Gain en pro­duc­ti­vi­té, as­pi­rer à un nou­veau dia­logue so­cial

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La pro­duc­ti­vi­té des tra­vailleurs tunisiens ne cesse de plon­ger d’an­née en an­née, à en croire les chiffres. La Tu­ni­sie, clas­sée, dans un pas­sé pas très loin­tain, au 79ème rang mon­dial en termes d’ef­fi­ca­ci­té du mar­ché du tra­vail, se trouve au­jourd’hui au bas du clas­se­ment. Sic tran­sit glo­ria mun­di, les gloires sont éphé­mères énonce la cé­lèbre lo­cu­tion la­tine ! En ef­fet, sur la ligne de front, on trouve des en­tre­prises dont les coûts de pro­duc­tion pro­gressent et qui voient leur com­pé­ti­ti­vi­té di­mi­nuer par rap­port à leurs concur­rents étran­gers. Y a-t-il une is­sue ? com­ment y ar­ri­ver? au plus vite et à moindres coûts ? C’est au­tour d’une table ronde or­ga­ni­sée par l’équipe du Ma­na­ger que Mo­nia Es­sai­di, pré­si­dente de Conect In­ter­na­tio­nal; Nou­red­dine Ha­j­ji, DG de EY Tu­ni­sie; Ha­bib Zi­tou­na, DG de l’itceq, ain­si que Ka­rim Tra­bel­si, ex­pert éco­no­mique pour L’UGTT s’ac­cordent, cha­cun à sa ma­nière, sur la né­ces­si­té d’ini­tier un nou­veau dia­logue so­cial. Écou­tons-les.

Un en­vi­ron­ne­ment pro­pice

“A L’UGTT, nous ne sommes pas en­tiè­re­ment d’ac­cord sur la ré­duc­tion de la pro­duc­ti­vi­té du tra­vail car nous pen­sons que le ra­tio va­leur ajou­tée/quan­ti­té de tra­vail ne re­flète pas l’ef­fort di­rec­te­ment four­ni par les tra­vailleurs. Nous pré­fé­rons ap­pré­hen­der le su­jet sous l’angle de la pro­duc­ti­vi­té to­tale des fac­teurs qui re­flète mieux les ten­dances de pro­duc­ti­vi­té mul­ti­di­men­sion­nelles et mul­ti­fac­to­rielles”, avance Ka­rim Tra­bel­si. Se­lon lui, la pro­duc­ti­vi­té est in- fluen­cée par plu­sieurs fac­teurs tels que l’in­ves­tis­se­ment, l’in­no­va­tion, la for­ma­tion … “Un tra­vailleur qui tra­vaille deux heures sur une ma­chine bien en­tre­te­nue, neuve, pro­duit plus dans le temps qu’un tra­vailleur tra­vaillant sur une ma­chine mal en­tre­te­nue”, ar­gu­mente

le syn­di­ca­liste. Et d’ajou­ter : “A L’UGTT, nous avons des ré­serves à pro­pos des in­di­ca­teurs en relation avec le mar­ché du tra­vail uti­li­sés dans le cadre du Glo­bal Com­pe­ti­ti­ve­ness In­dex. Ces in­di­ca­teurs font de la pré­ca­ri­té du tra­vail un fac­teur de com­pé­ti­ti­vi­té pour plu­sieurs pays”. L’idée ne semble pas plaire à Nou­red­dine Ha­j­ji : “Ce se­rait un dé­ni de ne pas re­con­naître nos la­cunes dans le mar­ché du tra­vail. Nous sommes très mau­vais en termes de flexi­bi­li­té et d’adé­qua­tion sa­laire/pro­duc­ti­vi­té”, a-t-il ré­tor­qué. “Je suis d’ac­cord avec vous que le ni­veau des sa­laires est, dans l’ab­so­lu, à ré­vi­ser à la hausse - à com­men­cer par le SMIG — mais si nous n’ in­tro­dui­sons pas plus de flexi­bi­li­té dans les re­la­tions de tra­vail, nous ne pour­rons plus avan­cer”, sou­tient le DG de EY. Pour sa part, Ha­bib Zi­tou­na re­grette que la qua­li­té des services pro­po­sés aux tra­vailleurs ne soit même pas au mi­ni­mum re­quis. C’est le cas par exemple pour le tran­sport, ou même les crèches pour gar­der les en­fants pen­dant les va­cances. Et d’ajou­ter : “Avec un sa­laire men­suel moyen dans le sec­teur pri­vé de l’ordre de 450 dinars, on voit mal com­ment on pour­rait sti­mu­ler la mo­ti­va­tion des tra­vailleurs pour plus de pro­duc­ti­vi­té et d’ef­fi­cience. La po­li­tique sa­la­riale est pour nous un fac­teur qui en­trave la pro­duc­ti­vi­té en Tu­ni­sie”.

