As­so­cia­tion In­ter­na­tio­nale des Maires Fran­co­phones (AIMF) L’en­tre­pre­neu­riat au coeur des ré­seaux des femmes

Elles étaient vrai­ment à l’hon­neur lors de la 37ème assemblée générale des maires fran­co­phones (AIMF) à Mon­tréal. Elles? Ces femmes ex­pertes, celles aux ex­pé­riences in­édites, des élues lo­caux, des cheffes d’en­tre­prises tout au­tant que des re­pré­sen­tantes d

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Forte pré­sence de femmes d’in­fluence, celles qui ont dé­pla­cé les lignes dans le conti­nent mais aus­si dans toute la zone francophone, un au­di­toire ac­quis à la cause, sont in­du­bi­ta­ble­ment au­tant de signes de l’im­por­tance qu’ac­corde le se­cré­ta­riat générale et le bu­reau exé­cu­tif de l’as­so­cia­tion au poids des femmes et à la ques­tion genre. Le su­jet mé­rite qu’on s’y at­tarde, les chiffres de la Banque mon­diale évo­qués par Cé­les­tine Ket­cha Courtes, maire de Ban­gang­té et pré­si­dente de l’as­so­cia­tion des femmes maires (REFELA-CAM) l’at­testent. Alors que 51% de la po­pu­la­tion afri­caine sont des femmes, on ne compte que 8 femmes sur les 190 chefs d’etat et de gou­ver­ne­ment du conti­nent. De quoi ali­men­ter cette vaste in­ter­ro­ga­tion “Que faut-il faire pour que les femmes soient au­tour de la table et non dans le me­nu”. Au-de­là des ques­tions, il y a le constat épi­neux: face aux me­naces qui pèsent sur le monde, il est temps de re­pen­ser les sché­mas du pas­sé. In­té­grer plus les femmes dans l’ac­tion po­li­tique, ma­na­gé­riale et ci­vile se­rait un des chan­ge­ments à en­tre­prendre. Les femmes en­ga­gées dans la ci­té peuvent par­ti­ci­per au dé­ve­lop­pe­ment, ani­mer le dia­logue dans les villes, chan­ger les choses et mo­di­fier les ha­bi­tudes. Scru­tant de près l’ac­tion fé­mi­nine dans la ré­gion qué­bé­coise, Anne Mé­vel­lec, pro­fes­seur agré­gée, di­rec­trice ad­jointe de l’ecole d’études po­li­tiques, af­firme que même si les femmes ne forment pas une ca­té­go­rie uni­taire, cer­taines ten­dances com­por­te­men­tales émergent. A ce pro­pos, les femmes qué­bé­coises ne vont pas en po­li­tique juste pour ser­vir leurs ci­toyens mais plu­tôt parce qu’elles ont des pro­jets po­li-

tiques. Aus­si, dans leur ma­nière d’exer­cer le pou­voir, elles ap­pré­cient plus le tra­vail col­la­bo­ra­tif et en­vi­sagent la po­li­tique comme une ex­pé­rience col­lec­tive. Illus­tra­tion: au ni­veau des conseils mu­ni­ci­paux, elles es­saient de mettre en va­leur, de faire émer­ger les forces en cha­cun des membres avec les­quels elle tra­vaille et ne cherchent à as­seoir son hé­gé­mo­nie. De son cô­té, Cé­les­tine Ket­cha Courtes af­firme que la pa­ri­té donne plus de chances aux femmes pour être ac­tives dans la gou­ver­nance lo­cale. Elle re­com­mande que le Ré­seau des femmes élues lo­cales tra­vaille de concert avec le Ré­seau des femmes chefs d’en­tre­prise et ce­lui de la so­cié­té ci­vile pour avoir plus d’in­fluence, de pou­voir et de poids dans la so­cié­té. Elle in­siste éga­le­ment sur l’im­por­tance de la com­mu­ni­ca­tion et de la mé­dia­ti­sa­tion : “Il est im­por­tant de faire usage de toutes les tech­niques de com­mu­ni­ca­tion, c’est ain­si qu’on ac­quiert de l’in­fluence”, lance-t-elle.

