De l'etat li­bé­ral-so­cial à l'etat «syn­di­cal»

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Par Kha­led GUEZMIR

De l'etat « li­bé­ral-so­cial » consa­cré de­puis l'in­dé­pen­dance avec une toute pe­tite pause so­cia­lo-col­lec­ti­viste de l'an­cien mi­nistre M. Ah­med Ben Sa­lah entre 1964 et 1969, la Tu­ni­sie post-ré­vo­lu­tion­naire s'ins­talle de plain pied dans l'etat « syn­di­cal » avec une pres­sion constante de la cen­trale his­to­rique du lea­der na­tio­nal Fa­rhat Ha­ched, L'UGTT, sur les pou­voirs pu­blics et tous les gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé à la Kas­bah de­puis jan­vier 2011 ! Rap­pe­lons, tout d'abord, que la doc­trine Ha­ched a pla­cé L'UGTT comme dé­fen­seur du peuple en­tier, dans son en­semble et non pas du peuple « ou­vrier » con­for­mé­ment à son fa­meux tes­ta­ment po­li­tique : « Ou­he­bou­ka ya chaâb » (Oh peuple, je vous aime), alors qu'il au­rait pu s'ar­rê­ter à « classe ou­vrière, je vous aime » !

De l’etat « li­bé­ral-so­cial » consa­cré de­puis l’in­dé­pen­dance avec une toute pe­tite pause so­cia­lo-col­lec­ti­viste de l’an­cien mi­nistre M.ah­med Ben Sa­lah entre 1964 et 1969, la Tu­ni­sie post-ré­vo­lu­tion­naire s’ins­talle de plain pied dans l’etat « syn­di­cal » avec une pres­sion constante de la cen­trale his­to­rique du lea­der na­tio­nal Fa­rhat Ha­ched, L’UGTT, sur les pou­voirs pu­blics et tous les gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé à la Kas­bah de­puis jan­vier 2011 !

Rap­pe­lons, tout d’abord, que la doc­trine Ha­ched a pla­cé L’UGTT comme dé­fen­seur du peuple en­tier, dans son en­semble et non pas du peuple « ou­vrier » con­for­mé­ment à son fa­meux tes­ta­ment po­li­tique : « Ou­he­bou­ka ya chaâb » (Oh peuple, je vous aime), alors qu’il au­rait pu s’ar­rê­ter à « classe ou­vrière, je vous aime » ! Par consé­quent, L’UGTT de Ha­ched a joué un rôle es­sen­tiel dans la lutte pour la li­bé­ra­tion na­tio­nale mais aus­si dans la co­hé­sion du peuple tu­ni­sien. Pour preuve, le syn­di­cat pa­tro­nal de L’UTICA, a eu le sou­tien à sa naissance du mar­tyr na­tio­nal Fa­rhat Ha­ched, et puis, les gou­ver­ne­ments Bour­gui­ba, à l’aube de l’in­dé­pen­dance, étaient truf­fés de syn­di­ca­listes de grosses poin­tures avec feu Ah­med Tli­li, Mah­moud Mes­saâ­di, Hé­di Noui­ra, Ab­dal­lah Fa­rhat, Ah­med Ben Sa­lah, Mus­ta­pha Fi­la­li et bien d’autres. Cette op­tion par­ti­ci­pa­tive à la vie po­li­tique na­tio­nale et aux dé­ci­sions éco­no­miques qui touchent le do­maine so­cial a été consa­crée tout au long de l’ère bour­gui­bienne avec d’autres mi­nistres comme Fa­rhat Da­chraoui, Mo­ha­med Kraïem et d’autres ac­teurs proches de L’UGTT et clas­sés « syn­di­ca­listes » cer­ti­fiés ISO !

Ce­ci a per­mis, mal­gré des crises graves par mo­ments, comme celles de jan­vier 1978 ou d’avril 1983, de ca­na­li­ser les re­ven­di­ca­tions so­ciales, les main­te­nir dans des li­mites rai­son­nables et sous contrôle glo­bal de l’ap­pa­reil d’etat.

L’âge d’or de cette ap­proche réus­sie de l’etat li­bé­ral-so­cial a été celle du fa­meux « contrat so­cial », opé­ré sous la hou­lette du tan­dem, Noui­ra-achour, mais qui s’est ter­mi­né en queue de pois­son en jan­vier 1978, avec des dé­ra­pages en sé­rie des deux cô­tés syn­di­cal et gou­ver­ne­men­tal. Puis ce bras de fer entre le PSD et L’UGTT qui s’est ter­mi­né par une crise ma­jeure dans les deux sens avec le lea­der syn­di­cal Ha­bib Achour et ses lieu­te­nants ar­rê­tés et in­ter­nés au fort Borj Er­rou­mi, à Bi­zerte, puis la ma­la­die de Noui­ra, rem­pla­cé par feu Mo­ha­med Mza­li en 1980.

De­puis tout le monde a souf­flé le chaud et le froid. Avec Ben Ali, comme la po­li­tique était mise au ves­tiaire, L’UGTT a joué pro­fil bas et a pré­fé­ré at­tendre son heure… pour se re­mettre sur or­bite as­cen­dante avec les pré­misses de la Ré­vo­lu­tion. La crise du bas­sin mi­nier puis les fa­meuses marches de Sfax et de l’ave­nue Bour­gui­ba ont por­té le coup de grâce au ré­gime de Ben Ali le 14 jan­vier 2011.

