CONSÉ­CRA­TION DES DATTES TU­NI­SIENNES À TO­ZEUR

Re­gor­geant de tré­sors cu­li­naires, le sud tu­ni­sien ne cesse d’at­ti­rer l’at­ten­tion. Une des ri­chesses qu’il ren­ferme, pro­duit phare de ce cô­té de la Tu­ni­sie, les dattes. Elles re­pré­sentent 16% de la va­leur des ex­por­ta­tions agri­coles avec près de 598 mil­lion

Le Manager - - Acteurs & Business Business - A. M.

T out pro­duit de qua­li­té qui ré­pond aux normes, re­flète une bonne image de la Tu­ni­sie. De ce fait, l’amé­lio­ra­tion et le dé­ve­lop­pe­ment de ces fi­lières s’im­posent», a dé­cla­ré Dou­ja Ghar­bi, 1ère Vice-pré­si­dente de la CONECT en ou­ver­ture du Fo­rum. Et d’ajou­ter que l’ob­jec­tif de cet évé­ne­ment est de ren­for­cer le ré­seau­tage et d’ob­te­nir une meilleure co­opé­ra­tion entre les ac­teurs, et une plus grande im­pli­ca­tion de la part des au­to­ri­tés concer­nées. De son cô­té, Omar Be­hi, Mi­nistre du com­merce, a sou­li­gné que la Tu­ni­sie oc­cupe les pre­mières places mon­diales dans cette branche d’ac­ti­vi­té et que : « le prix de la datte tu­ni­sienne est su­pé­rieur aux prix pra­ti­qués sur les mar­chés in­ter­na­tio­naux. Ce­ci re­lève d’un sa­voir-faire re­con­nu au ni­veau mon­dial dû à la bonne qua­li­té de notre pro­duit ». Et de pré­ci­ser que : « l’etat en tant que ré­gu­la­teur sur le mar­ché, ac­corde des sub­ven­tions consi­dé­rables aux agri­cul­teurs”. Quant aux sub­ven­tions pour le trans­port des pro­duits, le mi­nistre in­forme qu’il se­ra dou­blé, pas­sant de 40 mil­lions de di­nars à 80 mil­lions de di­nars. Certes, les ef­forts sont dé­ployés de la part de l’etat, mais plu­sieurs obs­tacles per­sistent dans la fi­lière.

Des dé­fis de taille

Avec 60 mille pro­duc­teurs, plus de 150 en­tre­prises ex­por­ta­trices vers 80 mar­chés ex­té­rieurs, la Tu­ni­sie

