comme a pré­ci­sé la di­rec­trice des opé­ra­tions. Un pre­mier pro­jet qui concerne la ges­tion in­té­grée des pay­sages, pré­sen­té par Taou­fik Ben­nou­na, spé­cia­liste en res­sources na­tu­relles à la Banque mon­diale pour la ré­gion Moyen- Orient et Afrique du Nord, vise à amé­lio­rer les condi­tions éco­no­miques dans les ré­gions du Nor­dOuest et du Centre- Ouest. L’as­pect no­va­teur est de mettre à contri­bu­tion les agri­cul­teurs et les fo­res­tiers pour amé­lio­rer le pay­sage. L’idée était de mettre en place une vi­sion par­ta­gée de l’ave­nir en im­pli­quant toutes les par­ties pre­nantes, en l’oc­cur­rence les po­pu­la­tions à tra­vers une co­ges­tion des res­sources fo­res­tières se­lon un ca­hier des charges bien éta­bli. Bien en­ten­du, ce­la per­met en prime à ces po­pu­la­tions d’amé­lio­rer leurs condi­tions de vie à tra­vers la com­mer­cia­li­sa­tion de ces res­sources. L’ob­jec­tif est d’opé­rer un chan­ge­ment au ni­veau de la gou­ver­nance et de mettre en oeuvre une opé­ra­tion à fort im­pact sur l’as­pect genre, deux élé­ments pri­mor­diaux dans l’ac­tion de Ma­rie Fran­çoise Ma­rie – Nelly. Pour ce qui est de la va­lo­ri­sa­tion et l’in­té­gra­tion éco­no­mique des femmes des ré­gions dé­fa­vo­ri­sées, la Banque mon­diale a dé­jà or­ga­ni­sé un Ha­cka­thon genre où des jeunes sont ap­pe­lés à trou­ver des so­lu­tions tech­no­lo­giques à même d’ai­der les femmes à ré­soudre les pro­blèmes qu’elles ren­contrent dans leur ré­gion. Quant au deuxième pro­jet pré­sen­té par Jade Sal­hab, res­pon­sable du dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur pri­vé et du dé­ve­lop­pe­ment des chaînes de va­leur, il consiste à créer une pla­te­forme mul­ti­dis­ci­pli­naire qui im­plique L’APII, L’APIA, le CEPEX ain­si que des agences de dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal pour rendre dis­po­nibles et ac­ces­sibles toutes les in­for­ma­tions de sorte que toutes les opé­ra­tions vi­sant à dé­ve­lop­per les chaînes de va­leur soient ac­cé­lé­rées. « Il faut amé­lio­rer la crois­sance des en­tre­prises pri­vées pour

qu’elles em­bauchent plus et mieux », s’est éver­tué à dé­cla­rer Sal­hab. Il pré­cise qu’outre l’amé­lio­ra­tion de l’en­vi­ron­ne­ment des af­faires, il est pri­mor­dial d’ac­com­pa­gner le mou­ve­ment par des ac­tions ayant un im­pact di­rect sur les en­tre­prises, à sa­voir le dé­ve­lop­pe­ment des chaînes de va­leur. De fait, les ex­perts de la Banque mon­diale aident d’abord les firmes à iden­ti­fier leurs pro­blèmes, no­tam­ment la for­ma­tion des col­la­bo­ra­teurs, les cir­cuits de dis­tri­bu­tion, la lo­gis­tique ou le sto­ckage et in­ves­tissent en­suite pour ré­gler les maillons faibles de la chaîne de va­leur. A titre d’exemple, il peut s’agir d’ai­der à orien­ter l’huile d’olive vers les mar­chés les plus ré­mu­né­ra­teurs, à tra­vers le dé­ve­lop­pe­ment d’une marque et d’un bran­ding et d’aban­don­ner la vente en vrac à bas prix. Jade Sal­hab a in­di­qué que les bar­rières peuvent être in­di­vi­duelles mais elles sont le plus sou­vent col­lec­tives, no­tam­ment pour ce qui est de la lo­gis­tique, d’où l’in­té­rêt des firmes à s’or­ga­ni­ser en grou­pe­ments. Le dé­ve­lop­pe­ment et la ré­orien­ta­tion des chaînes de va­leur peuvent être très bé­né­fiques pour l’ex­port mais sur­tout per­mettent à des sec­teurs comme l’agri­cul­ture ou le tou­risme de se re­po­si­tion­ner non pas juste en pro­po­sant des prix com­pé­ti­tifs mais de vi­ser des mar­chés plus exi­geants et plus ré­mu­né­ra­teurs. Pour chaque pro­jet de ré­orien­ta­tion de la chaîne de va­leur, la banque est prête à in­ves­tir entre 15 et 20 mil­lions de dol­lars. Ce n’est pas peu dire.

