Amé­lio­rer la pro­duc­ti­vi­té, un guide pra­tique

Amé­lio­rer la pro­duc­ti­vi­té, condi­tion sine qua non pour l’amé­lio­ra­tion du ni­veau de vie des po­pu­la­tions — per­pé­tuelle quête des en­tre­pre­neurs, des éco­no­mistes et des po­li­ti­ciens. Cer­taines as­tuces simples, ex­pé­ri­men­tées ici et ailleurs peuvent ai­der les ma

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Le bon mo­ment... c’était hier !

En 2008, une banque en Co­lom­bie avait un pro­blème de pro­cras­ti­na­tion : ses agents dif­fèrent l’en­re­gis­tre­ment des nou­veaux clients et la col­lecte des crédits à la fin du mois … juste avant le cal­cul des primes de ren­de­ment. Afin de mieux gé­rer ses cash flows, cette banque a in­tro­duit un sys­tème de ré­com­penses heb­do­ma­daires (ti­ckets res­tos, …) pour les agents qui at­teignent leur quo­ta pen­dant la pre­mière moi­tié du mois. Ré­sul­tat : le taux des crédits col­lec­tés s’est amé­lio­ré de 18%. Les agents ont, par la même oc­ca­sion, aug­men­té leurs re­ve­nus de 25% — avec net­te­ment moins de stress ! Comme l’illustre bien cet exemple, pa­ru dans le World Bank Re­port de 2015, il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Al­lon­ger les dé­lais entre l’ef­fort et le ré­sul­tat peut in­ci­ter les col­la­bo­ra­teurs à concen­trer leurs ef­forts du­rant de courtes pé­riodes, ce qui peut nuire au bon fonc­tion­ne­ment de l’en­tre­prise.

Per­sonne n’aime perdre

L’ef­fet des primes et des bo­nus sur la pro­duc­ti­vi­té s’est mon­tré à la longue li­mi­té. Ce­pen­dant, la ma­nière avec la­quelle ces primes sont pré­sen­tées peuvent amé­lio­rer leur ef­fi­ca­ci­té. Il a été prou­vé, par exemple, que re­for­mu­ler les bo­nus en termes de “pertes”, au lieu de “gains”, a un plus grand im­pact sur la pro­duc­ti­vi­té. Vi­sant à re­haus­ser le ni­veau de ses étu­diants, une école de Chi­ca­go a of­fert à ses en­sei­gnants une prime de 4000 dol­lars au dé­but de l’an­née sco­laire, au lieu de la prime de ren­de­ment cal­cu­lée a pos­te­rio­ri au pro­ra­ta. Seule condi­tion pour en pro­fi­ter : si les élèves n’amé­liorent pas leurs notes à la fin de la sai­son, ces ins­ti­tu­teurs de­vraient rem­bour­ser la dif­fé­rence avec leurs primes “réelles”. A la fin de l’an­née, les étu­diants de ces en­sei­gnants ont mon­tré de meilleures per­for­mances en com­pa­rai­son à d’autres élèves.

A vos marques …

La com­pé­ti­tion entre les col­lègues peut elle aus­si in­fluen­cer la pro­duc­ti­vi­té au sein de l’en­tre­prise, les hu­mains ont ten­dance à se com­pa­rer à leurs pairs. Jouant sur cet as­pect, une so­cié­té al­le­mande a com­men­cé à ins­crire le rang de chaque em­ployé, en termes de pro­duc­ti­vi­té, sur sa fiche de paie. Bien que ce clas­se­ment n’ait au­cune in­ci­dence sur les sa­laires, la pro­duc­ti­vi­té a aug­men­té de 7%. Cette in­fluence des pairs peut être exer­cée même en l’ab­sence de com­pé­ti­tion : les études ont mon­tré qu’être as­sis aux cô­tés d’un élé­ment per­for­mant aug­mente la pro­duc­ti­vi­té de ses col­lègues !

Va­lo­ri­ser le col­la­bo­ra­teur

Mettre en va­leur la tâche du col­la­bo­ra­teur peut le mo­ti­ver et l’in­ci­ter à amé­lio­rer ses per­for­mances, comme le prouve cette ex­pé­rience réa­li­sée lors d’une cam­pagne de col­lecte de dons au pro­fit des étu­diants dé­mu­nis. Au cours de leur for­ma­tion ini­tiale, cer­tains col­lec­teurs de fonds ont été sen­si­bi­li­sés quant à l’ef­fet qu’ils pour­raient avoir sur la vie des étu­diants re­ce­vant les bourses. Le deuxième groupe de col­lec­teurs s’est plus fo­ca­li­sé sur les com­pé­tences qu’il va ac­qué­rir grâce à cette ac­tion, et qui pour­raient ai­der la car­rière fu­ture de ces col­lec­teurs. Le pre­mier groupe a pu le­ver 69% de fonds de plus que le deuxième.

