Da­nièle Hen­kel : Quand l’in­gé­nio­si­té trace un che­min

« Quand les ma­chines au­ront triom­phé, que fe­rons-nous les bras croi­sés ? ». S’il était l’homme de cette époque, Châ­teau­briand ré­su­me­rait par cette phrase l’hé­gé­mo­nie des ma­chines. Un joug au­quel les hu­mains n’ont ré­sis­té que par leur ca­pa­ci­té à se sur­pass

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S on ab­né­ga­tion a dû exas­pé­rer en elle une vo­lon­té de tou­jours faire pré­va­loir le bie­nêtre. Da­nièle Hen­kel pré­side, au­jourd’hui, aux des­ti­nées de l’in­dus­trie mé­di­co-es­thé­tique au Qué­bec. Quand avec son gant ex­fo­liant « Re­nais­sance », fraî­che­ment dé­bar­quée d’al­ger, elle fai­sait fi­gure de pion­nière dans le do­maine, on ne se se­rait pas pré­ci­pi­té à se frot­ter les mains ou le nez. Les soins qu’elle confec­tionne s’ar­rachent, dé­sor­mais, comme des pe­tits pains. Avec ses quatre en­fants, elle di­rige une com­pa­gnie qui lui a per­mis de souf­fler le chaud et le froid sur « l’oeil du dra­gon », émis­sion qué­bé­coise de té­lé réa­li­té sur l’in­ves­tis­se­ment qu’elle a quit­tée à la fin de l’an­née 2016, la­quelle lui a, tou­te­fois, va­lu le titre d’une re­dou­table femme d’af­faires.

Exil for­cé

Pour ne pas com­pro­mettre les choix fu­turs de ses en­fants, elle a dû consen­tir à l’exil. Par né­ces­si­té ou par ins­tinct de sur­vie, Da­nièle Hen­kel a mis les voiles vers le Ca­na­da. A 34 ans, alors qu’elle avait pas­sé le plus clair de son temps au-des­sus des col­lines, du ciel et de la baie d’al­ger, la fu­ture « dra­gonne » se ré­sout à par­tir pour fuir la vio­lence de la dé­cen­nie noire. Un dé­pay­se­ment au propre comme au fi­gu­ré. Au Qué­bec, Da­nièle Hen­kel doit chan­ger de mé­tier, re­non­cer à ce qu’elle sa­vait dé­jà faire et re­com­men­cer à zé­ro. Ap­prendre une nou­velle langue et un nou­veau mé­tier, ar­pen­ter une ville où la dou­ceur des vagues ne berce plus vos nuits, c’est s’adon­ner à un nou­vel exo­tisme face à quoi tout pa­raît étran­ger. Com­ment dès lors ré­in­ven­ter une vie qui donne la même exal­ta­tion ?

Ex­fo­lia­tion thé­ra­pie

Se tour­ner vers soi. Parce qu’il n’est pas fa­cile de perdre la maî­trise de soi et des êtres qui nous en­tourent, qui plus est avec une os­cil­la­tion per­ma­nente entre di­verses tâches, on doit faire du zèle, y mettre du sien quand les af­faires semblent com­pro­mises. Le lan­ce­ment d’un gant ex­fo­liant, dont les Ca­na­diens igno­raient stric­te­ment tout, re­le­vait pour le moins d’une aven­ture ha­sar­deuse pour Da­nièle Hen­kel. Très vite, elle doit com­po­ser avec les aléas. Les dif­fi­cul­tés s’ac­cu­mulent, il est dif­fi­cile de conser­ver une étroite marge de ma­noeuvre, de réa­li­ser des bé­né­fices. L’en­tre­prise em­ploie deux per­sonnes, la mère et sa fille. Elles freinent les dé­penses pour ne pas mettre en pé­ril les minces chances de sur­vie de l’af­faire fa­mi­liale. Un mé­na­ge­ment sans trêve et l’in­tui­tion que l’uni­vers du bien-être et des cos­mé­tiques bio pou­vaient un jour consti­tuer la clé de voûte de l’in­dus­trie du fu­tur hissent, tou­te­fois, le groupe, qui porte le nom de « Da­nièle Hen­kel » au som­met d’un pe­tit em­pire fa­mi­lial. Lea­der dans le do­maine « mé­di­co es­thé­tique », la firme em­ploie ac­tuel­le­ment plus de cin­quante per­sonnes et peut se tar­guer d’avoir im­pri­mé un style de vie, où la beau­té au na­tu­rel est cen­trale. Par une culture po­si­tive qui l’a re­te­nue de tout aban­don­ner aux dé­mons du déses­poir, Da­nièle Hen­kel a prou­vé qu’il n’y a pas de plus grande joie que celle de mettre en va­leur l’hu­main dans sa glo­ba­li­té et de le pré­ser­ver. Si ses produits font au­tant recette, c’est grâce à une phi­lo­so­phie simple : “Le corps est un temple sa­cré qu’il nous ap­par­tient de sau­ve­gar­der psy­cho­lo­gi­que­ment et phy­si­que­ment”. Pas simple, quand un soir ex­hu­mant la vo­lup­té de son ham­mam arabe, elle dé­cide d’en­tre­prendre un pa­ri, qui dé­place, à pré­sent, les fron­tières de son suc­cès hors du Ca­na­da. D’un par­cours ja­lon­né de dé­fis, d’une force de ca­rac­tère ex­cep­tion­nelle fa­vo­ri­sée par le bras­sage des cultures, Da­nièle Hen­kel a cham­bou­lé le sys­tème de fonc­tion­ne­ment des en­tre­prises. Son leit­mo­tiv : tra­vailler main dans la main, col­la­bo­rer pour mieux réus­sir. Une de­vise au coeur de l’éco­no­mie du fu­tur

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