«Il vaut mieux pré­ve­nir que gué­rir»

Le Temps (Tunisia) - - Proximite -

Xy­lel­la Fas­ti­du­za, un non de bac­té­rie tueuse de l’oli­vier à re­te­nir et ab­so­lu­ment à re­dou­ter. Car, si elle jette son dé­vo­lu sur les oli­viers, ils en meurent mas­si­ve­ment. «Nous ne vou­lons pas que ça ar­rive! L’oli­vier est un ca­pi­tal pré­cieux et arbre em­blème qui re­vêt une forte im­por­tance éco­no­mique en Tu­ni­sie et dans cer­tains pays de l’afrique du Nord et du Proche Orient», ont dé­cla­ré, à TAP, des ex­perts de cette ré­gion, réunis, à Tu­nis, à l’oc­ca­sion d’un ate­lier d’une se­maine (29 août-2 sep­tembre 2016), or­ga­ni­sé par la FAO avec l’ap­pui du mi­nis­tère de l’agriculture, des Res­sources hy­drau­liques et de la Pêche.

Il faut em­pê­cher l’in­tro­duc­tion de cette bac­té­rie et sur­tout sur­veiller et contrô­ler le com­merce des plants et aus­si des plantes d’or­ne­ment, en plus du res­pect, à tous les ni­veaux, des me­sures et exi­gences de san­té vé­gé­tale, ont-t-ils re­com­man­dé, lors de ce conclave ré­gio­nal. La Xy­lel­la Fas­ti­duo­sa est une bac­té­rie trans­mise et vé­hi­cu­lée par des in­sectes vec­teurs qui s’at­taquent à un très large spectre de vé­gé­taux hôtes: vignes, oli­viers, pru­niers, aman­diers, pê­chers, abri­co­tier, ca­féiers, chêne, lu­zerne, lau­rier-rose, etc. Ses symp­tômes sont le flé­tris­se­ment, les brû­lures des feuilles et dans les stades les plus avan­cés, le des­sè­che­ment des ra­meaux (no­tam­ment la houp­pette des arbres), sui­vis de la mort de la plante dans les cas les plus graves (lau­rier-rose, oli­viers, aman­diers, chêne...). L’éco­lo­gie de cette bac­té­rie est as­sez com­plexe, il faut prendre toutes les me­sures de pré­ven­tion né­ces­saires pour évi­ter son in­tro­duc­tion et sa pro­pa­ga­tion. L’élu­ci­der, après son at­taque, est très dif­fi­cile. Ain­si, les oléi­cul­teurs tu­ni­siens et ceux de plu­sieurs pays pro­duc­teurs d’huile d’olive doivent tout connaître sur cette bes­tiole, qui a fait ra­vage en Ita­lie, où des oli­ve­raies ont été com­plè­te­ment dé­vas­tées et des di­zaines de mil­liers d’oli­viers per­dus et qui conti­nue à faire ap­pa­ri­tion dans d’autres pays du monde. Une mo­bi­li­sa­tion ré­gio­nale et un cap sur la com­mu­ni­ca­tion pour sen­si­bi­li­ser aux risques de cette bac­té­rie sont à en­ga­ger, ont pré­co­ni­sé les ex­perts par­ti­ci­pant à l’ate­lier de Tu­nis. Ils ont dé­ci­dé, à cet ef­fet, de ren­for­cer leur co­opé­ra­tion pour pré­ve­nir contre l’in­tro­duc­tion et la dis­sé­mi­na­tion de cette bac­té­rie, dont cer­taines souches sont aus­si res­pon­sables de ma­la­dies mor­telles chez d’autres es­pèces de plantes culti­vées d’in­té­rêt com­mer­cial, no­tam­ment la vigne et les agrumes.

Trois ac­tions dans l’im­mé­diat: un ré­seau, une for­ma­tion et un plan d’ac­tion

D’après Nou­red­dine Nasr, char­gé de la pro­duc­tion et la pro­tec­tion des vé­gé­taux au Bu­reau sous-ré­gio­nal de la FAO pour l’afrique du Nord, l’ate­lier de Tu­nis a dé­bou­ché sur trois ac­tions concrètes.

Il s’agit de la créa­tion d’un ré­seau ré­gio­nal: Le ré­seau des équipes du pro­jet de ren­for­ce­ment des ca­pa­ci­tés pour em­pê­cher l’in­tro­duc­tion et la dis­sé­mi­na­tion de

Un plan d’ac­tion pour la lutte et la sen­si­bi­li­sa­tion à cette bac­té­rie se­ra, se­lon Nasr, en­ta­mé dans les plus brefs dé­lais dans les pays concer­nés (Tu­ni­sie, Al­gé­rie, Ma­roc, Pa­les­tine, Li­ban, Egypte), sa­chant qu’une pre­mière for­ma­tion a été as­su­rée par des ex­perts de l’ins­ti­tut agro­no­mique mé­di­ter­ra­néen de BA­RI (Ita­lie) au pro­fit des équipes du pro­jet sur l’ac­ti­vi­té de dé­tec­tion de la bac­té­rie. En Tu­ni­sie, Nou­red­dine Nasr a af­fir­mé qu’il est pré­vu d’en­ta­mer les ac­ti­vi­tés du pro­jet «le plus vite pos­sible, avant même la fin de cette an­née». «La bac­té­rie n’a ja­mais été dé­tec­tée en Tu­ni­sie et nous vou­lons prendre toutes les me­sures né­ces­saires et sen­si­bi­li­ser tous les agri­cul­teurs pour pro­té­ger nos oli­ve­raies dans tout le ter­ri­toire tu­ni­sien», a-t-il in­sis­té.