Quelle des­ti­née pour le der­nier prêt ?

Le der­nier prêt ac­cor­dé à la Tu­ni­sie vient in­con­tes­ta­ble­ment ren­for­cer la stra­té­gie de la banque de re­lance de la crois­sance en amé­lio­rant l’en­vi­ron­ne­ment des af­faires. La mis­sion ul­time de cette opé­ra­tion de prêt est la mise en oeuvre des ré­formes, vi­sant prin­ci­pa­le­ment d’un cô­té, la re­lance de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique et l’en­vi­ron­ne­ment des af­faires et d’un autre cô­té, l’en­tre­pre­neu­riat des jeunes et la fa­ci­li­ta­tion des condi­tions de fi­nan­ce­ment de ces jeunes pro­mo­teurs en herbe. A vrai dire, Ma­rie Fran­çoise Ma­rie – Nelly a bien pré­ci­sé que les éva­lua­tions et les in­di­ca­teurs, tels que le doing­bu­si­ness, ont mon­tré que la Tu­ni­sie marque le pas sur cer­tains as­pects en ma­tière de créa­tion d’en­tre­prises, de pro­cé­dures ad­mi­nis­tra­tives et au ni­veau du com­merce trans­fron­ta­lier. Le prêt vise donc à flui­di­fier l’ac­ti­vi­té, tra­dui­sant une sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures du Code des investissements. Il est éga­le­ment at­ten­du de créer un ter­rain équi­table en ren­dant plus opé­ra­tion­nel le code de la concur­rence, en adop­tant et en pu­bliant les dé­crets d’ap­pli­ca­tion et en ac­cen­tuant la trans­pa­rence des pro­cé­dures. Le prêt est éga­le­ment des­ti­né à mettre en ap­pli­ca­tion la loi sur le PPP et faire en sorte d’iden­ti­fier des op­por­tu­ni­tés qui per­mettent au sec­teur pri­vé d’in­ter­ve­nir. La sim­plif ica­tion des pro­cé­dures doua­nières fi­gure éga­le­ment au me­nu via spé­ci­fi­que­ment une di­gi­ta­li­sa­tion des services por­tuaires. Pour ce qui est de la pro­mo­tion de l’in­ves­tis­se­ment, le prêt se­ra as­si­gné à la re­vue du dis­po­si­tif de fi­nan­ce­ment des en­tre­prises en fa­vo­ri­sant le ca­pi­tal- risque et la créa­tion de star­tups. Ma­rie Fran­çoise Ma­rie – Nelly es­time qu’il est im­por­tant de re­voir toute la ré­gle­men­ta­tion sur le cré­dit bu­reau pour flui­di­fier l’ac­cès à l’in­for­ma­tion et per­mettre aux ins­ti­tu­tions fi­nan­cières de dis­po­ser de ré­fé­ren­tiels concer­nant les en­tre­prises. Le prêt vien­dra éga­le­ment ap­puyer toutes les ré­formes vi­sant à fa­ci­li­ter le ré­gime tu­ni­sien des faillites, no­tam­ment la nou­velle loi sur les pro­cé­dures col­lec­tives. Le cré­dit au lo­ge­ment a fait éga­le­ment l’ob­jet d’une at­ten­tion par­ti­cu­lière. La Banque mon­diale sou­tient la ré­vi­sion des cri­tères d’éli­gi­bi­li­té au Fo­pro­los afin de pou­voir élar­gir l’as­siette des bé­né­fi­ciaires pour re­grou­per les per­sonnes à faible re­ve­nu ain­si que celles qui ne passent pas par des pro­grammes im­mo­bi­liers. En guise de conclu­sion, Ma­rie Fran­çoise Ma­rie- Nelly n’a pas man­qué d’in­sis­ter sur le fait que la Tu­ni­sie, qui a en­ta­mé des ré­formes très im­por­tantes, se doit de per­sé­vé­rer et pré­ser­ver ses ac­quis en orien­tant les ef­forts sur la mise en oeuvre et l’exé­cu­tion des­dites ré­formes. On l’au­ra com­pris, l’ac­tion en­core et tou­jours. Et ce n’est pas une mince af­faire !

Ma­rie-fran­çoise Ma­rie – Nelly

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