Une faible pro­duc­ti­vi­té …

Fait d’évi­dence! ’Au­jourd’hui la pro­duc­ti­vi­té du tra­vailleur tu­ni­sien n’est pas au ni­veau des at- tentes, a fait re­mar­quer Mo­nia Es­sai­di, pré­si­dente de Conect In­ter­na­tio­nal : “Le rang de la Tu­ni­sie ne cesse de dé­grin­go­ler dans les clas­se­ments: sur 138 pays, nous sommes 133ème pour ce qui est de l’adé­qua­tion entre les sa­laires et la com­pé­ti­ti­vi­té; 129ème en ma­tière de flexi­bi­li­té dans la dé­ter­mi­na­tion des sa­laires, alors que pour la qua­li­té des re­la­tions so­ciales nous ar­ri­vons à la 128ème po­si­tion. Idem pour la ri­gi­di­té en ma­tière de re­cru­te­ment et de li­cen­cie­ment”. Elle re­grette qu’en ma­tière de com­pé­ti­ti­vi­té, la Tu­ni­sie ait per­du sa po­si­tion à la tête du clas­se­ment africain, dé­pas­sée par des pays comme le Ma­roc, l’al­gé­rie, mais aus­si le Rwanda, l’île Mau­rice et le Bots­wa­na. Ce triste constat ne doit pas dis­si­mu­ler une di­ver­gence sec­to­rielle: “Il y a lieu de dis­tin­guer le pu­blic du pri­vé en termes de pro­duc­ti­vi­té”, a dé­cla­ré Ha­bib Zi­tou­na. “Et même au sein du pri­vé, il est clair qu’il existe une dif­fé­rence entre les so­cié­tés for­melles, struc­tu­rées, et celles qui ne le sont pas. Sans ou­blier les en­tre­prises ex­por­ta­trices qui, elles, sortent du lot et brillent par­ti­cu­liè­re­ment par leur pro­duc­ti­vi­té”, a-t-il ajou­té.

… plom­bée par la ré­vo­lu­tion

Nom­breux sont ceux qui pointent du doigt la ré­vo­lu­tion. Pour Nou­red­dine Ha­j­ji et Ha­bib Zi­tou­na, en re­vanche, “ce se­rait une er­reur de dire que cette baisse de pro­duc­ti­vi­té est la consé­quence de la ré­vo­lu­tion : la ten­dance bais­sière a com­men­cé dès 2005”. Cette chute est due, d’après Ha­bib Zi­tou­na, à l’es­souf­fle­ment du mo­dèle éco­no­mique adop­té par la Tu­ni­sie. A ce­la, s’ajoute l’énorme masse sa­la­riale que re­pré­sente l’ad­mi­nis­tra­tion tu­ni­sienne. “La masse sa­la­riale a com­men­cé à aug­men­ter à par­tir des an­nées 2000, avec la mas­si­fi­ca­tion de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur et la crois­sance du nombre de di­plô­més du su­pé­rieur”, nous rap­pelle Ha­bib Zi­tou­na. “Sans dé­bou­chés dans le pri­vé, et sous l’ef­fet des pres­sions so­ciales, il a fal­lu les re­cru­ter dans le pu­blic — in­dé­pen­dam­ment de la pro­duc­ti­vi­té. La ques­tion main­te­nant est com­ment pas­ser à un sys­tème plus ef­fi­cace ?” Ce­la dit, il faut re­con­naître que la ré­vo­lu­tion n’était pas sans in­ci­dence sur la pro­duc­ti­vi­té. “La si­tua­tion s’est for­te­ment ag­gra­vée à par­tir de 2011 au point que les ren­de­ments sont de­ve­nus né­ga­tifs !”, a lan­cé Ha­j­ji. “Par contre, si on cal­cule la pro­duc­ti­vi­té par rap­port aux heures ef­fec­tives de tra­vail, nous al­lons pro­ba­ble­ment trou­ver que la pro­duc­ti­vi­té est po­si­tive. Ce­la si­gni­fie que cette baisse est pro­ba­ble­ment due au dé­ca­lage entre le nombre d’heures ef­fec­tives et ce­lui d’heures sup­po­sées de tra­vail. Et ce­la nous ra­mène au pro­blème de la dis­ci­pline”.

