Pas d'autre choix que le res­pect des en­ga­ge­ments

Le Temps (Tunisia) - - La Une -

A peine une se­maine de­puis l’ins­tal­la­tion de l’équipe gou­ver­ne­men­tale de Yous­sef Cha­hed au Pa­lais de La Kas­bah, que d’eau a cou­lé sous les ponts en ce laps de temps trop court: at­ten­tats, tra­gique ac­ci­dent de la route, grèves an­non­cées, routes cou­pées, sit-in, dé­cla­ra­tions to­ni­truantes, scan­dales, ac­cu­sa­tions, dif­fa­ma­tions, pro­po­si­tions, mises en garde, etc. En face, Yous­sef Cha­hed et son gou­ver­ne­ment se taisent et semblent pri­vi­lé­gier les actes aux pa­roles. Du moins, on l’es­père, car au rythme où évo­lue la si­tua­tion gé­né­rale dans le pays, l’étape ac­tuelle ne s’an­nonce pas du tout tran­quilli­sante. Qu’on en juge et qu’on en ex­cuse le peu !... Tout d’abord, et bien en­ten­du, on ci­te­ra l’at­ten­tat ter­ro­riste et l’ac­ci­dent de la cir­cu­la­tion qui ont mis à rude épreuve tous les dé­par­te­ments mi­nis­té­riels et ont per­mis de tes­ter le de­gré de cé­lé­ri­té et d’ef­fi­ca­ci­té avec le­quel le ca­bi­net gou­ver­ne­men­tal a ré­agi face à ces deux ca­tas­trophes. Un test re­la­ti­ve­ment réus­si… En­suite, on men­tion­ne­ra le com­por­te­ment de l’union gé­né­rale tu­ni­sienne du tra­vail (UGTT) dans deux sec­teurs dif­fé­rents lais­sant en­tre­voir l’émer­gence d’un bras de fer entre la cen­trale syn­di­cale d’un cô­té et les sec­teurs de l’en­sei­gne­ment et du tou­risme-hô­tel­le­rie, de l’autre. C’est ain­si qu’une grève gé­né­rale dans l’en­sei­gne­ment se­con­daire est pré­vue à par­tir du 21 de ce mois de sep­tembre «s’il n’y a pas une ré­vi­sion des dé­ci­sions qua­li­fiées d’abu­sives prises par le mi­nis­tère de l’edu­ca­tion ». Le même syn­di­cat ré­clame au dé­par­te­ment de la Jeu­nesse et des Sports à ce qu’il res­pecte ses en­ga­ge­ments en­vers les pro­fes­seurs d’édu­ca­tion phy­sique. Et d’un ! La même cen­trale syn­di­cale a dé­ci­dé, hier, de dé­brayer les 17 et 18 sep­tembre dans les hô­tels fai­sant mon­ter la ten­sion, de nou­veau, à son pa­roxysme avec les hô­te­liers qui voient d’un très mau­vais oeil cette dé­ci­sion de la Fé­dé­ra­tion gé­né­rale de l’ali­men­ta­tion, du tou­risme, du com­merce et de l’ar­ti­sa­nat re­le­vant de L’UGTT tout en l’as­sor­tis­sant de l’in­ter­dic­tion aux par­ties étran­gères d’en­trer aux hô­tels. Se­lon la même fé­dé­ra­tion, cette grève vient suite à l’ab­sence d’ap­pli­ca­tion de l’ac­cord sur les aug­men­ta­tions sa­la­riales dans le sec­teur pri­vé entre la FTH et les agents hô­te­liers. Et de deux !

Cô­té sit-in, par­lons-en ! D’abord, pas plus tard qu’hier, on an­nonce des ras­sem­ble­ments et des in­ci­dents très graves à Ben Guer­dane suite à la mort d’un contre­ban­dier. Et la si­tua­tion était tel­le­ment ten­due qu’elle pou­vait dé­gé­né­rer et s’em­bra­ser à tout mo­ment.

Mais il y a eu d’autres sit-in spo­ra­diques à Gaf­sa, à Ker­ken­nah, à M’dhil­lah et à Djer­ba fai­sant ré­gner une at­mo­sphère élec­trique dans plu­sieurs ré­gions du Sud du pays.

Il y a eu, par ailleurs, les af­faires tou­chant à des dé­pu­tés de Ni­daa Tou­nès qui n’est plus à une dé­sta­bi­li­sa­tion près. Il y a, d’abord, le scan­dale créé par les ac­cu­sa­tions d’un ci­toyen contre le chef du bloc par­le­men­taire de Ni­daa, So­fiène Tou­bel, à pro­pos de la ré­cep­tion d’un pot-de vin d’un mon­tant at­tei­gnant les dix mille di­nars pour une présumée in­ter­ven­tion lors des ré­sul­tats du concours de la ma­gis­tra­ture. Bien évi­dem­ment, M. Tou­bel a nié en bloc ces ac­cu­sa­tions tout en pro­met­tant de por­ter une contre­plainte.

