Pré­ju­gés fa­vo­rables sans chèque en blanc

Dé­mar­rage du gou­ver­ne­ment de Yous­sef Cha­hed

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Nou­red­dine HLAOUI

C’est donc, à par­tir d’hier lun­di 29 août 2016 que le gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale pré­si­dé par Yous­sef Cha­hed a pris ses fonc­tions après la cé­ré­mo­nie de pas­sa­tion de pou­voir avec le ca­bi­net sor­tant d’ha­bib Es­sid à Dar Dhia­fa à Car­thage Mais nom­breux se sont in­ter­ro­gés si le nou­veau gou­ver­ne­ment était, consti­tu­tion­nel­le­ment et lé­ga­le­ment, fonc­tion­nel avant cette cé­ré­mo­nie de pas­sa­tion ou non? La ques­tion s’est po­sée avec in­sis­tance, sou­le­vant même une forte po­lé­mique, à l’oc­ca­sion du dé­rou­le­ment du match comp­tant pour la fi­nale de la Coupe de Tu­ni­sie de foot­ball et de la re­mise du tro­phée.

C’est donc, à par­tir d’hier lun­di 29 août 2016 que le gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale pré­si­dé par Yous­sef Cha­hed a pris ses fonc­tions après la cé­ré­mo­nie de pas­sa­tion de pou­voir avec le ca­bi­net sor­tant d’ha­bib Es­sid à Dar Dhia­fa à Car­thage

Mais nom­breux se sont in­ter­ro­gés si le nou­veau gou­ver­ne­ment était, consti­tu­tion­nel­le­ment et lé­ga­le­ment, fonc­tion­nel avant cette cé­ré­mo­nie de pas­sa­tion ou non? La ques­tion s’est po­sée avec in­sis­tance, sou­le­vant même une forte po­lé­mique, à l’oc­ca­sion du dé­rou­le­ment du match comp­tant pour la fi­nale de la Coupe de Tu­ni­sie de foot­ball et de la re­mise du tro­phée.

Les cri­tiques et même cer­tains ju­ristes ont af­fir­mé que cette tâche de­vait re­ve­nir au gou­ver­ne­ment char­gé de la ges­tion des af­faires cou­rantes alors que d’autres voix ont ri­pos­té que du mo­ment qu’il y a la pres­ta­tion de ser­ment, c’est le nou­veau gou­ver­ne­ment qui de­vient le maître à bord, la pas­sa­tion de pou­voir étant juste une af­faire de pro­to­cole. Pour re­ve­nir à cette cé­ré­mo­nie à Dar Dhia­fa, on re­mar­que­ra que, en­core une fois, le ha­lo était de ri­gueur avec la pré­sence des pre­miers res­pon­sables des par­tis po­li­tiques et des or­ga­ni­sa­tions na­tio­nales ain­si que de tous les an­ciens chefs de gou­ver­ne­ments de­puis l’avè­ne­ment de la Ré­vo­lu­tion du 14 jan­vier 2011. Sauf, Ha­ma­di Je­ba­li, ex-se­cré­taire gé­né­ral du mou­ve­ment En­nahd­ha, que les ob­ser­va­teurs n’ar­rivent plus à clas­si­fier, idéo­lo­gi­que­ment et po­li­ti­que­ment, par­lant.

Et en at­ten­dant de voir la nou­velle équipe gou­ver­ne­men­tale à l’oeuvre, cer­tains ap­pellent à lui ac­cor­der un pré­ju­gé fa­vo­rable et de le lais­ser tra­vailler. Ces voix es­timent que Yous­sef Cha­hed a réus­si, en bonne par­tie, son pa­ri à sa­voir la com­po­si­tion d’un staff en­glo­bant des com­pé­tences, des jeunes, des femmes, des tech­no­crates et des par­ti­sans.

Ils es­timent, éga­le­ment, qu’il a réus­si son bap­tême de feu lors de sa dé­cla­ra­tion gé­né­rale en vue de l’ob­ten­tion du vote de confiance. Cette réus­site consiste, sur­tout, dans la pa­role franche, le lan­gage simple et ac­ces­sible pour tous, la briè­ve­té du dis­cours tout en di­sant la vé­ri­té, même amère, de la réa­li­té pré­sente et des pro­ba­bi­li­tés d’ave­nir.

En bref, il a réus­si au ni­veau de la com­mu­ni­ca­tion, une la­cune ma­jeure qu’on a tou­jours re­pro­chée à son pré­dé­ces­seur Ha­bib Es­sid. Sans ou­blier cette fa­meuse chute en usant d’une ex­pres­sion chère au mar­tyr Cho­kri Be­laïd : « Mo­bi­li­sons-nous, tous, pour la Tu­ni­sie… ».

Sur ce point pré­cis, les ex­perts en com­mu­ni­ca­tion as­surent que le manque de spon­ta­néi­té, puisque M. Cha­hed ne fai­sait que lire un texte, a en­le­vé une grande par­tie du ca­rac­tère pas­sion­né qui de­vait ac­com­pa­gner les­dites pa­roles. Mais tou­jours est-il qu’on s’ac­corde à re­con­naître la bonne in­ten­tion, l’ef­fort et la vo­lon­té de bien faire chez le nou­veau lo­ca­taire du Pa­lais de la Kas­bah.

Concer­nant la com­po­si­tion de cette nou­velle équipe, si elle consti­tue un point fort qui va jouer en sa fa­veur, elle en­globe, se­lon d’autres ana­lystes, des élé­ments qui peuvent re­pré­sen­ter un han­di­cap.