Ques­tion de dis­ci­pline

D’après le di­rec­teur gé­né­ral du ca­bi­net EY : “Il faut in­cul­quer le sens des res­pon­sa­bi­li­tés. C’est ce qui manque dans le sec­teur pu­blic et qui mal­heu­reu­se­ment com­mence à se pro­pa­ger dans le pri­vé.” Ka­rim Tra­bel­si, pour sa part, re­con­naît qu’il y a une dé­gra­da­tion de la culture du tra­vail dans le sec­teur pu­blic, mais re-

fuse de faire por­ter le cha­peau à la cen­trale syn­di­cale : “Il faut sa­voir que les aug­men­ta­tions sa­la­riales di­rec­te­ment né­go­ciées avec L’UGTT ne re­pré­sentent que 30% des aug­men­ta­tions sa­la­riales to­tales de­puis 2011”. Le res­pon­sable syn­di­cal blâme, en re­vanche, les re­cru­te­ments mas­sifs, no­tam­ment dans les sec­teurs de la Dé­fense et de la Sé­cu­ri­té na­tio­nales, qui re­pré­sentent d’après lui “le tiers des aug­men­ta­tions de la masse sa­la­riale dans le sec­teur pu­blic”. L’en­tre­prise tu­ni­sienne souffre éga­le­ment d’un grave pro­blème qui en­trave sa com­pé­ti­ti­vi­té : l’ab­sen­téisme. Sur ce point, la pré­si­dente de Conect In­ter­na­tio­nal in­dique que les taux d’ab­sen­téisme, qui dé­passent dé­jà toutes les normes, ne cessent de s’ag­gra­ver : “L’em­ployeur non seule­ment doit su­bir les ef­fets du manque fla­grant des com­pé­tences et d’ou­vriers qua­li­fiés, mais en plus, il se trouve face à un taux d’ab­sen­téisme très éle­vé”. Sur ce point, Mo­nia Es­sai­di rap­pelle que les syn­di­cats ont un rôle pé­da­go­gique très im­por­tant et urgent pour sen­si­bi­li­ser les em­ployés à ce su­jet. Et n’ou­blions pas la séance unique : “Pour un pays qui n’a de ri­chesses que d’hommes, nous ne pou­vons nous per­mettre trois mois de séance unique — sur­tout avec une ré­duc­tion du temps de tra­vail”, a lan­cé Mo­nia Es­sai­di. Et d’ajou­ter : “Pen­dant le quart de l’an­née, la so­cié­té paie ses em­ployés pour huit heures, alors qu’ils ne les tra­vaillent pas”. D’après elle, cette lourde charge pèse sur la com­pé­ti­ti­vi­té et les per­for­mances de l’en­tre­prise.

Osons l’adé­qua­tion pro­duc­ti­vi­té/sa­laire

“Nous nous trou­vons au­jourd’hui au centre d’un cercle vi­cieux d’aug­men­ta­tions de sa­laires, hausses des prix et, par consé­quent, de dé­té­rio­ra­tion du pou­voir d’achat. Cette si­tua­tion a été cau­sée, du moins en par­tie, par la vague d’aug­men­ta­tions des sa­laires qui a sui­vi la ré­vo­lu­tion, et qui n’a pas été ac­com­pa­gnée d’une amé­lio­ra­tion de la pro­duc­ti­vi­té”, a ex­pli­qué Ha­bib Zi­tou­na.“les par­te­naires so­ciaux doivent se mettre d’ac­cord sur une mé­thode qui rap­pro­che­rait plus les sa­laires de la pro­duc­ti­vi­té. Il n’est plus ques­tion que tout le monde ait les mêmes aug­men­ta­tions, sans te­nir compte de la pro­duc­ti­vi­té”. Non seule­ment ce­ci n’in­cite pas les tra­vailleurs à être plus pro­duc­tifs, mais en plus, peut im­pac­ter né­ga­ti­ve­ment les plus per­for­mants : “A dé­faut d’une adé­qua­tion entre la pro­duc­ti­vi­té et la ré­mu­né­ra­tion, nous créons un sys­tème où les per­for­mants et les moins per­for­mants se re­trouvent dans le même sac”, a in­di­qué Nou­red­dine Ha­j­ji. “Ce­ci peut dé­mo­ti­ver les plus brillants — voire les pous­ser à cher­cher de meilleures op­por­tu­ni­tés ailleurs”.