s’est ain­si pla­cée en 5ème po­si­tion dans le monde en termes de quan­ti­tés ex­por­tées et la pre­mière en va­leur d’ex­por­ta­tion. Les dif­fi­cul­tés dont souffre la fi­lière sont liées aux condi­tions so­ciales de la pro­duc­tion, mais aus­si au faible ac­com­pa­gne­ment tech­nique, fi­nan­cier et or­ga­ni­sa­tion­nel des pro­duc­teurs et des par­ties pre­nantes. C’est Rim Dri­di, Chef de Ser­vice du Sui­vi de la Fi­lière Dattes GIF, qui a le­vé le voile sur les pro­blèmes liés aux oa­sis ex­ploi­tables, sou­li­gnant l’aug­men­ta­tion consi­dé­rable des ex­ten­sions opé­rées. Ces der­nières ont at­teints 56.2 hec­tares en 2017, soit en­vi­ron 70% d’aug­men­ta­tion par rap­port à 2006. Elle a in­di­qué que cette aug­men­ta­tion me­nace au­jourd’hui aus­si bien la nappe phréa­tique que la du­ra­bi­li­té des oa­sis. Ajou­tant que : « Ce­ci est aus­si un mal pour un bien puisque la pro­duc­tion a gar­dé une bonne qua­li­té, une condi­tion né­ces­saire pour l’ex­por­ta­tion ». En outre, elle a in­sis­té sur la stag­na­tion du mar­ché eu­ro­péen, d’au­tant plus que c’est l’ita­lie qui ab­sorbe dé­sor­mais plus de 90% des ex­por­ta­tions tu­ni­siennes de dattes. En termes de concur­rence, l’al­gé­rie se pré­sente comme un ad­ver­saire co­riace. Il est en train de ga­gner du ter­rain avec plus de 6000 tonnes ex­por­tées vers le mar­ché eu­ro­péen, en 5 ans. Entre 1999 et 2014, soit, en 15 ans, le pays avait dou­blé sa pro­duc­tion. Entre 2009 et 2013, l’al­gé­rie a pu ex­por­ter 18 mille tonnes vers 50 mar­chés. Moyen­nant un taux de crois­sance an­nuel de 16% contre seule­ment 8% en Tu­ni­sie. D’après la res­pon­sable, la rai­son de cet en­com­bre­ment avec le concur­rent al­gé­rien re­vient aux sub­ven­tions et aides re­çues par les ex­ploi­tants pri­vés al­gé­riens. Quant au mar­ché ma­ro­cain de dattes et dé­ri­vés, tou­jours se­lon la res­pon­sable, il s’agit d’un mar­ché qui a con­nu des hausses de pro­duc­tion. A pré­sent, le pays couvre 65% à 70% de ses be­soins grâce à sa propre pro­duc­tion. S’ajoute à ce­la le pro­jet d’un mil­lion de vi­tro plants d’ici 2020. Pré­ci­sant que : « Pour le Ma­roc, l’ob­jec­tif ul­time d’ici 2020 est l’au­to­suf­fi­sance en dattes ». Néan­moins les so­lu­tions sont à notre por­tée. Re­struc­tu­rer et ren­for­cer l’or­ga­ni­sa­tion in­ter­pro­fes­sion­nelle, par­tir à la con­quête de nou­veaux mar­chés tels que l’amé­rique du nord et les pays asia­tiques, conso­li­der les mar­chés tra­di­tion­nels comme l’eu­rope et se po­si­tion­ner comme étant les pro­duc­teurs d’une offre haut de gamme sont es­sen­tiels pour la pros­pé­ri­té de la fi­lière en Tu­ni­sie ex­plique l’ex­perte. De leur cô­té, Ka­rim Zagh­dane, Res­pon­sable d’exé­cu­tion Pro­jet “IDEE GIZ”, Ab­del­ka­der Baouen­di, Ex­pert en Dé­ve­lop­pe­ment Lo­cal au sein du pro­jet GDEO, Ni­dhal Hed­fi PDG Pôle Djé­rid ain­si que He­chem Be­lai­fa, Pré­sident de Clus­ter Dattes et Pal­miers sont una­nimes quant à la né­ces­si­té d'amé­lio­rer la qua­li­té pour ga­gner du ter­rain en termes de com­pé­ti­ti­vi­té struc­tu­relle. D’un autre cô­té, les ex­perts ont in­sis­té sur la né­ces­si­té de conver­ger les ob­jec­tifs entre les agri­cul­teurs et les in­dus­triels et de col­la­bo­rer étroi­te­ment en vue d’un meilleur contrôle des pro­cé­dés de fa­bri­ca­tion et de la maî­trise des coûts. Dans ce sens, Ab­del­ka­der Baouen­di a ré­vé­lé que toute dé­gra­da­tion de la qua­li­té, due au manque de mo­der­ni­sa­tion des oa­sis nous coûte au­jourd’hui des parts de mar­ché im­por­tantes. « Tra­vailler seul n’est plus pos­sible, il faut ras­sem­bler les membres de la chaîne de va­leur », ajoute Ka­rim Zagd­hane. Sans ou­blier la fonc­tion mar­ke­ting et com­mer­ciale di­rec­te­ment liée à un meilleur ren­de­ment.

