Les jus­ti­fi­ca­tions d'er­do­gan

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

In­cur­sion mi­li­taire turque en Sy­rie

Le pré­sident turc Re­cep Tayyip Er­do­gan a dé­cla­ré que l'in­cur­sion mi­li­taire me­née dans le nord de la Sy­rie avait dé­jà per­mis de li­bé­rer 400 km² de toute pré­sence de com­bat­tants de l'etat is­la­mique (EI) ou de la mi­lice kurde sy­rienne des Uni­tés de pro­tec­tion po­pu­laire (YPG). "Nul ne peut at­tendre de nous que nous au­to­ri­sions un 'cor­ri­dor du ter­ro­risme' sur notre fron­tière sud", a-t-il dit en ré­plique aux cri­tiques des Etatsu­nis, qui ont dé­plo­ré que les forces turques aient at­ta­qué des com­bat­tants des YPG, mi­lice qui a le sou­tien de Wa­shing­ton. Er­do­gan, qui s'ex­pri­mait de­vant la presse, a dé­cla­ré que l'opé­ra­tion était pour l'ins­tant un suc­cès. Hier, des frappes aé­riennes turques ont dé­truit trois im­meubles de L'EI à Arab Ez­za et al Ghun­du­ra, dans le nord de la Sy­rie, à l'ouest de la ville de Dja­ra­blous, re­prise la se­maine der­nière, a an­non­cé l'ar­mée turque. An­ka­ra a dé­clen­ché le 24 août l'opé­ra­tion "Bou­clier de l'eu­phrate", une of­fen­sive mi­li­taire dans le nord de la Sy­rie qui vise un double ob­jec­tif: chas­ser le groupe Etat is­la­mique des ré­gions fron­ta­lières et em­pê­cher les mi­li­ciens kurdes sy­riens de pro­gres­ser à l'ouest de l'eu­phrate. En quelques heures, des groupes de com­bat­tants arabes et turk­mènes, re­grou­pés sous la ban­nière de l'ar­mée sy­rienne libre (ASL) et ap­puyés par des blin­dés, des avions et des élé­ments des forces spé­ciales de l'ar­mée turque, ont re­pous­sé L'EI de Dja­ra­blous, que les dji­ha­distes te­naient de­puis trois ans. Mais prendre cette ville du Nord sy­rien si­tuée à la fron­tière avec la Tur­quie était peut-être l'as­pect le plus fa­cile de l'opé­ra­tion et, une se­maine après son dé­clen­che­ment, leur ca­pa­ci­té à te­nir ces ter­ri­toires dé­pen­dra sans doute de la vo­lon­té d'an­ka­ra de main­te­nir ses forces en ter­ri­toire sy­rien. De même, il pour­rait être plus com­pli­qué pour ces re­belles sou­te­nus par la Tur­quie, et dont le nombre n'est es­ti­mé qu'à 1.500 com­bat­tants, de pous­ser leur avan­tage vers l'ouest et de sé­cu­ri­ser les 90 km de fron­tière en­core contrô­lés par L'EI. Car ils sont non seule­ment op­po­sés aux dji­ha­distes fi­dèles à l'or­ga­ni­sa­tion d'abou Ba­kr al Bagh­da­di mais aus­si aux mi­li­ciens kurdes des YPG qui am­bi­tionnent de re­lier les can­tons dé­jà sous leur contrôle, dans le nord-est de la Sy­rie, et le sec­teur d'afrin, que les Kurdes sy­riens contrôlent éga­le­ment, plus à l'ouest, près d'alep.

Les au­to­ri­tés turques n'ont pas dé­voi­lé grand chose de la stra­té­gie qui sous-tend leur pre­mière in­cur­sion ma­jeure en Sy­rie, si­non, ain­si que l'a re­dit Er­do­gan jeu­di soir, d'em­pê­cher que des groupes hos­tiles à An­ka­ra s'im­plantent à leur fron­tière. Le mi­nistre al­le­mand des Af­faires étran­gères, Frank Wal­ter Stein­meier a ap­pe­lé ven­dre­di la Tur­quie à ne pas s'at­tar­der top long­temps en Sy­rie lors d'une réunion avec ses ho­mo­logues des 27 autres Etats de L'UE à Bra­ti­sla­va, qui doivent ren­con­trer sa­me­di le mi­nistre turc aux Af­faires eu­ro­péennes, Omer Ce­lik. "Nous avons tous in­té­rêt à évi­ter des confron­ta­tions mi­li­taires à long terme sur le sol sy­rien", a-t-il dé­cla­ré. An­cien com­man­dant au sein de l'ar­mée turque au­jourd'hui ana­lyste pour le jour­nal Al Mo­ni­tor, Me­tin Gur­can juge que l'ob­jec­tif turc est de trans­for­mer l'ar­mée sy­rienne libre en une force or­ga­ni­sée et co­hé­rente et d'en faire un contre-poids aux YPG, que Wa­shing­ton consi­dère de son cô­té comme une des forces les plus ef­fi­caces contre L'EI.

A cette aune, le contrôle d'al Bab pour­rait être cru­cial.

C'est dans cette ville si­tuée à mi-che­min entre Man­bij re­prise aux dji­ha­distes par les Forces dé­mo­cra­tiques sy­riennes (FDS), une coa­li­tion in­cluant les YPG - et Alep qu'abou Mo­ham­med al Ad­na­ni, porte-pa­role de L'EI et membre par­mi les plus in­fluents de sa di­rec­tion, a sans doute été tué cette se­maine.

Al Bab est pour l'ins­tant te­nue par les dji­ha­distes de L'EI. Elle oc­cupe le flanc sud de la zone tam­pon que la Tur­quie sou­haite créer dans le nord de la Sy­rie pour pro­té­ger sa fron­tière. Elle se trouve aus­si sur l'axe d'une uni­fi­ca­tion des sec­teurs sous contrôle kurde. "Nous sommes en pré­sence de deux forces for­te­ment mo­ti­vées et pres­sées de cap­tu­rer Al Bab. Au fi­nal, ce­la sert les in­té­rêts stra­té­giques des Etats-unis, qui font du com­bat contre L'EI la prio­ri­té", ajoute Me­tin Gur­can. An­ka­ra, mais aus­si Wa­shing­ton, ont de­man­dé aux Kurdes sy­riens de res­ter à l'est de l'eu­phrate (Man­bij, comme Dja­ra­blous et Al Bab sont à l'ouest du fleuve). Pour la Tur­quie, une pré­sence kurde à l'ouest du fleuve est in­ac­cep­table. "La ligne rouge fon­da­men­tale des Turcs, ce n'est pas As­sad mais la pers­pec­tive de for­ma­tion d'un Etat kurde", sou­ligne James Sta­vri­dis, an­cien com­man­dant su­prême des forces de l'otan en Eu­rope au­jourd'hui doyen de la Flet­cher School à l'uni­ver­si­té Tufts. Er­do­gan a une nou­velle fois ré­fu­té ven­dre­di les af­fir­ma­tions se­lon les­quelles les YPG ont re­ga­gné l'est de l'eu­phrate comme le disent les com­bat­tants kurdes.

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