Bra­him Debache, PDG d’ennakl Au­to­mo­biles et pré­sident de L'AHK

IBRA­HIM DEBACHE PDG D’ENNAKL AU­TO­MO­BILES ET PRÉ­SIDENT DE L'AHK

Le Manager - - Sommaire -

Il a re­pris dans l’ur­gence les rênes de l’un des fleu­rons de l’éco­no­mie tu­ni­sienne, la so­cié­té Ennakl, à l’heure où elle cou­rait les risques d’énormes dé­ra­pages. La ré­vo­lu­tion est pas­sée par là. Son ta­lent de né­go­cia­teur, son in­gé­nio­si­té, sa connais­sance du sec­teur, sa ca­pa­ci­té d’en­traî­ner, de fé­dé­rer, de sou­der le groupe et de le conduire sur des routes pai­sibles n’étaient pas de trop pour évi­ter que dans la tem­pête, la so­cié­té ne bas­cule dans le vide. Il sait se mon­trer à la hau­teur de la marque, des marques qui font la notoriété de la so­cié­té : Au­di, Vols­wa­gen, Seat, Porche et au­tant d’en­seignes qui font pâ­lir d’en­vie les conces­sion­naires au­tos les mieux éta­blis. Il veilla à ce qu’au­cun mo­ment et en au­cun cas, l’image du groupe et de ses marques ne soient écor­nées. Il a sur­fé sur la vague contes­ta­taire qui s’est ré­pan­due sur l’en­semble du pays. Mieux, en bon stra­tège et en bon vi­sion­naire, il a élar­gi sa gamme en y in­tro­dui­sant de nou­veaux mo­dèles. Au­tant pour faire rê­ver que pour n’ex­clure au­cun seg­ment du mar­ché. Il dut né­go­cier de pied ferme avec les construc­teurs, qui le tiennent en grande es­time, pour les convaincre de la né­ces­si­té de re­voir à chaque fois leur prix à la baisse pour tem­pé­rer quelque peu la dé­pré­cia­tion du di­nar. Et d’ob­te­nir d’eux une sorte de bo­nus dé­dié à notre dé­mo­cra­tie nais­sante. Son lea­der­ship ne sur­prend et ne dé­range guère sur le mar­ché lo­cal des voi­tures. Tout y contri­bue : la ré­pu­ta­tion et la notoriété des marques, le sa­voir- faire de la so­cié­té, l’ex­per­tise de son mode de gou­ver­nance et la ca­pa­ci­té de son chef à conce­voir et conduire de vé­ri­tables stra­té­gies in­dus­trielles avec pour point fo­cal la sa­tis­fac­tion client, tous les clients de quelque bourse qu’ils dis­posent. Il am­bi­tionne un po­si­tion­ne­ment si­mi­laire en Afrique qu’il amorce à tra­vers l’ins­tal­la­tion d’une fi­liale en Côte d’ivoire et bien­tôt une se­conde au Sé­né­gal. Sa fier­té est d’avoir me­né à bon port la tran­si­tion d’ennakl après 2011 et 40 ans de sta­tut pu­blic, avant qu’elle ne re­joigne le sec­teur pri­vé. In­croyable des­tin de cette en­tre­prise qui re­vient dans le gi­ron de l’etat sous l’ef­fet de la confis­ca­tion, avant d’être de nou­veau pri­va­ti­sée dans les règles de l’art. Au pas­sage les pou­voirs pu­blics ont dé­cu­plé plus d’une fois la mise ini­tiale. Et pour cause l’ac­tif avait fière al­lure. L’ac­tion­naire de ré­fé­rence qu’il soit pu­blic ou pri­vé, dans les cir­cons­tances que l’on sait lui voue consi­dé­ra­tion en rai­son de son en­ga­ge­ment au pro­fit de l’en­tre­prise. Il a l’as­sen­ti­ment, les fa­veurs des sa­la­riés et le res­pect du mar­ché. Un vrai pa­tron d’une en­tre­prise co­tée en bourse, à la fibre en­tre­pre­neu­riale et au lea­der­ship in­con­tes­té. Il dé­fend une nou­velle concep­tion de l’en­tre­prise avec au­tant de sou­cis d’ef­fi­ca­ci­té éco­no­mique, de créa­tion de va­leurs que d’im­pé­ra­tif so­cial et de res­pon­sa­bi­li­té so­cié­tale. Il maî­trise le sec­teur, il a la pas­sion du mé­tier et de l’au­to­mo­bile, il capte les pul­sions du mar­ché. Et place la sa­tis­fac­tion client au coeur de sa stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment. Por­té par son suc­cès, il a été élu à la tête de L’AHK en bon re­pré­sen­tant de la frange tu­ni­sienne dans le monde des en­tre­prises al­le­mandes. Ibra­him Debache nous ra­conte la trans­for­ma­tion d’ennakl et les hauts et les bas dans le sec­teur de l’au­to­mo­bile. Il nous dit ses am­bi­tions et ses ob­jec­tifs sans ou­blier l’ex­pres­sion de toute sa pas­sion pour son mé­tier, vé­ri­table clé du suc­cès de son par­cours. En­tre­tien.