Une ques­tion de bonnes pra­tiques Dans un contexte de mon­dia­li­sa­tion, les avan­cées tech­no­lo­giques ne cessent de mo­der­ni­ser les pro­cé­dés et les pro­duits. Ain­si, se do­ter des tech­niques de pointe reste sou­vent trop coû­teux, par­ti­cu­liè­re­ment pour les pe­tits ex­ploi­tants qui ne dis­posent pas d’une grande

as­sise fi­nan­cière. As­ma Ha­mou­da, Ex­perte Tech­nique du Pro­jet In­no­va­tion chez IDEE, sou­ligne le manque à ga­gner de l’ab­sence de trans­ferts de tech­no­lo­gies et de sa­voir-faire entre les or­ga­nismes et les centres de re­cherches. Ajou­tant que : « Tra­vailler sur le rap­pro­che­ment entre les par­ties pre­nantes et le monde de la re­cherche est notre mis­sion de­puis 2015 ». Consi­dé­rée comme une des fi­lières mo­trices de l’éco­no­mie tu­ni­sienne, des in­ter­ro­ga­tions mé­ritent d’être po­sées quant à la bonne ges­tion de la pro­duc­tion et des res­sources na­tu­relles ? Zied El Bord­ji, Di­rec­teur Gé­né­ral du CTAB, ren­ché­rit: « Pour as­su­rer l’es­sor de ce sec­teur, et pour une meilleure at­trac­ti­vi­té de l’in­ves­tis­se­ment, il fau­drait contrô­ler et mieux gé­rer le pro­ces­sus de pro­duc­tion ». Se­lon l’ex­pert, une pro­duc­tion éco res­pon­sable, sans pes­ti­cides et ajouts chi­miques doit être adop­tée au plus vite en toute lé­ga­li­té et avec des ca­hiers de charges. Les dattes bios au­jourd’hui re­pré­sentent seule­ment 5% de la sur­face de pro­duc­tion. Fait ré­vé­la­teur: se­lon des études, la cul­ture bio­lo­gique est plus pro­duc­tive et rend le fruit en­core plus at­trayant pour les mar­chés ex­té­rieurs : « 50% des dattes pro­duites par la cul­ture bio­lo­gique ont été ex­por­tées contre 36% pour les dattes pro­duites en cul­ture tra­di­tion­nelle. Une de­mande sur les dattes bio a pu être consta­tée au ni­veau de l’ex­por­ta­tion » a-t-il ajou­té. La dis­tri­bu­tion équi­table des ri­chesses fait par­tie des dé­fis du sec­teur. Mettre au point des mé­ca­nismes as­su­rant une meilleure équi­té entre l’agri­cul­teur et l’in­dus­triel est l’une des so­lu­tions pro­po­sées. Pour Zied El Bord­ji, l’ob­jec­tif ul­time est de mettre ces deux ac­teurs sur un même pied d’éga­li­té et d’as­su­rer une meilleure ré­par­ti­tion de la va­leur ajou­tée. C’est dans cette fou­lée qu’un nou- veau pro­jet vi­sant à ren­for­cer, élar­gir et sou­te­nir la ges­tion de l’éco­sys­tème oa­sien au Magh­reb a été pré­sen­té. Ini­tia­tive du FAO (Food and Agri­cul­ture Or­ga­ni­za­tion), le but est de mettre en va­leur et vul­ga­ri­ser les bonnes pra­tiques as­su­rant un dé­ve­lop­pe­ment du­rable des oa­sis et oeu­vrant à la pro­tec­tion de l’eau. La re­pré­sen­tante du FAO a in­sis­té sur la sen­si­bi­li­sa­tion des ac­teurs de la fi­lière pour me­ner au mieux la mis­sion et at­teindre les ob­jec­tifs fixés. Le pro­jet concerne la Tu­ni­sie, le Ma­roc et la Mau­ri­ta­nie avec un fi­nan­ce­ment de 8 mil­lions de dol­lars.

