La dou­lou­reuse…

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Sa­mia HARRAR

Kas­se­rine paye les pots cas­sés; ce n'est pas la pre­mière fois. C'est un cu­mul, une ac­cu­mu­la­tion, un trop­plein qui dé­borde, le ras-le bol… Une ré­gion lais­sée en déshé­rence, ce­la ac­cuse le coup.

Kas­se­rine paye les pots cas­sés; ce n’est pas la pre­mière fois. C’est un cu­mul, une ac­cu­mu­la­tion, un trop-plein qui dé­borde, le ras-le bol… Une ré­gion lais­sée en déshé­rence, ce­la ac­cuse le coup. Des an­nées du­rant, des dé­cades…, une éter­ni­té de frus­tra­tions, d’at­tentes au bord de la route, lar­guée, lais­sée-pour compte, comme en­chaî­née à une fa­ta­li­té l’ayant condam­née sans ré­mis­sion, jus­qu’à l’im­plo­sion. Une géo­gra­phie du manque, et des ren­dez­vous ra­tés avec l’his­toire, tout comme des pro­messes avor­tées, sur des ca­len­driers re­mi­sés aux ca­lendes grecques, il est in­dé­niable que ce­la marque au fer rouge. Et que la ci­ca­trice, même re­fer­mée, à force de fric­tions, fi­nit par sup­pu­rer en ris­quant la gan­grène. Sa­chant que Kas­se­rine, à l’image de toutes ces ré­gions du pays, tris­te­ment dé­nom­mées « zones d’ombre », est une proie fa­cile; trop fa­cile, pour les ra­paces et les loups, parce que trop fra­gile, et tel­le­ment mal lo­tie, qu’il semble hy­po­crite au­jourd’hui, ou­tran­ciè­re­ment hy­po­crite, de se pré­tendre éton­nés par l’éten­due du dé­sastre. Car il n’y a pas de ha­sard. Main­te­nant, il va fal­loir, d’abord, en­di­guer le dé­sastre, avant de pro­cé­der à un tra­vail de « ra­vau­dage », le­quel doit être fait en points d’alen­çon, pour évi­ter d’avoir à re­con­duire, la fa­ta­li­té, la te­nant par la main, comme pour mieux l’ac­com­pa­gner et l’en­cou­ra­ger à sé­vir, en lieu et place de lui tordre le cou, une bonne fois pour toutes, en lui fer­mant, cette fois-ci, dé­fi­ni­ti­ve­ment, toutes les is­sues. La pau­vre­té, la pré­ca­ri­té, l’ab­sence d’in­fra­struc­tures sol­vables, et de prises de dé­ci­sion cou­ra­geuses et af­fir­mées, à même de chan­ger la donne dans la ré­gion, et sur­tout de sui­vi, et de co­or­di­na­tion avec le pou­voir cen­tral, pour contrô­ler tout ce qu’il ya à faire, tout ce qu’il ya à en­tre­prendre, et tout ce qu’il ya à chan­ger, de fond en comble s’il le faut, pour re­mettre les pen­dules à l’heure juste, ont fait qu’on en ar­rive au­jourd’hui, presque pieds et mains liés, à ce point de non­re­tour où il faut vaincre ou mou­rir, sa­chant que mou­rir n’est pas une so­lu­tion en­vi­sa­geable , et qu’il fau­dra donc vaincre. Parce que si Kas­se­rine tombe, c’est tout le pays qui ira à la traîne. A Dieu ne plaise…

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.