Mer­kel per­dra-elle dans son fief ?

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Les élec­tions ré­gio­nales d’au­jourd’hui dans le land de Me­ck­lem­bourg-po­mé­ra­nie oc­ci­den­tale pour­raient tra­duire dans les urnes le re­jet par une par­tie de la po­pu­la­tion al­le­mande de la po­li­tique d’ac­cueil des ré­fu­giés dé­ci­dée il y a un an par An­ge­la Mer­kel. Dans cette ré­gion de l’ex-al­le­magne de l’est où la chan­ce­lière fé­dé­rale a en­ta­mé sa car­rière po­li­tique après la chute du mur de Ber­lin et dont elle est tou­jours élue au Bun­des­tag, son par­ti, l’union chré­tienne-dé­mo­crate (CDU), pour­rait être de­van­cé par Al­ter­na­tif für Deut­schland (AFD). Créé en 2013 ini­tia­le­ment contre les plans de ren­floue­ment fi­nan­cier dans la zone eu­ro, l’afd s’est mué en par­ti an­ti-im­mi­gra­tion, in­car­nant une ligne op­po­sée à celle dé­fen­due de­puis un an par An­ge­la Mer­kel.

En mars der­nier, il a en­gran­gé le fruit de ses prises de po­si­tion aux ré­gio­nales dans les län­der du Bade-wur­tem­berg, de Rhé­na­nie-pa­la­ti­nat et sur­tout en Saxe-an­halt où, avec plus de 24% des voix, il est de­ve­nu la deuxième force po­li­tique ré­gio­nale, ta­lon­nant la CDU. Dans le Me­ck­lem­bourg-po­mé­ra­nie oc­ci­den­tale, à l’ex­tré­mi­té nord du pays, non loin de la fron­tière po­lo­naise, il pour­rait cette fois de­van­cer la CDU, ce qui consti­tue­rait une pre­mière en Al­le­magne et un coup de ton­nerre, dans le fief de Mer­kel, un an avant les élec­tions lé­gis­la­tives fé­dé­rales où elle pour­rait bri­guer un qua­trième man­dat. Un son­dage In­sa pu­blié mer­cre­di cré­dite l’afd de 23% des voix contre 20% pour le par­ti de Mer­kel. Les so­ciaux-dé­mo­crates du SPD, qui di­rigent l’exé­cu­tif dans le cadre d’une «grande coa­li­tion» avec la CDU, res­tent en tête avec 28% des in­ten­tions de vote.

Une autre élec­tion ré­gio­nale, dans la ci­té-etat de Ber­lin, sui­vra le 18 sep­tembre. Là en­core, les son­dages tablent sur une nette pro­gres­sion de l’afd. Si la per­cée de l’afd se confirme, ces scru­tins pour­raient fra­gi­li­ser An­ge­la Mer­kel même si le son­deur Man­fred Güll­ner, qui di­rige l’ins­ti­tut For­sa, met en garde contre la ten­ta­tion de sur­in­ter­pré­ter ces ré­sul­tats. D’après un son­dage pu­blié di­manche der­nier par le Bild am Sonn­tag, un Al­le­mand sur deux se­rait hos­tile à un qua­trième man­dat. La sé­rie d’at­taques meur­trières qu’a connues l’al­le­magne en juillet, dont deux ont été re­ven­di­quées par le groupe dji­ha­diste Etat is­la­mique, a re­lan­cé le dé­bat sur la po­li­tique d’ac­cueil de la chan­ce­lière, qui a au­to­ri­sé l’en­trée sur le sol al­le­mand, l’an der­nier, d’en­vi­ron un mil­lion de ré­fu­giés, ve­nus es­sen­tiel­le­ment du Moyeno­rient et d’afrique. Long­temps consi­dé­rée comme une fi­gure ras­su­rante, sur­nom­mée «Mut­ti» (ma­man) par ses com­pa­triotes, Mer­kel est contes­tée jusque dans les rangs de la CDU. Ces der­nières se­maines, à l’ap­proche du pre­mier an­ni­ver­saire de sa dé­ci­sion spec­ta­cu­laire, les mé­dias al­le­mands ont mi­nu­tieu­se­ment re­cons­ti­tué les évé­ne­ments qui l’ont conduite à sus­pendre les règles eu­ro­péennes en ma­tière d’im­mi­gra­tion, au­to­ri­sant de fait des di­zaines de mil­liers de ré­fu­giés à quit­ter la Hon­grie, le pays de pre­mière ar­ri­vée dans l’es­pace eu­ro­péen, pour ga­gner l’au­triche puis l’al­le­magne.

Un an plus tard, le consen­sus est qu’elle a eu rai­son d’ou­vrir les fron­tières pour évi­ter une crise hu­ma­ni­taire ma­jeure mais qu’elle a été lente à re­con­naître les consé­quences de sa dé­ci­sion et qu’elle s’est trom­pée sur ses par­te­naires eu­ro­péens, pen­sant à tort qu’ils ac­cep­te­raient de par­ta­ger le far­deau.

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