Taux d’in­té­rêt:

Dans le pays du stra­tup act, l’en­tre­prise est loin d’être gâ­tée. Un cadre fis­cal in­stable, mais qui le se­rait à par­tir de 2020 se­lon l’exé­cu­tif, un en­vi­ron­ne­ment so­cial sou­vent mi­né, un di­nar qui dé­grin­gole en dou­ceur et sur­tout un coût de res­sources plus

Le Manager - - Sommaire - Par Bas­sem Nei­fer Ana­lyste chez Al­pha­va­lue

Les en­tre­prises voient rouge

Le fait que la Tu­ni­sie ait un sys­tème de fi­nan­ce­ment ba­sé sur la dette n’est pas une in­for­ma­tion nou­velle. Tou­te­fois, avec la hausse des taux, re­ve­nir à ce constat et l’ana­ly­ser s’im­pose. Nous ne contes­tons pas ici la dé­ci­sion d’aug­men­ter le taux di­rec­teur en elle-même car, tech­ni­que­ment par­lant, elle s’im­pose. Mais le pro­blème c’est qu’il se­rait très dif­fi­cile de voir les taux re­brous­ser che­min à court et à moyen termes.

Pres­sion ad­di­tion­nelle sur la tré­so­re­rie

Les banques tu­ni­siennes oc­troient es­sen­tiel­le­ment des cré­dits à taux va­riables, in­dexés sur le TMM. Sur les deux der­nières an­nées, ce der­nier a sen­si­ble­ment aug­men­té de près de 300 points de base, ce qui ne fait pas l’af­faire des em­prun­teurs. Au­jourd’hui, le poste « charges fi­nan­cières» est de­ve­nu un casse-tête pour les res­pon­sables fi­nan­ciers. D’ailleurs, les chiffres de plu­sieurs en­quêtes montrent que les chefs des PME passent près d’une heure par se­maine avec leurs ban­quiers, que dire de celles de plus grande taille. Ce­la est dû à la né­ces­si­té de tis­ser une re­la­tion du­rable avec son bailleur de fonds pour que ce der­nier com­prenne l’ac­ti­vi­té de l’en­tre­prise, sa cy­cli­ci­té et ré­pondre pré­sent pour com­bler les trous qui peuvent se ma­ni­fes­ter au cours du cycle d’ex­ploi­ta­tion. Gé­rer sa tré­so­re­rie est de­ve­nue la ques­tion la plus ur­gente et la charge d’in­té­rêt n’est qu’un maillon de la longue chaîne de coûts qui ne cessent d’aug­men­ter.

Les res­sources hu­maines im­pli­quées da­van­tage

Les taux n’aug­mentent pas que pour les en­tre­prises. Mais aus­si pour les em­ployés, qui comme tous les Tu­ni­siens, ont di­vers en­ga­ge­ments vis-à-vis des éta­blis­se­ments de cré­dit et voient leurs fac­tures s’alour­dir chaque mois. Et comme la hausse des taux se tra­duit, entre autres, par la hausse des prix, les sa­la­riés vont na­tu­rel­le­ment exi­ger plus de ré­mu­né­ra- tion et cer­tains vont quit­ter, créant une forte ro­ta­tion au sein de l’équipe. Il suf­fit de po­ser la ques­tion aux boîtes tech­no­lo­giques pour consta­ter l’am­pleur du phé­no­mène. C’est un fac­teur dé­sta­bi­li­sant pour toute en­tre­prise.

Freins à l’in­ves­tis­se­ment

Bien évi­dem­ment, qui dit taux éle­vés dit moins d’in­ves­tis­se­ments. Et il n’y a pas mieux que les chiffres du sec­teur du leasing pour le prou­ver. Se­lon les in­di­ca­teurs d’ac­ti­vi­té du deuxième tri­mestre 2018, la CIL, Tu­ni­sie Leasing, At­ti­ja­ri Leasing, ATL, Mo­dern Leasing et Han­ni­bal Lease ont en­re­gis­tré des baisses de mises en force (contrats qui sont en­trés en vi­gueur). Cô­té ap­pro­ba­tions (car­net de commande), Best Lease, Tu­ni­sie Leasing, At­ti­ja­ri Leasing, ATL, Mo­dern Leasing et Han­ni­bal Lease ont connu des ten­dances né­ga­tives. Best Lease vient éga­le­ment de pu­blier un ré­sul­tat se­mes­triel en chute de 19,8% par rap­port à la même pé­riode en 2017. Il y a donc net­te­ment moins de de­mandes. Si les com­pa­gnies de leasing em­pruntent au­jourd’hui à 8,5% sur 5 ans, une marge de 300-350 points de base est un mi­ni­mum pour cou­vrir ses charges opé­ra­tion­nelles, payer ses in­té­rêts et ses im­pôts et dé­ga­ger des bé­né­fices. D’où des taux qui frôlent au­jourd’hui les 12% ! C’est très éle­vé pour l’en­tre­prise, et les in­ves­tis­se­ments risquent de conti­nuer leur ten­dance bais­sière dans les mois à ve­nir.

En­core plus d’aug­men­ta­tions

Notre in­quié­tude pro­vient en fait de deux fac­teurs. Il y a d’abord la courbe des taux qui af­fiche des formes dan­ge­reuses. Au­jourd’hui, les banques pré­fèrent res­ter sur des échéances courtes et évitent de pla­cer sur de longues du­rées afin de pro­fi­ter au maxi­mum du contexte ac­tuel. Les ré­sul­tats des ad­ju­ra­tions des BTA et des BTC le confirment. En­suite, il y a les taux ex­ces­sifs. Ceux cor­res­pon­dant au deuxième se­mestre 2018 ont été pu­bliés dans le JORT du 31 juillet 2018. Nous pou­vons consta­ter que le dé­cou­vert pour­rait coû­ter 11,30% et un cré­dit à long terme at­tein­drait 9,68%. Le cré­dit-bail confirme sa place en tant que la source de fi­nan­ce­ment la plus chère avec 12,22%. Par rap­port à la pre­mière moyenne de l’an­née, ces taux ont for­te­ment aug­men­té. Conti­nuer dans un tel en­vi­ron­ne­ment risque, vrai­ment, de tuer l’en­tre­prise et l’en­tre­pre­na­riat. Il n’y au­ra plus de créa­tion d’em­ploi dans un pays où le chô­mage reste le pre­mier car­bu­rant des émeutes po­pu­laires. Il faut agir, et vite.

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