Com­ment s’an­nonce le cru 2018 du mar­ché de l’au­to­mo­bile

En 2018, le mar­ché de l’au­to­mo­bile a connu un re­pli as­sez consé­quent en Tu­ni­sie. A fin juin de l’an­née en cours, la baisse a été de l’ordre de 18%, sa­chant qu’elle a été plus pro­non­cée du­rant le pre­mier tri­mestre de 2018. La cause en est un cer­tain nombre de fac­teurs. D’abord, il y a la baisse du vo­lume d’im­por­ta­tion suite à la ré­duc­tion des quo­tas de 20%. En­suite, il y a eu l’im­pact de la loi de fi­nances à tra­vers l’aug­men­ta­tion de droit de consom­ma­tion de 25%, la hausse de la TVA de 18 à 19%, ain­si que l’aug­men­ta­tion des droits de douane sur les pièces de re­change. Ajou­té à ce­la, le ren­ché­ris­se­ment des prix des voi­tures lié à la forte dé­pré­cia­tion de la mon­naie na­tio­nale. Et en­fin, ce­rise amère sur le gâ­teau : la me­sure qui a le plus im­pac­té né­ga­ti­ve­ment le mar­ché de l'au­to­mo­bile à sa­voir l’aug­men­ta­tion du TMM. Il va sans dire que l’ac­cès au cré­dit est de plus en plus dif­fi­cile. Ain­si, le taux d’au­to­fi­nan­ce­ment est de 30% et peut al­ler jus­qu’à 60% du prix de la voi­ture pour cer­taines cy­lin­drées. De ce fait, les consé­quences se sont gravement ré­per­cu­tées sur le mar­ché avec une baisse de 18% pour les vé­hi­cules de tou­risme. Ces ef­fets conju­gués ont fait que le prix de l’au­to­mo­bile a aug­men­té de 20%.

L’aug­men­ta­tion des charges fi­nan­cières du conces­sion­naire pèse- elle sur leurs marges?

Ef­fec­ti­ve­ment ! C’est d’ailleurs le cas aus­si bien pour les conces­sion­naires au­to­mo­bile que pour les en­tre­prises tu­ni­siennes de ma­nière gé­né­rale. Je pense à la hausse des charges en gé­né­ral, no­tam­ment celles liées aux aug­men­ta­tions sa­la­riales. De ce fait, le bi­lan glo­bal pour cer­tains conces­sion­naires de­vient de plus en plus dif­fi­cile car cette aug­men­ta­tion a un im­pact sur les charges d’ex­ploi­ta­tion, sur­tout pour les en­tre­prises qui sont éta­blies de­puis plu­sieurs an­nées et qui ont donc un ef­fec­tif beau­coup plus nom­breux que ce­lui des en­tre­prises nou­vel­le­ment ins­tal­lées.

Com­ment évo­lue la part de mar­ché d’ennakl? Et face à toutes ces me­sures et ces en­jeux, est-ce que la chambre des conces­sion­naires compte ré­agir?