L’UGTT, forte de cette as­cen­dance et bien que ses lea­ders conti­nuent à ju­rer qu’ils ne veulent pas d’un « par­ti syn­di­cal » po­li­tique à l’image des par­tis tra­vaillistes et so­cia­listes d’eu­rope, a en­fon­cé clou après clou dans le corps po­li­tique éco­no­mique et so­cial tu­ni­sien pour de­ve­nir le vé­ri­table maître de dé­ci­sion de la via­bi­li­té des gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs de­puis 2011.

L’agi­ta­tion so­ciale in­in­ter­rom­pue avec des mil­liers de grèves, de sit-in, et d’ar­rêts de tra­vail a tou­ché tous les do­maines et a son­né le « scalp » des dif­fé­rentes têtes du gou­ver­ne­ment, à ce jour, au nombre de « 7 » ! Toutes les ac­ti­vi­tés éco­no­miques qui condi­tionnent la crois­sance ont été grip­pées par la mo­bi­li­sa­tion so­ciale ex­ces­sive, l’ar­ro­gance des dis­cours des jeunes gé­né­ra­tions syn­di­cales et les me­naces constantes de blo­quer la ma­chine de pro­duc­tion. Des sec­teurs en­tiers sont à l’ago­nie… du phos­phate, au tou­risme, à l’in­ves­tis­se­ment qui ont dé­ser­té le pays de­puis bien­tôt cinq ans vers des contrées plus pai­sibles et plus la­bo­rieuses.

« L’etat syn­di­cal » est à l’apo­gée de son oeuvre et de ce qu’il consi­dère être sa re­vanche et de ce qu’il consi­dère être sa re­vanche et sa gloire avec la mise à ge­noux de l’etat « li­bé­ral-so­cial », des Bour­gui­ba, des Noui­ra et autres Mansour Moâl­la ou Is­maïl Khe­lil.

Le pays suf­foque et se trouve blo­qué par la tu­telle des syn­di­cats sur les dé­ci­sions éco­no­miques et le mo­dèle tu­ni­sien lui-même.

Or, la Tu­ni­sie se trouve, au­jourd’hui, sous la pres­sion d’une double tu­telle de fait : Le « re­li­gieux » et le « syn­di­cal ». En­nahd­ha et son mo­dèle li­bé­ral qui frise le ca­pi­ta­lisme in­té­gral, en confor­mi­té avec ce fa­meux concept de « l’anar­chie créa­trice » cher au Cheikh Ra­ched Ghan­nou­chi, d’un cô­té, et L’UGTT avec une éta­ti­sa­tion étouf­fante de l’éco­no­mie proche du mo­dèle « Ben Sa­lah » des an­nées 60, avec un plus d’etat dans tous les do­maines et la dé­ca­pi­ta­tion de l’éco­no­mie li­bé­rale telle que vé­hi­cu­lée par L’UTICA et les nou­velles grandes for­tunes tu­ni­siennes. Ce n’est pas par ha­sard si L’UGTT et M. Has­sine Abas­si montent au cré­neau pour exi­ger une plus grande pres­sion fis­cale sur les en­tre­prises et plus de re­cru­te­ments dans al fonc­tion pu­blique ! Alors, que les en­tre­prises tiennent à peine de­bout, et sur­vivent dans la dou­leur, et que la masse sa­la­riale dans la fonc­tion pu­blique est pas­sée de 5000 mil­liards à 13000 mil­liards en cinq ans de pres­sion syn­di­cale et so­ciale, L’UGTT per­siste et signe.

Par­tant de tout ce­la, les ho­ri­zons tu­ni­siens sont plus que nuageux alors que le pays at­tend les nuages bé­né­fiques por­teurs de pluie.

L’etat peut-il te­nir le cap en ré­pon­dant po­si­ti­ve­ment, et sous la contrainte de la me­nace et de la mo­bi­li­sa­tion in­ten­sive et per­ma­nentes de L’UGTT, aux exi­gences ir­réa­listes des bases syn­di­cales ! Je ne le pense pas et le fait de main­te­nir des sec­teurs pu­blics dé­jà si­nis­trés par tant de re­cru­te­ments non jus­ti­fiées et non-pro­duc­tifs as­som­mant par le bud­get de l’etat, mè­ne­ra tôt ou tard, le pays à la Ban­que­route. La thé­ra­pie « mi­ra­cu­leuse » de M. Abas­si qui consiste à pous­ser la pres­sion fis­cale à son pa­roxysme, risque l’ef­fet contraire, en ac­cé­lé­rant l’éva­sion fis­cale, la fuite des ca­pi­taux et l’émi­gra­tion en masse des hommes d’af­faires. Faut-il rap­pe­ler le conseil im­muable de Ni­co­las Ma­chia­vel au Prince de Mé­di­cis : « Sire, quand vous pre­nez le pou­voir et le contrôle d’un pays… ne tou­chez pas à sa fis­ca­li­té ».

Le Flo­ren­tin en avance sur son siècle et peut être sur le nôtre au com­pris, que la mau­vaise fis­ca­li­té… chasse la bonne et qu’à force de traire les vaches maigres, on fi­ni­ra par les tuer !

L’UGTT peut-elle le com­prendre et rec­ti­fier un tant soit peu le tir ! Avec l’an­nonce du Congrès de jan­vier pro­chain… Je ne le pense pas ! La ma­chine syn­di­cale est em­bal­lée… et rêve de l’état « syn­di­cal » triom­phant.

Mais les Tu­ni­siens au­ront d’autres choix, l’is­la­misme po­li­tique, à nou­veau « li­bé­ral et so­cial »… la mort dans l’âme… mais ils le fe­ront ! Je tiens mon pa­ri ! Et si ça conti­nue, En­nahd­ha triom­phe­ra en 2019-2020, sur­tout si elle met en sour­dine la ques­tion iden­ti­taire et re­li­gieuse. Qui vi­vra… ver­ra !

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