Vi­gi­lance

Le Manager - - Edito -

Il est ré­vo­lu le temps où le sort du pro­grès tech­no­lo­gique était lié au mi­cro­pro­ces­seur. Au­jourd’hui, les am­bi­tions des lo­ca­taires de la Si­li­con Val­ley, du Ban­ga­lore et de la French tech sont d’une tout autre am­pleur, qua­si in­vrai­sem­blable. Entre ceux qui veulent ré­écrire le code gé­né­tique pour as­su­rer une vie éter­nelle, té­lé­char­ger leurs cer­veaux sur une ma­chine d’ici 2045 ou al­ler à la conquête de l’es­pace en 2025, il y a un sen­ti­ment de vou­loir nous im­po­ser leur fan­tasme d’amal­game entre l’homme et la ma­chine. Nous, autres simples ci­toyens, sommes dé­pas­sés, per­dus. Mais pas les seuls. Qu’on en juge : Elon Musk, fon­da­teur de Tes­la, a lui-même dé­cla­ré, lors du World Go­vern­ment Sum­mit, que l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle pour­rait être une ca­tas­trophe pour l’hu­ma­ni­té. La tech­no­lo­gie a été de tout temps gé­ni­trice de rup­ture de pro­cess, de moyens ve­nant fa­ci­li­ter la vie hu­maine. De nos jours, cette ac­cé­lé­ra­tion is­sue de la fu­sion entre le big da­ta, la gé­no­mique, la phy­sique quan­tique et autres, per­met­trait vrai­sem­bla­ble­ment de mettre la main sur nos vies, de battre en brèche la na­ture hu­maine. Musk pro­phé­tise éga­le­ment que 15% de la po­pu­la­tion ac­tive pour­rait se re­trou­ver sans em­ploi dans les pro­chaines an­nées bra­quant les pro­jec­teurs sur toutes les consé­quences so­ciales que ce­la pour­rait en­gen­drer. Une dé­cla­ra­tion qui lui a bien va­lu une passe d’armes avec le fon­da­teur de Fa­ce­book sur twit­ter. Ce n’est donc pas par ha­sard qu’on parle de­puis peu de re­ve­nu uni­ver­sel, concept aus­si étrange que les autres alors qu’on nous a tou­jours ap­pris que le sa­laire ré­mu­nère la pro­duc­ti­vi­té, ac­cé­lé­rée elle-même par le pro­grès tech­nique. A croire le fon­da­teur de Tes­la, on peut com­prendre que la tech­no­lo­gie a tel­le­ment évo­lué, avec son in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, sa ma­chine lear­ning…, qu’elle fra­gi­lise le sys­tème. Elle ap­pa­raît dé­sor­mais comme un sub­sti­tut, beau­coup plus qu’un com­plé­ment du fac­teur hu­main. Il ne faut sur­tout pas pen­ser que tout ce­ci est loin de nous. Ce ca­pi­ta­lisme cog­ni­tif est per­méable, sans fron­tières. Les bar­rières à l’en­trée peuvent être faibles. Loin de nous l’idée de prô­ner une cer­taine tech­no­pho­bie, mais entre si­dé­ra­tion in­gé­nue et re­jet to­tal, il y a place aux garde-fous, à la ré­gle­men­ta­tion et à la sé­cu­ri­té. In­con­tes­ta­ble­ment avec cette ma­rée de don­nées qu’on met à dis­po­si­tion des ma­chines se place au pre­mier rang la ques­tion de la sé­cu­ri­té. Les cy­ber-me­naces se font de plus en plus dif­fi­ciles et les ha­ckers sont rom­pus à l’art de la des­truc­tion. Les risques et les mo­ti­va­tions sont à tous les ni­veaux. Qu’il s’agisse de mal­frats qui cherchent des ran­çons ou de ceux qui, au faîte de leur plé­ni­tude, font montre de leur puis­sance en dé­trui­sant les sys­tèmes in­for­ma­tiques des so­cié­tés et des ins­ti­tu­tions. S’ac­qué­rir des don­nées d’une en­tre­prise et ac­cé­der à son sys­tème d’in­for­ma­tion ne se­rait-il pas l’arme fa­tale pour la fra­gi­li­ser ? Vi­gi­lance et sé­cu­ri­té sont de plus en plus les mots d’ordre dans ce monde hy­per ex­po­sé. Nous y avons consa­cré le dos­sier de ce mois. Vous y trou­ve­rez me­naces, con­seils et règles de bonne conduite ex­pri­mées par les ex­perts que nous avons in­ter­ro­gés. Dans cet uni­vers, la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles se taille la part du lion. Les pays doivent se confor­mer aux bonnes pra­tiques, à la nou­velle lé­gis­la­tion eu­ro­péenne. Condi­tion in­con­tour­nable pour que nos en­tre­prises puissent do­ré­na­vant réa­li­ser des tran­sac­tions avec l’eu­rope. L’avè­ne­ment de la Xème confé­rence de l’as­so­cia­tion Fran­co­phone des Au­to­ri­tés de Pro­tec­tion de Don­nées Per­son­nelles en Tu­ni­sie est in­dé­nia­ble­ment un signe de ma­tu­ri­té à ce ni­veau. Nous avons re­cen­sé pour vous les re­com­man­da­tions aus­si vi­tales que né­ces­saires. Vé­ri­ta­ble­ment, face à ces risques in­hé­rents au monde vir­tuel, l’éco­no­mie réelle re­trouve ce qu’elle a de plus noble et de plus pro­met­teur. Nous avons in­vi­té pour vous un ta­lent tu­ni­sien qui a confec­tion­né une belle suc­cess stro­ry dans le sec­teur de l’agroa­li­men­taire grâce à un ma­na­ge­ment mo­derne et une vi­sion claire, dé­ter­mi­née et ré­so­lue. Cé­réa­lis fait de­puis sa créa­tion une crois­sance à deux chiffres. Et tout est fait pour res­ter sur cette tra­jec­toire. L’in­no­va­tion est éri­gée en mode de gou­ver­nance. Les fruits ont por­té la pro­messe des fleurs. On l’au­ra com­pris. Der­rière cette réus­site, il y a une stra­té­gie, et der­rière cette stra­té­gie il y a un vrai stra­tège que nous vous fai­sons dé­cou­vrir. Qu’il ait brillé, dès ses pre­miers pas dans le temple mon­dial de l’in­gé­nie­rie fi­nan­cière — haut lieu de la sé­cu­ri­té in­for­ma­tique — n’est pas la moindre de qua­li­tés de Ka­rim Gah­biche. Bonne lec­ture !

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