Il faut sa­voir que la chambre a été et reste très ac­tive tout en te­nant compte de la conjonc­ture du pays au vu du dé­fi­cit de la ba­lance com­mer­ciale et de la baisse des ré­serves en devises. Nous sommes donc com­pré­hen­sifs et c’est d’ailleurs pour ce­la que nous avons ac­cep­té la ré­duc­tion des quo­tas d’im­por­ta­tion de l’ordre de 25% par tri­mestre. In­dé­nia­ble­ment, cette dis­po­si­tion crée des pé­nu­ries en cours d’an­née pé­na­li­sant notre ac­ti­vi­té de conces­sion­naire. Par exemple, les loueurs de voi­tures qui re­pré­sentent une belle part de clien­tèle achètent leurs vé­hi­cules avant le dé­but de la sai­son et se sont alors ap­pro­vi­sion­nés tardivement du fait que nous n’ayons pas suf­fi­sam­ment de voi­tures en stock. Evi­dem­ment face à tout ce­la, nous sou­hai­tons de même dé­fendre le mar­ché of­fi­ciel des vé­hi­cules neufs. En ef­fet, le parc moyen en Tu­ni­sie est en train de vieillir, ce qui si­gni­fie une consom­ma­tion ac­crue de pièces de re­change ain­si que des voi­tures plus pol­luantes. Et il est éga­le­ment im­por­tant que le parc évo­lue en fonc­tion des be­soins du pays. C’est ain­si que nous dé­fen­dons notre po­si­tion vis-à-vis du mi­nis­tère du Com­merce à qui nous avons de­man­dé en plus d’autres me­sures.

Quels types de me­sures ?

D’abord en­di­guer l’im­por­tante aug­men­ta­tion du mar­ché de l’im­por­ta­tion pa­ral­lèle, celle des vé­hi­cules d’oc­ca­sion. A sou­li­gner que la me­sure de 2012 qui pousse l’âge de l’an­cien­ne­té d’une voi­ture d’oc­ca­sion de 3 à 5 ans ne re­pré­sente pas for­cé­ment une me­sure sa­lu­taire pour le sec­teur et pour le pays. Je pré­cise que le ré­gime FCR n’est pas du tout vi­sé dans notre dé­marche. Il s’agit seule­ment de prendre des me­sures pour li­mi­ter le mar­ché d’oc­ca­sion non of­fi­ciel. D’ailleurs, le ré­sul­tat se fait sen­tir, le nombre de vé­hi­cules im­por­tés sur le mar­ché pa­ral­lèle est pas­sé de 9000 en 2017 à 7000 en 2018.

Au re­gard de tout ce­la, com­ment ima­gi­nez-vous le de­ve­nir du sec­teur de l’au­to­mo­bile en Tu­ni­sie? Il faut sa­voir que cette conjonc­ture dif­fi­cile s’est ac­com­pa-

gnée d’une crois­sance du nombre de marques de vé­hi­cules of­fertes sur le mar­ché. Ac­tuel­le­ment il y a 45 marques alors qu’avant il y en avait tout au plus 20. Donc un plus large choix est of­fert au consom­ma­teur, no­tam­ment cer­taines marques low cost telles que les marques asia­tiques, mais pas qu’elles. La dif­fi­cul­té ré­side au­jourd’hui dans la ma­nière de ré­gu­ler les im­por­ta­tions du mar­ché en pré­sence de 35 conces­sion­naires et plus de 45 marques de vé­hi­cules. C’est d’ailleurs pour ce­la que nous avons de­man­dé de­puis quelques an­nées de li­bé­ra­li­ser le mar­ché. Nous pen­sons fer­me­ment que cette me­sure se­ra dans l’in­té­rêt du consom­ma­teur, car elle nous oc­troie une plus grande force de né­go­cia­tion vis-à-vis des construc­teurs au­to­mo­bile. C’est du reste l’in­ten­si­fi­ca­tion de la concur­rence qui laisse au consom­ma­teur le choix de l’achat et du mo­dèle. A titre de rap­pel, cette ou­ver­ture de mar­ché de­vrait se faire de ma­nière par­tielle en com­men­çant par les ca­mions puis les uti­li­taires, mais hé­las il y a eu cette forte dé­pré­cia­tion de la mon­naie na­tio­nale qui a en­gen­dré un re­port de la dé­ci­sion par le gou­ver­ne­ment.

Par­lons in­ter­na­tio­nal et par­lons in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Au­jourd’hui, la ten­dance chez cer­tains pays no­tam­ment émer­gents est d’in­té­grer la voi­ture in­tel­li­gente et connec­tée. Quand est-ce que le mar­ché tu­ni­sien se­ra-t-il prêt pour ce type de vé­hi­cule?

