IL Y A DE L’EAU DANS LE GAZ

Le Manager - - Billet - MOUNIR ZALILA

Voi­là une ex­pres­sion qui, sans être fa­mi­lière, dé­crit, d’une ma­nière ima­gée, une si­tua­tion conflic­tuelle, char­gée de ten­sion an­non­cia­trice d’une confron­ta­tion proche voire im­mi­nente. Au­tre­ment dit, quand il y a de l’eau dans le gaz, c’est que ce­la tourne au vi­naigre et que le ton, ve­nant de dif­fé­rentes par­ties, se dur­cit.

D’où nous vient en fait cette ex­pres­sion?

Son ori­gine re­monte à bien long­temps, de l’époque des pre­mières ins­tal­la­tions de gaz, pas en­core le gaz na­tu­rel, dans des im­meubles pa­ri­siens, les­quels ne bé­né­fi­ciaient pas des dis­po­si­tions, me­sures et normes de sé­cu­ri­té; adop­tées et en vi­gueur, de­puis lors, par­tout dans le monde.

Que se pas­sait-il alors?

Il ar­ri­vait par­fois que lorsque l’eau dé­bor­dait d’une cas­se­role, celle-ci étei­gnait la flamme sans ar­rê­ter l’ar­ri­vée du gaz. Ré­sul­tat: toute étin­celle ex­té­rieure condui­sait alors à l’ex­plo­sion. C’est pa­reil lors d’une si­tua­tion ten­due qui per­dure et c’est tout comme si le conte­nu d’une vie en so­cié­té de tous les jours se met­tait à dé­bor­der, étei­gnant la flamme de toute re­la­tion so­cia­le­ment conve­nable la­quelle risque d’ex­plo­ser à la pre­mière étin­celle. Un tel ma­laise le pays le vit d’une ma­nière plus pro­non­cée ces der­nières se­maines. Ac­cep­tée six an­nées du­rant, la si­tua­tion, sans pour au­tant être (en­core) ca­tas­tro­phique, n’en est pas moins, ac­tuel­le­ment, lour­de­ment char­gée d’élec­tri­ci­té. Ce­la se sent, ce­la se voit, ce­la s’en­tend. Ce­la tire à hue et à dia et tout le monde agit de fa­çon contra­dic­toire; dia­mé­tra­le­ment op­po­sée, par­fois même au sein d’un groupe ré­duit de per­sonnes. Dès l’ins­tant où l’un an­nonce une cou­leur blanche l’autre se sent obli­gé d’avan­cer la cou­leur noire. Sans al­ler jus­qu’à leur de­man­der d’être des bé­nioui-oui, loin de là, tout n’est certes pas to­ta­le­ment blanc comme il n’est cer­tai­ne­ment pas tout noir.

Est-ce-là notre com­pré­hen­sion du po­li­ti­que­ment cor­rect?

Les der­niers exemples nous viennent de l’an­nonce de la com­po­si­tion d’un nou­veau gou­ver­ne­ment et du vote de la loi sur la ré­con­ci­lia­tion. Sur ce der­nier point l’image don­née, alors, par l’as­sem­blée des Re­pré­sen­tants du Peuple était des plus af­fli­geantes. En outre, le gou­ver­ne­ment à peine en place et voi­là que les cri­tiques fusent sous-ten­dues, la plu­part du temps, de cam­pagnes de dé­ni­gre­ment vi­sant telle ou telle autre per­son­na­li­té de l’équipe. Pour­tant la rai­son ap­pelle, d’elle-même, afin de per­mettre au pays d’avan­cer, à ac­cep­ter; même en de­mi-teinte, les as­pects po­si­tifs, de toutes me­sures, dis­po­si­tions et autres ac­tions, qu’elles soient po­li­tiques, éco­no­miques ou so­ciales. Il y en a ! Il est un fait que le ma­laise est pal­pable, voire chro­nique au risque de dé­gé­né­rer et que l’on puisse ar­ri­ver à un état de si­tua­tion où plus per­sonne ne com­prend plus rien et le cha­cun pour soi de­ve­nir la règle. Pour cette rai­son l’op­po­si­tion doit, in­tel­li­gem­ment, s’éri­ger en force de pro­po­si­tions et non en force de né­ga­tions, au risque de perdre toute cré­di­bi­li­té et par là, à force de cri­tiques en boucle, faire perdre toute confiance des ci­toyens en­vers l’en­semble de la classe po­li­tique.

C’est en fait tout ce­la qui fait qu’il y a de l’eau dans le gaz !

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