Si­di Bou Saïd, le vil­lage bleu et blanc

Rares sont ceux qui n’ont pas en­ten­du par­ler de Si­di Bou Saïd et de ses mer­veilles. Mais tout n’a pas été dit concer­nant ce vil­lage. Dé­cou­vertes.

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C’est un lieu ha­bi­tué au rush des ha­bi­tants de Tu­nis et de ses ban­lieues. Un lieu dans le­quel on se ré­fu­gie le soir pour échap­per aux nuits chaudes d’un été qui peut faire souf­frir plus d’un. La brise que l’on ren­contre ici n’a peut-être pas son égal en Tu­ni­sie. Elle vient ca­res­ser en per­ma­nence des vi­sages agres­sés pen­dant la jour­née par un so­leil om­ni­pré­sent. Il faut dire que le vil­lage de Si­di Bou Saïd, si­tué à une ving­taine de ki­lo­mètres de Tu­nis, est idéal en la ma­tière. Il est plan­té sur un ro­cher qui do­mine le Golfe de Tu­nis. Mais à Si­di Bou Saïd, il n’y a pas que la brise pour at­ti­rer les es­ti­vants. Il y a une vue im­pre­nable, de jour comme de nuit, sur le Golfe de Tu­nis. Mais aus­si sur la ville de Car­thage et ses en­vi­rons. Une vue sai­sis­sante qui s’im­pose à vous, no­tam­ment lorsque vous êtes at­ta­blé à cer­tains ca­fés du vil­lage. Qui consti­tuent un lieu de vie, été comme hi­ver (voir notre en­ca­dré). Si­di Bou Saïd sé­duit éga­le­ment par son ar­chi­tec­ture ara­bo-an­da­louse qui fait de lui une dé­cou­verte. Pa­lais de Na­ceur Bey, Dar Moh­sen, Dar Tha­meur, Dar Dal­la­gi, Dar Las­ram, Dar Deb­bagh, Dar Ché­rif, Dar Bah­ri, …les de­meures construites à par­tir du XVII ème siècle par des fa­milles bour­geoises no­tam­ment de Tu­nis, dont elles portent pour l’essentiel le nom, sont un tré­sor ar­chi­tec­tu­ral. On y ren­contre les mêmes styles et at­traits. Avec des portes clou­tées et un en­ca­dre­ment ocre, des mou­cha­ra­biehs qui pro­tègent les fe­nêtres et les balcons du so­leil, des pa­tios en­tou­rés de co­lonnes, des faïences et des jar­dins luxueux. La plus illustre d’entre elles est sans doute la de­meure d’un ba­ron fran­co-bri­tan­nique dont le nom et l’oeuvre collent au vil­lage : Ru­dolph d’er­lan­ger. Né en 1872, à Bou­logne- Billan­court, il s’ins­talle à Si­di Bou Saïd en 1910 pour ne plus le quit­ter : il y dé­cède en 1932. C’est grâce à lui que le Bey de Tu­nis prend le fa­meux dé­cret du 28 août 1915 qui im­pose le bleu et blanc et in­ter­dit tout autre style de construc­tion que ce­lui du pa­tri­moine ara­bo- an­da­lou. Mu­si­co­logue, fé­ru de chants ara­bo-an­da­lous, on lui connaît des pu­bli­ca­tions d’un vé­ri­table aver­ti. Dont une « His­toire de la mu­sique arabe et son évo­lu­tion ». Un ma­nus­crit dé­po­sé à la Bi­blio­thèque na­tio­nale. La de­meure du ba­ron d’er­lan­ger, qui été a construite sur un ter­rain de 2000 m2 avec un jar­din de près de cinq hec­tares, res­pecte les normes de l’ar­chi­tec­ture ara­bo-an­da­louse. Elle ac­cueille de­puis 1992 le Centre des Mu­siques Arabes et Mé­di­ter­ra­néennes (CMAM). Un com­plexe cultu­rel « mul­ti­dis­ci­pli­naire consa­cré à la mu­sique dans ses dif­fé­rents do­maines ». Outre une riche pho­no­thèque, la CMAM, ap­pe­lée éga­le­ment centre d’« En­ne­j­ma Ez­zah­ra », com­prend no­tam­ment un ate­lier de lu­the­rie, un centre de re­cherche en mu­si­co­lo­gie et or­ga­nise des spec­tacles mu­si­caux. Si­di Bou Saïd tire son nom de ce­lui d’un saint lar­ge­ment vé­né­ré en Tu­ni­sie : Abou Saïd Kha­laf Ibn Ya­hya El-ta­mi­mi Al-bé­ji. Un éru­dit né en 1160 et qui a fait ses classes à La Mecque pro­fes­sant son sa­voir re­li­gieux à Tu­nis, avant de s’ins­tal­ler sur un ro­cher en haut de Car­thage : le Dje­bel El Ma­na­ra. Adepte du sou­fisme, il mon­tait en ce lieu, avec ses élèves, la garde de la ville de Tu­nis qui était à l’époque me­na­cée. A sa mort, en 1231, une Zaouïa est éri­gée pour im­mor­ta­li­ser l’oeuvre d’un re­li­gieux-sol­dat qui a consa­cré sa vie à la prière et à l’en­sei­gne­ment de la re­li­gion. Une « Khar­ja » prend son dé­part de son mau­so­lée chaque mois d’août que Dieu fait pour tra­ver­ser les ar­tères du vil­lage et re­ve­nir par la suite à son point de dé­part. Un spec­tacle à la fois fes­tif et re­li­gieux. Chants re­li­gieux et dra­peaux de nom­breuses confré­ries consti­tuent une pro­ces­sion qui s’at­tarde beau­coup dans le souk du vil­lage qui va du bas de son prin­ci­pal par­king jus­qu’au Ca­fé des nattes. Le souk consti­tue à lui seul une des plus im­por­tantes at­trac­tions de Si­di Bou Saïd. Au dé­part, il consti­tuait le lieu où les ha­bi­tants du vil­lage ve­naient pour ache­ter des ali­ments et autres produits de pre­mière né­ces­si­té. Ce n’est plus le cas de­puis que le tou­risme a ga­gné le vil­lage. On y ren­contre au­jourd’hui, et pour l’essentiel, des échoppes qui vendent des produits ar­ti­sa­naux : ta­pis et des­centes de lit, cé­ra­miques, bi­joux, ani­maux en pe­luche, pla­teaux ci­se­lés, par­fums et en­cens, épices, bi­be­lots et autres sou­ve­nirs,… Com­ment par­ler de Si­di Bou Saïd sans évo­quer le mar­chand de bei­gnets, les bam­ba­lou­ni, de­vant le­quel les vi­si­teurs font la queue pour goû­ter à un pro­duit lar­ge­ment pré­sent dans les ca­ta­logues et autres pros­pec­tus van­tant le vil­lage. Plon­gé dans le sucre, de forme cir­cu­laire, il est pré­pa­ré séance te­nante avec un mé­lange de fa­rine, d’eau, de sel et de le­vure bou­lan­gère et frit dans une bas­sine d’huile bien chaude. Com­ment évo­quer Si­di Bou Saïd sans évo­quer, en outre, ses deux fon­taines pu­bliques bien an­ces­trales de­vant les­quelles les ha­bi­tants du vil­lage mais aus­si les vi­si­teurs se sont long­temps ar­rê­tés pour boire une eau des plus douces? L’