Tout à fait, le mar­ché mon­dial de l’au­to­mo­bile est dé­jà en train de vivre une ré­vo­lu­tion de par l’élec­tri­fi­ca­tion de la voi­ture. L’ave­nir tend plus vers la ré­duc­tion des vé­hi­cules consom­ma­trices de car­bu­rants. Il y a éga­le­ment l’évo­lu­tion des vé­hi­cules vers plus d’au­to­no­mie à tra­vers l’uti­li­sa­tion des nou­velles tech­no­lo­gies per­met­tant de créer de plus en plus de cap­teurs et par ri­co­chet de fa­ci­li­ter la conduite aux conduc­teurs. Pour que ces nou­veaux pro­duits soient in­té­grés dans le mar­ché tu­ni­sien, il faut qu’il y ait l'in­fra­struc­ture adé­quate qu’elle soit par­ti­cu­lière pour les voi­tures élec­triques ou en­core gé­né­rale dans tout le pays pour pou­voir re­char­ger ces vé­hi­cules no­tam­ment dans les gares, les aé­ro­ports ou en­core les hô­tels. Ce­la si­gni­fie donc qu’il y a un tra­vail sur l'in­fra­struc­ture à en­ga­ger avant d’ima­gi­ner voir dé­bar­quer ce type de voi­ture en Tu­ni­sie.

Vous pen­sez que ce tra­vail doit être fait par l’etat ou dans le cadre d’ac­cords PPP?

D’après les ex­pé­riences de par le monde, ce tra­vail doit être fait par l’etat, en as­so­cia­tion avec le sec­teur pri­vé. Il faut néan­moins être réa­liste, et ne pas s’at­tendre à ce que ce­la soit fait dans des dé­lais brefs. Même en Eu­rope, cer­tains pays ont ac­cu­sé du re­tard pour l’in­té­gra­tion de ce type de vé­hi­cules. Quoi qu’il en soit, je pense que ce­la re­pré­sente une belle op­por­tu­ni­té pour la Tu­ni­sie qui doit être in­té­grée dans le plan éner­gé­tique du pays pré­co­ni­sant l’uti­li­sa­tion d’éner­gie re­nou­ve­lable à hau­teur de 30% à l’ho­ri­zon 2030. Et le parc au­to­mo­bile étant un sec­teur consom­ma­teur im­por­tant d’éner­gie doit être in­té­gré dans cette stra­té­gie na­tio­nale.

Re­ve­nons à pré­sent à Ennakl. Il y a une an­née, il a été ques­tion d’un plan stra­té­gique de l’en­tre­prise éta­lé de 2017 à 2020, nous sommes à mi-che­min, alors où en êtes-vous par rap­port à vos ob­jec­tifs?

For­cé­ment face à la conjonc­ture et à la si­tua­tion ma­cro-éco­no­mique, le plan stra­té­gique a connu une in­flexion consé­quente. L’évo­lu­tion que nous avions imaginée pour notre mar­ché est du reste plus op­ti­miste que celle consta­tée. Donc nous sommes en train de ré­vi­ser notre plan stra­té­gique. Pour au­tant, nous avons an­ti­ci­pé en quelque sorte les dif­fi­cul­tés, nous avons dé­jà pré­vu une di­ver­si­fi­ca­tion de notre ac­ti­vi­té. Nous avons créé une fi­liale sub­sa­ha­rienne d’ennakl, la so­cié­té AFCAR ins­tal­lée en Côte d’ivoire et nous pré­voyons une autre ins­tal­la­tion au Sé­né­gal. Nous avons mis en place une autre nou­velle ac­ti­vi­té celle de la vente d’oc­ca­sion avec la ga­ran­tie du construc­teur et avec la re­prise des vé­hi­cules. En ef­fet, nous avons lan­cé le la­bel “Das Wel­tau­to” qui per­met de ra­che­ter au consom­ma­teur son an­cien vé­hi­cule pour qu’il ac­quiert à son tour un neuf moyen­nant la dif­fé­rence de prix. A cette ac­ti­vi­té s’ajoute celle de la lo­ca­tion de voi­ture que nous avons dé­mar­rée en juillet et ce, avec la créa­tion de la fi­liale STLV avec la fran­chise Hertz. Il s’agit d’un nou­veau ser­vice que nous pro­po­sons à nos clients.

Com­ment se porte la fi­liale ivoi­rienne?