A cha­cun ses né­go­cia­tions

La ri­gi­di­té des lé­gis­la­tions en termes de li­cen­cie­ment a fait que les en­tre­prises contournent les CDI en pro­po­sant des CDD voire en em­ployant sans contrat

A chaque sec­teur sa réa­li­té. Alors que cer­tains sont en crise, d’autres sont en pleine forme. De ce fait, il est in­con­ce­vable d’im­po­ser des aug­men­ta­tions gé­né­ra­li­sées sans avoir la flexi­bi­li­té re­quise pour te­nir compte de la si­tua­tion de chaque sec­teur. Pour­tant, c’est ain­si que sont me­nées ac­tuel­le­ment les né­go­cia­tions. “Les pays scan­di­naves com­mencent les né­go­cia­tions dans les branches où il y a le plus de concur­rence étran­gère afin de ne pas al­té­rer leur com­pé­ti­ti­vi­té. Les autres sec­teurs s’alignent par la suite. Si nous ap­pli­quons ce mo­dèle en Tu­ni­sie, nous de­vrons com­men­cer par le tex­tile”, a dé­cla­ré Ha­bib Zi­tou­na. Or la réa­li­té est tout autre,

d’après le di­rec­teur de l’itceq : “Nous avons com­men­cé les né­go­cia­tions par l’ad­mi­nis­tra­tion, là où il n’y a au­cune concur­rence”. Preuve de la dé­faillance d’un tel sys­tème, d’après Zi­tou­na : le sec­teur tex­tile se trouve au­jourd’hui in­ca­pable d’ap­pli­quer les aug­men­ta­tions conve­nues der­niè­re­ment, puis­qu’elles sont plus im­por­tantes que l’évo­lu­tion de la pro­duc­ti­vi­té. Une si­tua­tion que même L’UGTT dé­plore : “Nous pen­sons qu’il n’est plus ques­tion de cen­tra­li­ser les né­go­cia­tions”, dé­clare l’ex­pert éco­no­mique de la cen­trale syn­di­cale. “Nous de­vons dé­sor­mais dé­cli­ner ce pro­ces­sus au ni­veau sec­to­riel, si ce n’est de l’en­tre­prise”.