Juste après, il y eut cette af­faire de la dé­pu­tée de Ni­daa Tou­nès (dé­ci­dé­ment !), Sa­brine Gou­ban­ti­ni dans un hô­tel à Djer­ba. Sans re­ve­nir sur les dé­tails tou­chant à la vie pri­vée des gens, l’ac­cro­chage entre la dé­pu­tée et les agents de sé­cu­ri­té de l’hô­tel laisse pla­ner la confu­sion sur ce qui s’est pas­sé réel­le­ment, à sa­voir s’il y a eu vrai­ment un abus de pou­voir de la part de l’élue de Ni­daa ou s’il y a eu une ma­chi­na­tion de la part d’autres par­ties qui en veulent à un clan bien dé­ter­mi­né du par­ti di­ri­gé par Ha­fedh Caïd Es­seb­si. Ce n’est pas fi­ni. Puis­qu’en­nahd­ha n’est pas de­meu­ré en reste. En ef­fet, son lea­der, Ra­ched Ghan­nou­chi a dé­cla­ré que son par­ti a, certes, ac­cor­dé son sou­tien au gou­ver­ne­ment Cha­hed, mais il ne s’agit nul­le­ment d’un chèque en blanc et que cette confiance peut être re­ti­rée au cas où Yous­sef et Cha­hed et ses mi­nistres ne res­pectent pas et ne réa­lisent pas les ob­jec­tifs des cinq prio­ri­tés ins­crites dans l’ac­cord de Car­thage. Vient en­suite la dé­cla­ra­tion de Hamadi Je­ba­li qui me­nace, à tra­vers une dé­cla­ra­tion à la Ra­dio na­tio­nale, de re­tour­ner à la scène po­li­tique et d’en­tre­prendre des ac­tions de taille si les re­cru­tés par­mi les bé­né­fi­ciaires de l’am­nis­tie gé­né­rale ve­naient à être li­cen­ciés comme il le pressent à tra­vers l’an­nonce faite par Yous­sef Cha­hed le jour de sa dé­cla­ra­tion de­vant les élus de L’ARP.

M. Je­ba­li re­vient en­suite avec tout un « pro­gramme » avec chiffres à l’ap­pui pour dé­mon­trer que le nombre des re­cru­tés pré­sen­té comme étant 100 mille sous le règne de la Troï­ka est er­ro­né, et ce en dé­taillant les di­verses em­bauches qui sont, se­lon lui, toutes l’oeuvre de Bé­ji Caïd Es­seb­si et de son gou­ver­ne­ment au cours de 2011 et dont il a lais­sé une bonne par­tie comme étant un legs au pre­mier ca­bi­net de la Troï­ka.

M. Je­ba­li par­vient à la conclu­sion que, de­puis la ré­vo­lu­tion du 14 jan­vier 2011, son gou­ver­ne­ment a été, de loin, le meilleur de tous ! Les mes­sages de Ghan­nou­chi et de Je­ba­li sont clairs et contiennent même des me­naces in­vi­tant M. Cha­hed à ne pas tou­cher aux am­nis­tiés, si­non …Et à tra­vers le même vo­let, il faut com­prendre entre les lignes qu’il y a des lignes « rouges » à ne pas fran­chir…

Or, il s’agit là d’une au­baine en or pour Yous­sef Cha­hed pour ré­vé­ler les chiffres exacts et mettre un terme, une fois pour toutes, à cette po­lé­mique, sur­tout qu’ali Laâ­rayedh avait fait al­lu­sion le jour même du 26 août à L’ARP sur le même su­jet pour dis­cul­per En­nahd­ha et la Troï­ka des fa­meux re­cru­te­ments pro­li­fiques en 2012 et 2013. Il s’agit là d’un point es­sen­tiel à ex­pli­ci­ter aux Tu­ni­siens… L’autre ter­rain sur le­quel M. Cha­hed s’était en­ga­gé d’une ma­nière sans équi­voque est ce­lui de ne plus to­lé­rer les sit-in et les ras­sem­ble­ments anar­chiques. Or, de­puis quatre jours, on n’a vu que ça. Et le peuple tu­ni­sien at­tend à ce que les en­ga­ge­ments soient res­pec­tés et te­nus, car il faut sa­voir qu’une confiance est vite éro­dée si on ne s’en montre pas digne. C’est dire que l’on at­tend avec im­pa­tience la ma­nière avec la­quelle il va s’y prendre pour s’en dé­bar­ras­ser en res­pec­tant la loi et en usant de la force que lui per­met et au­to­rise la loi comme ce­la se passe dans les pays dé­mo­cra­tiques où on res­pecte l’etat de droit et des ins­ti­tu­tions. Au­tre­ment dit, Yous­sef Cha­hed se trouve, dé­sor­mais, de­vant un autre test, plus dé­li­cat et plus per­ni­cieux que ce­lui de la si­tua­tion à Kas­se­rine. On l’at­tend avec l’es­poir qu’il s’en sorte avec le même bon­heur et avec la même réus­site…

Nou­red­dine HLAOUI

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