Cette fi­liale a dé­mar­ré plus tard que pré­vu, donc nous sommes

en­core au dé­but du lan­ce­ment ce qui prend un peu plus de temps sur­tout qu’il se fait avec une nou­velle marque en­core in­con­nue dans la ré­gion à sa­voir la marque SEAT. C’est un mar­ché très concur­ren­tiel avec la pré­sence de pas moins de 30 marques. Par contre il s’agit d’un pe­tit mar­ché de vé­hi­cules neufs, 10 000 en­vi­ron contre beau­coup plus en vé­hi­cules d’oc­ca­sion. De fait, ce mar­ché re­pré­sente un beau po­ten­tiel pour l’ave­nir.

Pas­sons au cap de la Chambre de com­merce et d’in­dus­trie tu­ni­so-al­le­mande (AHK) dont vous êtes le pré­sident. Quelles sont prin­ci­pa­le­ment les do­léances, les su­jets de sa­tis­fac­tion, s’il y en a, des en­tre­prises al­le­mandes en Tu­ni­sie?

A L’AHK, nous avons consta­té qu’il existe une large pa­no­plie d’ac­ti­vi­tés en phase avec les be­soins de la Tu­ni­sie, qu’ils soient dans le do­maine de l’éner­gie, le do­maine so­cial, etc. Nous avons ain­si contri­bué à ac­ti­ver les concer­ta­tions entre les syn­di­cats al­le­mands et les syn­di­cats tu­ni­siens afin de renforcer le dia­logue so­cial et faire évo­luer la re­la­tion em­ployeur-em­ployé. Aus­si, dans le cadre du pro­jet de L’ALECA, nous avons si­gné au mois de juillet der­nier un ac­cord pour le par­tage d’ex­pé­riences no­tam­ment des pays de l’eu­rope de l’est. En outre, au sein de L’AHK ou en­core des chambres mixtes, nous conti­nuons à en­dos­ser le cos­tume de force d’ini­tia­tive tout en nous ins­cri­vant dans une dé­marche de ren­contres in­ter­mi­nis­té­rielles afin de pou­voir par­ler d’une voix com­mune et être une force de pro­po­si­tion. Ce­la est le cas au­jourd’hui dans le cadre de l’éla­bo­ra­tion du pro­jet de loi de fi­nances 2019, où nous avons émis un cer­tain nombre de pro­po­si­tions afin de ne pas avoir à su­bir des me­sures que nous consi­dé­rons né­ga­tives par rap­port à l’in­ves­tis­se­ment et au sec­teur pri­vé.

Jus­te­ment! Quelques pro­po­si­tions phares à ce titre?

A vrai dire, nous avons sur­tout poin­té du doigt cette forte in­sta­bi­li­té fis­cale connue ces der­nières an­nées, sur fond de chan­ge­ments de taxa­tion avec les aug­men­ta­tions dé­ci­dées. Tout ce­la a im­pac­té né­ga­ti­ve­ment les en­tre­prises al­le­mandes qui se voient dans l’obli­ga­tion de re­mettre en cause le choix de la Tu­ni­sie en tant que des­ti­na­tion pour des nou­veaux in­ves­tis­se­ments. En fait entre la prise de dé­ci­sion et le mo­ment de la mise en place du pro­jet, des chan­ge­ments fis­caux s’opèrent et donc il fau­drait re­dres­ser le bu­si­ness plan. Les exemples à ce ni­veau sont nom­breux… Et je cite l’exemple du pro­jet Hen­kel qui n’a pas pu concré­ti­ser l’ins­tal­la­tion d’une pla­te­forme de fa­bri­ca­tion de pro­duits cos­mé­tiques à Sfax à cause des nou­velles taxa­tions et des droits de douane qui ont fait que la­dite pla­te­forme ne se­ra plus dé­sor­mais com­pé­ti­tive. Nous pen­sons de même qu’il faut main­te­nir le sec­teur off­shore qui a été long­temps source de crois­sance en Tu­ni­sie et qui dé­gage un fort po­ten­tiel et ce, pas seule­ment dans le sec­teur du tex­tile mais éga­le­ment dans le sec­teur des TIC, de l’in­for­ma­tique, des pro­duits phar­ma­ceu­tiques…

Nous sa­vons que la chambre éla­bore un cer­tain ba­ro­mètre de fa­çon pé­rio­dique, qu’en est-il du tout der­nier?