#Flexi­bi­li­té­pour­tous

La flexi­bi­li­té est un fac­teur dé­ter­mi­nant, non seule­ment pour le suc­cès de l’en­tre­prise, en lui per­met­tant de gé­rer ses res­sources de ma­nière op­ti­male, mais aus­si pour l’évo­lu­tion des col­la­bo­ra­teurs. Mo­nia Es­sai­di a mis l’ac­cent sur la for­ma­tion comme vec­teur d’évo­lu­tion pour les em­ployés et a re­gret­té que les syn­di­cats ne re­ven­diquent pas ce droit à la for­ma­tion, mal­gré ses re­tom­bées po­si­tives sur les col­la­bo­ra­teurs. “Mais pour­quoi les syn­di­cats mi­li­te­raient-ils pour la for­ma­tion ?”, s’in­ter­roge Ha­bib Zi­tou­na, “alors que les grilles des sa­laires sont tel­le­ment ri­gides que l’em­ployé ne pour­ra pas ré­col­ter les fruits de cet ef­fort en termes de ré­mu­né­ra­tion. Sans flexi­bi­li­té dans les sa­laires et l’évo­lu­tion hié­rar­chique, le seul moyen d’évo­luer pour un em­ployé se­rait l’an­cien­ne­té”. Mais la flexi­bi­li­té ne se li­mite pas qu’au sa­laire : “Lors­qu’on parle de flexi­bi­li­té, nous vi­sons trois mo­ments clés de la relation em­ployeur-em­ployé”, a dé­cla­ré Nou­red­dine Ha­j­ji. “Le re­cru­te­ment, le sa­laire, et le li­cen­cie­ment”. D’après Ha­bib Zi­tou­na, la ri­gi­di­té des lé­gis­la­tions en termes de li­cen­cie­ment, par exemple, n’a pas abou­ti à plus de sé­cu­ri­té pour les em­ployés, mais “a fait que les en­tre­prises contournent les CDI en pro­po­sant des CDD voire en em­ployant sans contrat”. “Lors­qu’une en­tre­prise conclut qu’une per­sonne n’est plus en me­sure d’ap­por­ter de la va­leur, elle doit pou­voir mettre fin à la relation de tra­vail”, a dé­cla­ré Ha­j­ji. Mais ce­la n’ouvre-t-il pas la porte aux abus ? “Il y a tel­le­ment d’at­trait pour les en­tre­prises pour gar­der leurs em­ployés sans que ce­la soit exi­gé par la loi. Car ce sont les forces du mar­ché et la concur­rence qui amènent les en­tre­prises à être per­for­mantes et à re­te­nir les ta­lents. Avec un taux de ro­ta­tion éle­vé, une en­tre­prise ne peut pas être per­for­mante”. Pour Ha­bib Zi­tou­na, l’ as­su­rance chô­mage est un pré­re­quis in­dis­pen­sable à la flexi­bi­li­té du mar­ché.

Sur l’ac­ti­vi­té sai­son­nière

“Tou­jours en ma­tière de flexi­bi­li­té, il fau­drait prendre en consi­dé­ra­tion, en étroite col­la­bo­ra­tion avec les syn­di­cats, la réa­li­té des en­tre­prises aux ac­ti­vi­tés sai­son­nières”, a dé­cla­ré Mo­nia Es­sai­di. “Ima­gi­ner un sys­tème où, pen­dant la baisse an­nuelle de l’ac­ti­vi­té, l’en­tre­prise puisse li­bé­rer les em­ployés moyen­nant une ré­mu­né­ra­tion sur la­quelle il y a ac­cord”. Et d’ajou­ter : “Les coûts des fac­teurs de pro­duc­tion sont en train d’aug­men­ter consi­dé­ra­ble­ment. On parle de 30% de­puis 2011, dans le sec­teur du tex­tile. D’où la fer­me­ture de cen­taines d’en­tre­prises et la perte de mil­liers de postes d’em­ploi”.

Re­dé­ployer les fonc­tion­naires de l’état

La flexi­bi­li­té peut aus­si don­ner de la marge à l’ad­mi­nis­tra­tion pour mieux gé­rer ses fonc­tion­naires et les re­dé­ployer se­lon ses be­soins. Ce­ci per­met­trait, entre autres, de ré­duire le gap entre les ré­gions où

Pour un pays qui n’a de ri­chesses que d’hommes, nous ne pou­vons nous per­mettre trois mois de séance unique

l’ad­mi­nis­tra­tion est en sur­ef­fec­tif et celles où elle est en sous-ef­fec­tif. C’est du moins l’idée ex­pri­mée par Ka­rim Tra­bel­si. La mise en ap­pli­ca­tion de cette pro­po­si­tion ne se­rait pas des plus fa­ciles, comme l’avoue le res­pon­sable syn­di­cal : “Il faut de la mo­ti­va­tion. Pour in­ci­ter, par exemple, un mé­de­cin spé­cia­liste tra­vaillant dans une zone cô­tière à tra­vailler dans les zones dé­fa­vo­ri­sées, il faut pen­ser à la va­lo­ri­sa­tion des sa­laires et à four­nir les condi­tions de tra­vail fa­vo­rables”.

Est-il temps d’adop­ter le ma­na­ge­ment par­ti­ci­pa­tif ?

