Alerte!

Le Manager - - Édito - Par Sa­har Me­chri Khar­rat

Le pays est en­core sous le choc. Le ciel nous est tom­bé sur la tête. Des pluies tor­ren­tielles se sont abat­tues sur cette ville aus­si pai­sible que stu­dieuse. Et qui in­carne, de sur­croît, cette joie de vie es­ti­vale. Des pré­ci­pi­ta­tions de force 3 ou 4, ja­mais connues ont vite fait d’inon­der la ville de Na­beul. Pro­vo­quant des pertes hu­maines, des dé­gâts ma­té­riels, des in­fra­struc­tures dé­mo­lies et des terres arables com­plé­te­ment en­dom­ma­gées. Souf­france et dé­so­la­tion. La ré­gion n’en fi­nit pas de pan­ser ses plaies. Ce drame du­re­ment res­sen­ti a ré­vé­lé une grande so­li­da­ri­té ci­toyenne et un fort sens de l’en­ga­ge­ment de la part de la so­cié­té ci­vile, des en­tre­prises pu­bliques. Preuve que face à l’ad­ver­si­té, quand on s’adresse aux Tu­ni­siens avec un dis­cours franc, sin­cère et hon­nête, ils ré­pondent à l’ap­pel. Mais, quand bien même cet élan de so­li­da­ri­té est por­teur de signe po­si­tif et d’es­poir, il ne de­vrait pas ca­cher la fra­gi­li­té et la vul­né­ra­bi­li­té de nos in­fra­struc­tures, de nos rac­cor­de­ments, la dé­faillance dans la main­te­nance des routes et du dé­la­bre­ment de nos ré­seaux d’as­sai­nis­se­ment. Notre in­fra­struc­ture et notre lo­gis­tique ur­baine ne peuvent te­nir face aux in­tem­pé­ries et aux ca­la­mi­tés na­tu­relles dues aux chan­ge­ments cli­ma­tiques, sources d’in­sta­bi­li­té. Il faut avouer que les ques­tions ur­baines s’in­vitent ra­re­ment, si­non mo­des­te­ment dans les dé­bats pu­blics. In­con­tes­ta­ble­ment, il fau­drait re­pen­ser notre po­li­tique de ré­amé­na­ge­ment du ter­ri­toire, s’in­ven­ter une pla­ni­fi­ca­tion ur­baine du­rable en co­hé­rence avec les mu­ta­tions tech­no­lo­giques et les éner­gies re­nou­ve­lables. Si l’etat cen­tral n’a pas fait montre d’une grande ef­fi­cience ces der­nières an­nées, la tâche se­rait-elle plus ai­sée dans une dé­marche dé­cen­tra­li­sée. Les pou­voirs lo­caux ou les com­munes, dé­te­nant des bud­gets épar­pillés et frap­pés d’un dé­fi­cit avé­ré de ca­pa­ci­té, sau­ront-ils éla­bo­rer une pla­ni­fi­ca­tion de la ville, gé­rer ses contraintes, mon­trer de l’ap­pé­tence à l’in­no­va­tion et his­ser leurs com­munes au sta­tut des smart ci­ties et des smart grids, ces ter­ri­toires connec­tés, in­tel­li­gents épou­sant la tran­si­tion éner­gé­tique. Bref se po­ser les vraies ques­tions, s’at­te­ler à la tâche et re­le­ver les dé­fis de l’heure, ceux aux­quels sont confron­tés les ter­ri­toires concur­rents. Au­tre­ment, dans l’état ac­tuel, ces dé­rè­gle­ments cli­ma­tiques, aux­quels il faut s’y ha­bi­tuer, et son cor­tège d’in­tem­pé­ries qui emportent tout sur leur pas­sage en­gen­dre­ront un cli­mat ré­cur­rent de deuil et d’abat­te­ment. Ils sapent le mo­ral des ci­toyens, en­dom­mage leur confiance avec l’au­to­ri­té pu­blique et af­fecte leur bien-être. Le dan­ger est réel. En té­moigne la fu­neste dé­mons­tra­tion à Na­beul. L’alerte pour dou­lou­reuse qu’elle soit, ne doit pas res­ter sans ef­fets sa­lu­taires. Si­non, on au­ra des villes où il ne fait pas bon vivre, où les l’ac­cès aux com­mo­di­tés est per­tur­bé et aléa­toire. Des villes et des ré­gions qui ne sont pas réel­le­ment at­trac­tives. De plus en plus, les jeunes ta­lents, ceux à qui l’op­por­tu­ni­té se pré­sente de l’autre cô­té de la mé­di­ter­ra­née, prennent le large. Ils partent à la re­cherche de meilleure qua­li­té de vie, de li­ber­té, de si­tua­tion fi­nan­cière plus ai­sée. Ils sont tous les ans des mil­liers qui quittent leurs postes pour la France, le Ca­na­da ou les pays du Golf. Ce qui n’était au dé­part qu’une simple ten­dance a fi­ni par être un phé­no­mène de so­cié­té au­quel les en­tre­prises, en l’oc­cur­rence celles du sec­teur des TICS sont presque désar­mées. Elles ont beau mettre en place des po­li­tiques res­sources hu­maines, dé­ployer des mé­ca­nismes de rétention de ta­lents, le phé­no­mène les dé­passe. Néan­moins, elles en su­bissent le coût et paient de leur com­pé­ti­ti­vi­té. Il est vrai que le job mar­ket mon­dial dans le do­maine des TICS est très concur­ren­tiel. Nos brains sont sous la double pres­sion des offres très al­lé­chantes avec tous les avan­tages qui vont avec et d’une si­tua­tion lo­cale dif­fi­cile qu’ils fuient. Cer­tains s’en alarment, d’autres s’en ré­jouissent. Mais l’alerte est là aus­si bien réelle. Notre in­vi­té est un cer­veau qui a pris le large de­puis très long­temps. Il a vo­lé de ses propres ailes sous les cieux les plus pro­met­teurs, mais les plus exi­geants. On lui re­con­naît des ailes mais aus­si des ra­cines bien an­crées qui lui ont ap­pris à na­vi­guer contre vents et mar­rées. Il a, il est vrai, les pieds ma­rins et sait te­nir son cap, Meh­di Houas co-fon­da­teur et pré­sident de Talan s’est taillé un nom et une place de choix dans la cour des grands. Au­jourd’hui, sa boîte em­ploie 1500 col­la­bo­ra­teurs et fait bou­ger des lignes de trans­for­ma­tion d’en­tre­prises qu’il as­siste en plus des 250 mil­lions de chiffres d’af­faires.

Bonne lec­ture !

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