At­ti­rer les can­di­dats per­for­mants

En plus de mo­ti­ver les col­la­bo­ra­teurs dé­jà en poste, y a-t-il un moyen d’at­ti­rer les can­di­dats les plus per­for­mants dès la phase de re­cru­te­ment ? D’après le rap­port de la Banque Mon­diale, la ré­ponse est “oui”. Il suf­fit d’an­non­cer des sa­laires plus at­trac­tifs ! La ré­mu­né­ra­tion, pas très ef­fi­cace pour amé­lio­rer la pro­duc­ti­vi­té des col­la­bo­ra­teurs, s’avère en re­vanche utile pour at­ti­rer les meilleurs can­di­dats. Au Mexique, par exemple, les pos­tu­lants pour le poste d’un agent de dé­ve­lop­pe­ment com­mu­nau­taire — of­frant un sa­laire de 5000 pe­sos — ont eu de meilleurs scores dans un test cog­ni­tif que les can­di­dats au même poste, dans une autre zone géo­gra­phique, à qui on a of­fert un sa­laire de 3600 pe­sos. Le même ré­sul­tat peut être at­teint en met­tant l’ac­cent sur l’op­por­tu­ni­té qu’ouvre le poste sur de nou­velles car­rières comme le prouve une ex­pé­rience réa­li­sée en Zam­bie. A tra­vers un ap­pel à can­di­da­ture pour deux postes iden­tiques, cha­cun dans une ré­gion dif­fé­rente, deux pos­ters ont été af­fi­chés. Le pre­mier met­tait l’ac­cent sur les avan­tages qui leur se­ront at­tri­bués, alors que le deuxième s’est fo­ca­li­sé sur l’im­pact com­mu­nau­taire. Ré­sul­tat: la pre­mière af­fiche a at­ti­ré des can­di­dats plus qua­li­fiés, qui se sont éga­le­ment mon­trés net­te­ment plus pro­duc­tifs, une fois re­cru­tés!

Au-de­là de l’en­tre­prise

Bien évi­dem­ment, ces tech­niques peuvent être in­fluen­cées par d’autres fac­teurs, tels que la na­ture de la relation entre l’em­ployeur et les col­la­bo­ra­teurs, ou en­core la per­cep­tion de l’adé­qua­tion entre le sa­laire et la tâche re­quise. La pro­duc­ti­vi­té peut être éga­le­ment in­fluen­cée par des fac­teurs ex­ternes à l’en­tre­prise elle-même. Ro­bert E. Hall et Charles I. Jones, dans Why do some coun­tries pro­duce so much more out­put per wor­ker than others? prouvent que la pro­duc­ti­vi­té est étroi­te­ment liée à la vo­lon­té de l’etat d’in­ves­tir dans les ins­ti­tu­tions et les po­li­tiques qui in­citent les in­di­vi­dus et les en­tre­prises à ac­cu­mu­ler aus­si bien les com­pé­tences que les ri­chesses et à in­no­ver. Une telle “in­fra­struc­ture so­ciale”, ex­pliquent les au­teurs, offre un en­vi­ron­ne­ment pro­pice aux in­di­vi­dus pour “conver­tir les ren­de­ments so­ciaux de leurs ac­tions en ren­de­ments pri­vés”. En 1988, note leur pa­pier, le ren­de­ment d’un tra­vailleur moyen aux Etats-unis est 35 fois plus im­por­tant que ce­lui d’un tra­vailleur

moyen au Ni­ger. En seule­ment 10 jours, le tra­vailleur amé­ri­cain pro­duit au­tant que le Ni­gé­rien du­rant toute une an­née ! “Les pays aux fonc­tion­naires cor­rom­pus, aux sé­vères en­traves au com­merce et aux contrats non res­pec­tés [...] n’at­tei­gne­ront ja­mais les ni­veaux de pro­duc­ti­vi­té dont jouissent les na­tions de l’eu­rope de l’ouest, de l’amé­rique du Nord et de l’asie Orien­tale”. L’OCDE, pour sa part, es­time que la concur­rence est un élé­ment essentiel pour ac­croître la pro­duc­ti­vi­té à l’échelle d’une éco­no­mie : elle donne aux en­tre­prises la mo­ti­va­tion pour ré­duire leurs in­ef­fi­ciences, aus­si bien au ni­veau or­ga­ni­sa­tion­nel que ma­na­gé­rial. Un cadre lé­gal pour la lutte contre les pra­tiques an­ti­con­cur­ren­tielles et les en­tentes illi­cites (vi­sant à ré­duire ou à em­pê­cher la concur­rence) ain­si que des ins­ti­tu­tions suf­fi­sam­ment puis­santes pour ap­pli­quer ces lois sont donc pri­mor­diaux. Le mar­ket tur­no­ver per­met, pour sa part, l’en­trée d’en­tre­prises in­no­vantes (aug­men­tant ain­si la pro­duc­ti­vi­té et uti­li­sant des res­sources nou­velles ou jus­qu’alors sous-uti­li­sées) et la sor­tie d’en­tre­prises im­pro­duc­tives et non ren­tables. Une po­li­tique fa­vo­rable à l’in­no­va­tion peut aus­si ac­croître la pro­duc­ti­vi­té puis­qu’elle peut in­fluen­cer les en­tre­prises pour la mise à ni­veau de leurs produits et/ou tech­no­lo­gies de pro­duc­tion. L’édu­ca­tion est aus­si un élé­ment essentiel pour l’amé­lio­ra­tion de la pro­duc­ti­vi­té. En ef­fet, for­mer une main-d’oeuvre hau­te­ment qua­li­fiée donne aux en­tre­prises la pos­si­bi­li­té d’in­no­ver, im­pac­tant po­si­ti­ve­ment la pro­duc­ti­vi­té.

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