En ef­fet, on re­proche à cer­tains de ses membres leur pas­sé « pas très net ». On a re­le­vé, bien en­ten­du, le pas­sé Rc­diste de la mi­nistre de la Femme et de la Fa­mille, Ne­zi­ha Laâ­bi­di, an­cienne membre du Co­mi­té cen­tral du par­ti au pou­voir sous le ré­gime de Ben Ali.

Il faut dire que, dé­sor­mais, quelques fi­gures conti­nuent en­core à faire de pa­reils re­proches dont no­tam­ment Sa­mia Ab­bou, Ya­cine Aya­ri et l’in­évi­table Ah­med Rah­mou­ni.

Mais les cri­tiques les plus vi­ru­lentes ont por­té sur la pré­sence d’ab­del­je­lil Ben Sa­lem en qua­li­té de mi­nistre des Af­faires re­li­gieuses. En­re­gis­tre­ment vi­déos à l’ap­pui, on s’est éver­tué à dé­mon­trer les théo­ries ré­tro­grades de ce nou­veau mi­nistre qui croit, dur comme fer, que l’is­lam po­li­tique est la seule al­ter­na­tive dans le monde arabe et que, de­puis l’in­dé­pen­dance, l’etat a com­plo­té contre l’is­lam. D’ailleurs, des bruits courent quant à l’exis­tence d’une pé­ti­tion pour ap­pe­ler à sa mise à l’écart. Dé­jà ! Concer­nant le conte­nu du dis­cours de Yous­sef Cha­hed, il a, au­tant, sus­ci­té des es­poirs de par ses en­ga­ge­ments fermes et ses pro­messes po­si­tives, que de craintes et autres in­quié­tudes de par ses vé­ri­tés alar­mistes por­tant, no­tam­ment, sur la pro­bable aus­té­ri­té dès 2017 si les in­di­ca­teurs ne s’amé­liorent pas.

Les ex­perts éco­no­miques ; plus par­ti­cu­liè­re­ment chez les mi­lieux syn­di­ca­listes et les par­tis de gauches craignent, ef­fec­ti­ve­ment, la pri­va­ti­sa­tion – donc la vente – de cer­taines so­cié­tés na­tio­nales et cette hy­po­thèse de li­cen­cie­ment d’un grand nombre d’em­ployés chez les en­tre­prises na­tio­nales et les ad­mi­nis­tra­tions pu­bliques.

Par­mi les autres voix cri­tiques, on ci­te­ra celles qui lui re­prochent d’avoir par­lé de la né­ces­si­té de la lutte contre la cor­rup­tion en tant que prio­ri­té sans « pi­per » un mot sur ba­rons et autres ins­ti­ga­teurs de cette cor­rup­tion.

L’autre prio­ri­té concer­nant la lutte contre le terrorisme s’im­pose plus que ja­mais sur­tout avec l’at­ten­tat sous forme d’ex­plo­sion d’une mine, hier ma­tin, à Kas­se­rine fai­sant trois mar­tyrs par­mi nos vaillants sol­dats.

Cet acte ter­ro­riste, sur­ve­nant au mo­ment même ou presque de la pas­sa­tion de pou­voir entre les deux gou­ver­ne­ments, vient rap­pe­ler à tous, que le fléau de l’ex­tré­misme est tou­jours et en­core là et qu’il faut ob­ser­ver la plus grande vi­gi­lance et faire preuve de la plus grande ef­fi­ca­ci­té pour y faire face.

L’autre fait re­mar­quable est cette dé­cla­ra­tion de Ra­ched Ghan­nou­chi à Gaf­sa où il a pro­mis de voir si on peut ré­ser­ver5% des re­cettes de la Com­pa­gnie Phos­phate Gaf­sa au dé­ve­lop­pe­ment de la ré­gion. Des ob­ser­va­teurs es­timent que ces pro­pos sont dé­pla­cés, no­tam­ment après le dis­cours de M. Cha­hed dans la me­sure où ce­la va contri­buer à la créa­tion de mou­ve­ments so­ciaux aux consé­quences im­pré­vi­sibles sons ou­blier la gé­né­ra­li­sa­tion d’une pa­reille re­ven­di­ca­tion à d’autres ré­gions du pays.

D’où les points d’in­ter­ro­ga­tion sou­le­vés quant aux vé­ri­tables in­ten­tions du Cheikh qui a ha­bi­tué la classe po­li­tique à ce qu’il pèse bien ses mots et à ce qu’il cal­cule bien la por­tée de ses pa­roles et ses gestes. Car on ima­gine mal la fa­cul­té de ré­sis­tance du gou­ver­ne­ment de M. Cha­hed si une étin­celle ve­nait à jaillir de Gaf­sa ou du Bas­sin mi­nier en gé­né­ral. D’où les ap­pels au chef d’en­nahd­ha pour qu’il tem­père ses dires ! Tous ces dé­ve­lop­pe­ments sur­ve­nus à une vi­tesse ver­ti­gi­neuse dans un laps de temps re­la­ti­ve­ment court font dire aux ana­lystes que Yous­sef Cha­hed est en train d’en­ta­mer son man­dat tam­bour bat­tant, ce qui n’est pas si mau­vais en soi, mais tou­jours est-il qu’il est ap­pe­lé à en­chaî­ner et conti­nuer sur la même lan­cée afin de confir­mer le bien que l’on com­mence à pen­ser de lui ? Mais tout en comp­tant sur les pré­ju­gés fa­vo­rables qu’il a sus­ci­tés et la sur­prise agréable qu’il a pu faire ré­pandre, il doit à se mettre à l’es­prit qu’il ne dis­pose pas, non plus, d’un chèque en blanc sur­tout que les dé­trac­teurs se­ront bien là à l’at­tendre au tour­nant au moindre faux pas, d’où la né­ces­si­té pour lui de faire preuve de vi­gi­lance et de sa­gesse…

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