Se­lon le der­nier ba­ro­mètre de 2017 qui concerne les en­tre­prises al­le­mandes ins­tal­lées en Tu­ni­sie, nous avons en­re­gis­tré une cer­taine amé­lio­ra­tion en termes d’in­ten­tion d’aug­men­ta­tion d’ef­fec­tif, de hausse d’ac­ti­vi­té et du chiffre d’af­faires. En re­vanche, nous avons éga­le­ment consta­té l’exis­tence de cer­tains han­di­caps tels que les bar­rières ad­mi­nis­tra­tives, et en pre­mier lieu la douane, la si­tua­tion lo­gis­tique no­tam­ment au ni­veau du port de Ra­dès et de la douane. Pour ce qui est des sug­ges­tions, la chambre a re­le­vé l'im­por­tance de la sim­pli­fi­ca­tion de la bu­reau­cra­tie, la sta­bi­li­té po­li­tique et la lutte contre la cor­rup­tion. Nous avons rap­por­té tous ces élé­ments aux au­to­ri­tés afin qu’elles puissent les prendre en consi­dé­ra­tion sur­tout que les en­tre­prises al­le­mandes sont des sortes d'am­bas­sa­deurs de leur pays d’ori­gine.

Pour conclure cet en­tre­tien, nous ai­me­rions sa­voir votre plus grand chal­lenge et dé­fi du­rant votre par­cours sur les der­nières an­nées,?

Mon plus grand chal­lenge reste d’avoir contri­bué avec l’en­semble des cadres d’ennakl à main­te­nir l’ac­ti­vi­té de cette en­tre­prise qui a connu une pri­va­ti­sa­tion après qu’elle ait été pu­blique pen­dant 40 ans. C’était donc 4 an­nées de dé­fis avec de très dures an­nées 2011 et 2012. Suite à ce­la, l'en­tre­prise a très vite connu une pé­riode de crois­sance et de dé­ve­lop­pe­ment grâce à l’ar­ri­vée d’un nou­vel ac­tion­na­riat. Nous avons aus­si beau­coup in­ves­ti ces der­nières an­nées, même si toutes les nou­velles me­sures res­tric­tives ci­tées en haut nous poussent à re­con­si­dé­rer notre po­li­tique d’in­ves­tis­se­ment. Au­jourd’hui, notre vo­lon­té est de sta­bi­li­ser notre dé­ve­lop­pe­ment et de pé­ren­ni­ser nos in­ves­tis­se­ments. Aus­si, nous sommes en constante amé­lio­ra­tion en ce qui concerne la sa­tis­fac­tion de nos clients et la qua­li­té de ser­vice. Nous pas­sons par une pé­riode dif­fi­cile que nous pen­sons pro­vi­soire, et de ce fait nous tra­vaillons sur de nou­veaux pro­jets afin de main­te­nir le lea­der­ship d’ennakl en Tu­ni­sie et ailleurs. Ce dont je suis le plus fier c’est d’avoir gar­dé la confiance de nos em­ployés car ce sont eux qui nous per­mettent de dire si nous avons réel­le­ment réus­si.

Un der­nier mes­sage?

Je sou­haite que le pays sorte de cette si­tua­tion dif­fi­cile. On dit que de la crise émergent de nou­velles pers­pec­tives. Je pense néan­moins que nous per­dons beau­coup de temps à dé­ve­lop­per ces pers­pec­tives car même si la dé­pré­cia­tion du di­nar nous coûte cher, il faut pro­fi­ter pour ex­por­ter plus. Hé­las, pas mal de freins doua­niers et autres contra­rient ce dé­ve­lop­pe­ment. Nous avons des op­por­tu­ni­tés à sai­sir avec l’eu­rope en l'oc­cur­rence et ce se­rait dom­mage de les lais­ser nous échap­per.

Nous avons an­ti­ci­pé en quelque sorte les dif­fi­cul­tés, nous avons dé­jà pré­vu une di­ver­si­fi­ca­tion de notre ac­ti­vi­té. Nous avons créé une fi­liale sub­sa­ha­rienne d’ennakl, la so­cié­té AFCAR ins­tal­lée en Côte d’ivoire et pro­chai­ne­ment au Sé­né­gal.

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