Les ex­perts des pays ci­blés par le pro­jet ont as­sis­té à une pre­mière for­ma­tion en ac­ti­vi­té de dé­tec­tion dans une oli­ve­raie en Tu­ni­sie. Il s’agit d’une dé­mons­tra­tion: Com­ment pré­le­ver des échan­tillons des oli­viers et des in­sectes aux alen­tours des arbres pour pro­cé­der en­suite, au la­bo­ra­toire, à des tests vi­sant à dé­ter­mi­ner l’exis­tence ou non de la bac­té­rie? Ce sont des me­sures de pré­cau­tion qui per­met­traient d’iden­ti­fier les éven­tuels arbres conta­mi­nés et d’in­ter­ve­nir ra­pi­de­ment pour em­pê­cher une éven­tuelle conta­mi­na­tion à plus large échelle, a ex­pli­qué l’ex­pert Thaer Yas­sen de L’IAM BA­RI.

Com­ment se trans­met la XF ?

A tra­vers la mul­ti­pli­ca­tion, l’ex­por­ta­tion et la plan­ta­tion de plants conta­mi­nés qui sont un risque im­por­tant de dis­sé­mi­na­tion. Tout in­secte pi­queur-su­ceur se nour­ris­sant de sève brute (xy­lème) est à consi­dé­rer comme po­ten­tiel­le­ment vec­teur de cette bac­té­rie. Plus de 350 es­pèces hôtes de Xy­lel­la Fas­ti­dio­sa ont été re­cen­sées dans le monde comme étant sus­cep­tibles d’être conta­mi­nées par une ou plu­sieurs sou­ses­pèces de cette bac­té­rie. Elle peut at­ta­quer les plantes sau­vages comme celles culti­vées. «Nos oli­ve­raies sont in­demnes, Dieu mer­ci, mais il vaut mieux pré­ve­nir que gué­rir» a dé­cla­ré à l’agence TAP Dr, Ali Amine Ka­fou, spé­cia­liste de la san­té vé­gé­tale in­vi­té à l’ate­lier de Tu­nis. Il ne faut pas at­tendre que la bac­té­rie s’in­tro­duise, d’une ma­nière ou d’une autre, dans nos oli­ve­raies, il faut prendre les me­sures né­ces­saires de pré­ven­tion pour pro­té­ger ce ca­pi­tal pré­cieux pour plu­sieurs pays de la ré­gion: l’oli­vier. En Li­bye, son pays d’ori­gine, qui compte, d’après lui, 12 mil­lions de pieds d’oli­viers, les spé­cia­listes ont en­ta­mé, mal­gré la conjonc­ture dif­fi­cile, des ac­tions de sen­si­bi­li­sa­tion et as­su­ré 12 confé­rences dans des zones oléi­coles. An­na Ma­ria D’on­ghia, de L’IAM BA­RI a in­sis­té sur la né­ces­si­té de bien en­tre­te­nir, en plus des oli­ve­raies, les alen­tours des pé­pi­nières qui pro­duisent des mil­lions de pieds d’oli­viers des­ti­nés à la vente et à l’ex­por­ta­tion et les pro­té­ger contre une pos­sible in­tro­duc­tion de cette bac­té­rie. En Tu­ni­sie, où l’oléi­cul­ture oc­cupe une po­si­tion par­ti­cu­lière dans l’agriculture et dans l’éco­no­mie, il faut tout faire pour em­pê­cher l’en­trée de cette bac­té­rie re­dou­table sur le ter­ri­toire, s’ac­cordent à dire les ex­perts de san­té vé­gé­tale tu­ni­siens. La fo­rêt oléi­cole compte ac­tuel­le­ment près de 70 mil­lions de pieds d’oli­viers cou­vrant 1,7 mil­lion d’hec­tares dont 1.5 mil­lion d’hec­tares ré­par­tis entre 1.4 mil­lion d’ha d’oli­viers à huile et 19 mille ha d’oli­viers de table, re­pré­sen­tant près de 79% de la su­per­fi­cie ar­bo­ri­cole to­tale et 34% des terres la­bou­rables, d’après des don­nées de l’ins­ti­tut de l’oli­vier. Adap­té aux condi­tions cli­ma­tiques de la Tu­ni­sie, l’oli­vier à huile s’étend sur tout le ter­ri­toire na­tio­nal du Nord au Sud et sa culture contri­bue à la créa­tion d’em­plois. Entre 20 et 40 mil­lions de jour­nées de tra­vail par an sont four­nies par le sec­teur oléi­cole. Le pays dis­pose d’un pa­tri­moine gé­né­tique oléi­cole riche et l’oli­ve­raie tu­ni­sienne jouit d’une ri­chesse re­mar­quable avec en­vi­ron 140 va­rié­tés et éco­types lo­caux, dont, no­tam­ment les va­rié­tés Oues­la­ti, Zal­ma­ti, Zar­ra­zi, Chem­la­li, Jer­boui, Fa­kha­ri, Tof­fe­hi, Chem­lé­li Zar­zis, Chem­lé­li Jer­ba, Toun­si, Mar­sa­line, Saya­li et Jem­ri.

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