Le ré­seau pour prendre son en­vol

Les or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales ont pla­cé le cur­seur à 30% de femmes dans les postes de res­pon­sa­bi­li­té en 2015 alors qu’ils ne sont que 20% . Au même mo­ment, la so­cié­té ci­vile ré­clame la pa­ri­té. De quoi lan­cer à la ronde : “Qu’ont-elles fait les femmes pour s’or­ga­ni­ser?”. “On a plus be­soin de gens so­li­daires que de gé­nies so­li­taires”, a-t-on lan­cé lors de l’in­tro­duc­tion du pa­nel in­ti­tu­lé “Ré­seaux de villes, ré­seaux de femmes”. Pour Anne Hi­dal­go, il n’y a au­cun doute: les femmes ont be­soin d’être ap­puyées et d’être en­tou­rées de per­sonnes qui ont com­pris que l’ave­nir se joue non pas dans la do­mi­na­tion mais plu­tôt avec les femmes. Elle rap­pelle que les femmes, en mal de re­pères, ont ten­dance à dou­ter de leur ca­pa­ci­té avant d’ac­cep­ter une res­pon­sa­bi­li­té alors que l’homme a plus de fa­ci­li­tés. D’autre part, Anne Mé­vel­lec pré­cise que les femmes conviennent que c’est la confiance en elles-mêmes qui leur manque pour sau­ter le pas. Pour preuve, elles fi­gurent dans toutes les for­ma­tions qui existent et dans la plu­part des cas elles ont ten­dance à être sur-di­plô­mées. In­con­tes­ta­ble­ment, l’or­ga­ni­sa­tion en ré­seau fa­vo­rise le net­wor­king, la co­op­ta­tion, le sou­tien aux mo­ments des épreuves; elle per­met de ga­gner du temps et d’être plus forte. “L’ex­pé­rience doit se ra­con­ter, s’écrire, se trans­mettre et se cu­mu­ler. C’est à tra­vers ce trans­fert de connais­sances que nous gran­dis­sons de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion”, as­sène-telle. “S’im­pré­gner des ex­pé­riences réus­sies, tra­vailler à l’in­ter­na­tio­nal per­met de dé­ve­lop­per une vi­sion”, a sou­li­gné la maire de Pa­ris. Et pa­ra­phra­sant Fran­çoise Gi­roud lors d’un dé­bat té­lé­vi­sé :“Si vous lais­sez de cô­té le champ de la stra­té­gie et des pen­sées, vous n’y ar­ri­vez pas, vous se­rez des femmes qui font du mieux qu’elles peuvent mais vous n’écri­vez pas l’his­toire”. L’AIMF, qui croit dur comme fer à l’im­por­tance des ré­seaux de femmes dans le dé­ve­lop­pe­ment des villes, a pris de l’avance en lan­çant, grâce à l’im­pul­sion d’anne Hi­da­go, le Ré­seau des femmes élues d’afrique Cen­trale. Sa pré­si­dente Cé­les­tine Ket­cha Courtes té­moigne que des ac­tions concrètes ont été ini­tiées dans les dif­fé­rents pays pour ren­for­cer les ca­pa­ci­tés des femmes, pour prendre en charge les en­fants et les ex­tir­per de la rue. Ces ré­seaux consti­tués sous la ban­nière de L’AIMF bé­né­fi­cient du sou­tien de l’union Eu­ro­péenne, de plus en plus convain­cue du rôle des au­to­ri­tés lo­cales dans le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique des pays. Ce­ci passe par l’en­cou­ra­ge­ment de la dé­cen­tra­li­sa­tion, le ren­for­ce­ment de ca­pa­ci­té des au­to­ri­tés lo­cales et des as­so­cia­tions liées. Anne Hi­dal­go a fé­li­ci­té les