Un coup de pouce a été lan­cé L’an­nonce fut tom­bée, pour don­ner une bouf­fée d’oxy­gène aux agri­cul­teurs. Ils pour­raient bé­né­fi­cier d’une for­ma­tion de 60 heures por­tant sur l’uti­li­sa­tion du sys­tème d’éner­gies pho­to­vol­taïques. Un coup de pouce qui per­met­trait de ré­duire les coûts et de pro­pul­ser la fi­lière. Force est de re­con­naître que des avan­cées à pe­tite échelle sont en train d’être mises en place. Un in­ven­taire a ain­si pu être dres­sé suite à un tra­vail mé­tho­do­lo­gique et scien­ti­fique. En ef­fet, grâce au pro­jet PAMPAT, la Tu­ni­sie a ré­per­to­rié au­jourd’hui 220 pro­duits de ter­roir va­li­dés par L’APIA. La mise en va­leur de ces pro­duits se­rait donc ju­di­cieuse. A ce titre, Ha­nen Abi­di Ben Ayed, sous-di­rec­trice à L’APIA, a mis l’ac­cent sur l’ef­fet d’en­trai­ne­ment du con­cours na­tio­nal des pro­duits de ter­roir et son im­pact sur la pro­mo­tion des pro­duits dat­tiers et l’amé­lio­ra­tion de l’image de la Tu­ni­sie. En ajou­tant que : « On est re­ve­nu à la dé­fi­ni­tion même du pro­duit du ter­roir se­lon les stan­dards de L’UNES­CO. Le pro­duit en ques­tion peut en dire long sur le ter­ri­toire, le long tra­jet his­to­rique ain­si que le sa­voir-faire lo­cal ». Le con­cours dont il est ques­tion au­ra lieu en juin 2019 et les ins­crip­tions de­vront se faire en 2018. La res­pon­sable a in­sis­té sur le tra­vail de qua­li­té pour pro­mou­voir l’image de marque de pro­duits ty­piques. En ajou­tant que : « Plus de 1000 pro­duits ont été exposés au cours des édi­tions an­té­rieures, la pro­mo­tion par des cam­pagnes mar­ke­ting et la qua­li­té peut ou­vrir la voie vers la com­mer­cia­li­sa­tion in­ter­na­tio­nale. Il n’en reste pas moins qu’éloi­gnés, les ex­ploi­tants du Sud n’ont gé­né­ra­le­ment ni ac­cès aux struc­tures d’ap­puis, ni au fi­nan­ce­ment né­ces­saire à l’es­sor de leurs pro­jets, en­core moins d’as­sise fi­nan­cière consé­quente. Le but re­cher­ché par les ins­ti­tu­tions était de per­mettre à l’ex­ploi­tant de s’ou­vrir sur son en­vi­ron­ne­ment et op­ti­mi­ser les condi­tions so­cio-éco­no­miques et en­vi­ron­ne­men­tales de la fi­lière. Des plans de fi­nan­ce­ment, de fa­ci­li­ta­tion des ex­por­ta­tions et de cer­ti­fi­ca­tion d’ori­gine (AOC) ont fait l’ob­jet de dé­bats. Il s’agit là, d’un pas fran­chi pour dé­ve­lop­per une fi­lière qui est à forte va­leur ajou­tée. Il est temps que cette in­dus­trie tourne à plein ré­gime pour re­pré­sen­ter un pa­tri­moine éco­no­mique, na­tu­rel, so­cial et cultu­rel.

Re­struc­tu­rer et ren­for­cer l’or­ga­ni­sa­tion in­ter­pro­fes­sion­nelle, par­tir à la con­quête de nou­veaux mar­chés tels que l’amé­rique du nord et les pays asia­tiques, conso­li­der les mar­chés tra­di­tion­nels comme l’eu­rope et se po­si­tion­ner comme étant les pro­duc­teurs d’une offre haut de gamme sont es­sen­tiels pour la pros­pé­ri­té de la fi­lière en Tu­ni­sie.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.