En in­té­grant les col­la­bo­ra­teurs dans la ges­tion de l’en­tre­prise, le ma­na­ge­ment par­ti­ci­pa­tif se­rait-il une par­tie de la so­lu­tion pour la faible pro­duc­ti­vi­té ? Peut-on l’ap­pli­quer en Tu­ni­sie ? “Théo­ri­que­ment, la loi tu­ni­sienne a pré­vu des co­mi­tés d’en­tre­prise”, ré­pond Ha- bib Zi­tou­na. “Mais pour que ce­ci soit vrai­ment ap­pli­cable, il fau­drait pen­ser à un sys­tème où il y ait, d’un cô­té, plus de flexi­bi­li­té et de l’autre, plus d’im­pli­ca­tion des tra­vailleurs dans l’en­tre­prise”. D’après Mo­nia Es­sai­di, le che­min vers une ges­tion par­ti­ci­pa­tive réus­sie passe par l’en­ga­ge­ment de l’en­tre­prise à un par­tage de l’in­for­ma­tion avec ses em­ployés, pour que ces der­niers soient conscients des enjeux et de la réa­li­té de l’en­tre­prise. “Mais pour ar­ri­ver à ce stade, il faut en­ta­mer un grand tra­vail sur les men­ta­li­tés. Et c’est le tra­vail des syn­di­cats pa­tro­naux et des tra­vailleurs”, ajoute-t-elle.

Que re­com­mandent les ex­perts ?

Pour Ha­bib Zi­tou­na, la ré­vi­sion de la ré­gle­men­ta­tion ré­gis­sant l’em­ploi est une condi­tion né­ces­saire pour amor­cer un chan­ge­ment struc­tu­rel au ni­veau du mar­ché du tra­vail. Le di­rec­teur gé­né­ral de l’itceq dé­plore le “sys­tème” ac­tuel qui, d’après lui, ne ré­com­pense pas les per­sonnes pro­duc­tives, ain­si que les né­go­cia­tions so­ciales trop cen­tra­li­sées. Il ap­pelle éga­le­ment à se pen­cher sur la qua­li­té des services pu­blics et de l’en­vi­ron­ne­ment de tra­vail en gé­né­ral, qu’il juge es­sen­tielle pour la mo­ti­va­tion et la pro­duc­ti­vi­té. “Le point de dé­part, pour moi”, dé­clare Nou­red­dine Ha­j­ji, “se­rait d’im­po­ser une cer­taine dis­ci­pline dans le tra­vail et sur­tout le sens des res­pon­sa­bi­li­tés”. Pour le di­rec­teur gé­né­ral du ca­bi­net EY, il faut ré­ta­blir la va­leur tra­vail dans l’en­tre­prise mais, sur­tout, au ni­veau des ad­mi­nis­tra­tions. Re­pen­ser un dia­logue so­cial pour plus de sé­ré­ni­té se­rait, se­lon Mo­nia Es­sai­di, l’oc­ca­sion pour ins­tau­rer tout un nou­veau mo­dèle de tra­vail et re­pen­ser toutes ses com­po­santes, y com­pris les contrats, les for­ma­tions, la ré­mu­né­ra­tion, etc. Un point ap­puyé par Ka­rim Tra­bel­si. Le res­pon­sable syn­di­cal a in­di­qué à ce su­jet que L’UGTT tra­vaille ac­tuel­le­ment pour ren­for­cer les ca­pa­ci­tés de ses res­pon­sables syn­di­caux dans les tech­niques de né­go­cia­tions, le dia­logue so­cial, et ce, en par­te­na­riat avec les syn­di­cats da­nois. Et de conclure : “Nous de­vons tous échan­ger et ap­pro­fon­dir le dia­logue pour ré­ins­tau­rer la dis­ci­pline et la ci­toyen­ne­té”.

Les par­te­naires so­ciaux doivent se mettre d’ac­cord sur une mé­thode qui rap­pro­che­rait plus les sa­laires de la pro­duc­ti­vi­té Nous pen­sons que le ra­tio va­leur ajou­tée/quan­ti­té de tra­vail ne re­flète pas l’ef­fort di­rec­te­ment four­ni par les tra­vailleurs

Ka­rim Tra­bel­si Ex­pert éco­no­mique au­près de L’UGTT

Mo­nia Es­sai­di Pré­si­dente Conect In­ter­na­tio­nal

Nou­red­dine Ha­j­ji Di­rec­teur gé­né­ral EY Tu­ni­sie

Ha­bib Zi­tou­na Di­rec­teur gé­né­ral de l’itceq

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