élues lo­cales afri­caines pion­nières dans l’éla­bo­ra­tion de leur ré­seau qui étaient à la fois vi­sion­naires et concrètes dans leurs ac­tions. Elles ont mon­tré le che­min et don­né en­vie à d’autres conti­nents et à d’autres pays de s’or­ga­ni­ser et de bri­ser le pla­fond de verre. La pré­si­dente Cé­les­tine Ket­cha Courtes est la mar­raine du Ré­seau des femmes lea­ders du Magh­reb, tout ré­cem­ment consti­tué.

En­tre­pre­neu­riat fé­mi­nin à tra­vers les villes

Syl­vie La­belle, com­mis­saire au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, in­no­va­tion, en­tre­pre­neu­riat à la ville de Mon­tréal, a pré­sen­té l’ex­pé­rience et l’éco­sys­tème que la ville de Mon­tréal a ins­tal­lé pour ai­der les en­tre­pre­neures, en l’oc­cur­rence les femmes à ar­ra­cher leur place. D’abord, la ville a ou­vert des gui­chets d’en­trée à l’en­tre­pre­neu­riat dans les quar­tiers des­ti­nés aux en­tre­prises qui font un chiffre d’af­faires su­pé­rieur à 1 mil­lion $ pour pou­voir dis­po­ser de services de proxi­mi­té. Au­jourd’hui, ils sont au nombre de six. A vrai dire, il s’agit de services ren­dus, tels que le coa­ching et ou­tils de fi­nan­ce­ment, sous forme de bourse ou de prêts à des taux d’in­té­rêt conces­sion­nels. Syl­vie La­belle n’a pas ces­sé d’en­ton­ner le chant des louanges pour sa­luer les concours à l’en­tre­pre­neu­riat dans la pro­mo­tion de la culture en­tre­pre­neu­riale et l’amé­lio­ra­tion de la vi­si­bi­li­té de toutes les ca­té­go­ries d’en­tre­pre­neures qu’il s’agisse de femmes, de jeunes ou en phase de crois­sance ac­cé­lé­rée. Elle dé­plore que dans sa ville seule­ment 27% de la po­pu­la­tion croit à l’en­tre­pre­neu­riat et le reste se di­rige vers les mé­tiers clas­siques. Pour elle, l’élé­ment fo­cal de tout cet éco­sys­tème est l’école d’en­tre­pre­neu­riat qui offre une for­ma­tion de six mois, au bout des­quels le pro­jet est iden­ti­fié, le plan d’af­faires réa­li­sé et un diag­nos­tic se­ra ef­fec­tué pour voir si le por­teur du pro­jet dis­pose d’un po­ten­tiel en- tre­pre­neu­rial ou non. Syl­vie La­belle af­firme que cette école a été d’un grand sou­tien pour les femmes leur per­met­tant une dé­marche in­tros­pec­tive de soi. Faible avan­cée tant s’en faut. Ce dis­po­si­tif a été tout de même ju­gé in­suf­fi­sant. Un ré­seau de femmes ap­pe­lé Femmes SA a été créé. Ain­si, un prêt de 25000$ se­ra oc­troyé à toutes les femmes membres du ré­seau qui veulent créer une en­tre­prise. La com­mis­saire n’en dé­mord pas: la ré­vo­lu­tion nu­mé­rique de­meure un vé­ri­table chal­lenge. Les en­tre­prises qui ne s’ac­cli­matent pas à ce trend se­ront écar­tées. Par­tant du constat que les femmes avaient plus de dif­fi­cul­tés à ma­nier la tech­no­lo­gie, des pro­grammes pour ap­prendre le co­dage aux jeunes femmes ont été mis en place. Un ré­seau in­no­va­tion-pme a été éga­le­ment mis en place par la ville pour pa­rer