Si­di Bou Saïd sé­duit éga­le­ment par son ar­chi­tec­ture ara­bo-an­da­louse qui fait du vil­lage une dé­cou­verte. Pa­lais de Na­ceur Bey, Dar Moh­sen, Dar Tha­meur, Dar Dal­la­gi, Dar Las­ram, Dar Deb­bagh, Dar Ché­rif, Dar Bah­ri, … les de­meures construites à par­tir du XVII ème siècle par des fa­milles bour­geoises, no­tam­ment de Tu­nis, dont elles portent pour l’essentiel le nom, sont un tré­sor ar­chi­tec­tu­ral.

une d’entre elles ne coule mal­heu­reu­se­ment plus. Seule celle si­tuée en bas de la col­line, « Aïn Tas­sat », offre au pas­sant une eau lim­pide que cer­tains viennent re­cueillir dans un ré­ci­pient. Elle pro­vien­drait d’un puits si­tué au ni­veau des de­meures voi­sines. Ce­lui qui monte au ni­veau des hau­teurs du vil­lage peut observer la mer. Pour se rendre à la mer, long­temps les vi­si­teurs em­prun­taient l’es­ca­lier dit « Kors­si Es­so­lah » ( la chaise des bien­veillants) . Plus fa­cile de s’y rendre en pre­nant ce­pen­dant la route qui des­cend à droite ( la route dite d’ « Amil­car ») avant d’ar­ri­ver au vil­lage. A quelques en­ca­blures du bas de cet es­ca­lier se trouve le port de plai­sance de Si­di Bou Saïd. Trois cent quatre-vingt places peuvent ac­cueillir dans ce port des ba­teaux. Et le port offre des services comme l’eau douce et l’élec­tri­ci­té. Il dis­pose aus­si d’une la­ve­rie, d’une sta­tion de car­bu­rant et des ate­liers de ré­pa­ra­tion. Cer­tains y viennent éga­le­ment, été comme hi­ver, pour pro­fi­ter du calme d’un lieu où la brise et l’air frais font par­tie du pay­sage.

Le souk consti­tue à lui seul une at­trac­tion

Le port de plai­sance, le calme d’un lieu où la brise et l’air frais font par­tie du pay­sage

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