à ce pro­blème. Au­jourd’hui, les 40 femmes du ré­seau ar­rivent à trou­ver des ré­ponses à leurs dé­fis res­pec­tifs à tra­vers les échanges qu’elles en­tre­tiennent. Elles ont été ac­com­pa­gnées dans tout ce qui est bran­ding, mar­ke­ting di­gi­tal à tra­vers des for­ma­tions aca­dé­miques et un coa­ching per­son­na­li­sé as­su­rés par des ex­perts et des spé­cia­listes en in­no­va­tion. “Elles ont énor­mé­ment ga­gné en confiance et en au­dace pour oser et sau­ter le pas”, clai­ronne la com­mis­saire. Elle n’a de cesse d’in­sis­ter sur l’im­por­tance du rôle mu­ni­ci­pal dans l’en­tre­pre­neu­riat. Spé­ci­fi­ca­tion à l’ap­pui: “La ville doit s’oc­cu­per des en­tre­pre­neurs au stade du dé­mar­rage et de crois­sance ra­pide. Dans chaque éta­blis­se­ment que nous met­tons en place, il y a une at­ten­tion et un re­gard par­ti­cu­liers sur la mo­bi­li­sa­tion des femmes”. Syl­vie La­belle a éga­le­ment fait ré­fé­rence à un pro­jet in­ti­tu­lé “De l’al­pha­bé­ti­sa­tion à l’en­tre­pre­neu­riat”, qu’elle a concré­ti­sé en par­te­na­riat avec la mai­rie au Bé­nin lors de son sé­jour en Afrique. Il est des­ti­né aux femmes anal­pha­bètes or­ga­ni­sées en pe­tites uni­tés de pro­duc­tion, aux­quelles sont pro­po­sés, en pre­mier abord, des cours d’al­pha­bé­ti­sa­tion pour ter­mi­ner avec des for­ma­tions en réa­li­sa­tion de plans d’af­faires. Si­tôt les meilleurs plans d’af­faire sé­lec­tion­nés, des prêts leur sont oc­troyés, ain­si qu’une for­ma­tion en ma­na­ge­ment pour amé­lio­rer la qua­li­té du pro­duit. Ce­lui-ci re­çoit alors une ac­cré­di­ta­tion de l’etat pour pou­voir être ven­du dans les points de vente de la ville. “Ce pro­gramme a per­mis à plu­sieurs de ces femmes de pas­ser de l’in­for­mel au for­mel”, a-t-elle at­tes­té. Au­jourd’hui, ces femmes ont créé un mou­ve­ment d’em­po­werment de femmes dé­te­nant un pou­voir po­li­tique de poids et très proches des maires. La­belle a éga­le­ment évo­qué l’ex­pé­rience réus­sie de la ville de Mon­tréal à or­ga­ni­ser le Ma­shup En­tre­pre­neu­rial, un évé­ne­ment qui re­groupe et lie les grandes en­tre­prises lea­ders d’un sec­teur avec les star­tups et les PME. Les pre­mières peuvent bé­né­fi­cier des in­no­va­tions et de l’agi­li­té de ces der­nières qui, à leur tour, peuvent trou­ver des clients ou des in­ves­tis­seurs. Au­tant d’ini­tia­tives et de pistes qui n’at­tendent qu’à être re­pro­duites ! Voi­là qui est bien dit!

La ville doit s’oc­cu­per des en­tre­pre­neurs au stade du dé­mar­rage et de la crois­sance ra­pide. Dans chaque éta­blis­se­ment que nous met­tons en place, il y a une at­ten­tion et un re­gard par­ti­cu­liers sur la mo­bi­li­sa­tion des femmes

De G. à D.: Cy­rine Ben Romd­hane, Cé­les­tine Ket­cha Courtes, Anne Hi­dal­go et Pierre Baillet

De D. à G. : Anne Mé­vel­lec, Syl­vie La­belle, et Cé­les­tine Ket­cha Courtes

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