Par­don, je ne suis qu’un pres­ta­taire de soins…

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Dr Kais Ni­grou – Chi­rur­gien

Les ar­ticles 31 et 32 du code de dé­on­to­lo­gie mé­di­cale sti­pulent que le mé­de­cin est re­de­vable vis-à-vis de ses patients à une obli­ga­tion de moyens et non de ré­sul­tats. En d’autres termes, de­vant une pa­tho­lo­gie don­née, il doit uti­li­ser tous les moyens dont il dis­pose pour pou­voir po­ser le bon diag­nos­tic et ins­tau­rer le trai­te­ment op­ti­mal, en adé­qua­tion avec les don­nées ac­tuelles de la science.

Les ar­ticles 31 et 32 du code de dé­on­to­lo­gie mé­di­cale sti­pulent que le mé­de­cin est re­de­vable vis-à-vis de ses patients à une obli­ga­tion de moyens et non de ré­sul­tats. En d’autres termes, de­vant une pa­tho­lo­gie don­née, il doit uti­li­ser tous les moyens dont il dis­pose pour pou­voir po­ser le bon diag­nos­tic et ins­tau­rer le trai­te­ment op­ti­mal, en adé­qua­tion avec les don­nées ac­tuelles de la science. Mal­gré ce­la, tout acte mé­di­cal de quelque na­ture que se soit (pres­crip­tion de mé­di­ca­ments, in­jec­tion, acte chi­rur­gi­cal..) n’est ja­mais com­plè­te­ment dé­nué de risques. Ce­la im­plique qu’il peut y avoir des com­pli­ca­tions ou des sé­quelles de tout acte mé­di­cal, qui sont en de­hors de la vo­lon­té du pres­ta­taire de soins. Par ailleurs, et hor­mis les com­pli­ca­tions connues et ren­trant dans le cadre des sta­tis­tiques scien­ti­fiques, le mé­de­cin étant jus­qu’à preuve du contraire un être hu­main, peut comme tout autre sem­blable de son es­pèce, com­mettre des fautes ou des er­reurs dans le cadre de l’exer­cice de son mé­tier. Or, au mo­ment où un étu­diant com­mence son cur­sus d’études mé­di­cales et jus­qu’à l’ob­ten­tion de son di­plôme ( qu’il soit gé­né­ra­liste ou spé­cia­liste), à au­cun mo­ment on exige de lui un cer­ti­fi­cat d’ap­ti­tude ga­ran­tis­sant l’ap­par­te­nance à une es­pèce sur­hu­maine, in­faillible et ir­ré­pro­chable ( peut être fau­drait-il y son­ger!) . Cette donne semble mal­heu­reu­se­ment échap­per à la ma­jo­ri­té de nos conci­toyens, et à nos res­pec­tables mé­dias qui ne mé­nagent au­cun ef­fort pour dé­non­cer les « scan­dales » du mi­lieu mé­di­cal, qui semblent se ré­pé­ter et se mul­ti­plier ces der­niers temps. Et tout en ayant la convic­tion, comme nom­breux de mes col­lègues, que dé­non­cer les er­reurs, fautes ou autres dé­pas­se­ments, est non seule­ment utile, mais né­ces­saire pour amé­lio­rer les pres­ta­tions mé­di­cales dans notre pays. Je crains tou­te­fois que la simple dé­non­cia­tion ne se trans­forme en une cam­pagne de dé­ni­gre­ment or­ches­trée vi­sant à ac­ca­bler la pro­fes­sion toute en­tière de maux dont elle est nul­le­ment res­pon­sable.

En ef­fet, les nou­velles tech­no­lo­gies de té­lé­com­mu­ni­ca­tion et le dé­ve­lop­pe­ment des ré­seaux so­ciaux donnent à tout un cha­cun, la pos­si­bi­li­té d’émettre son avis sur tout et n’im­porte quoi. Et même si cette li­ber­té de ton et de pa­role reste un ac­quis in­dé­niable, la crainte de tra­ves­tir la réa­li­té des faits ( d’une ma­nière vo­lon­taire ou non ) par des « ana­lystes » par­fois au­to-dé­cla­rés ou peu scru­pu­leux, est bien réelle.

Par ailleurs, dans le contexte de mon­dia­li­sa­tion ac­tuelle et dans un sec­teur aus­si concur­ren­tiel que le sec­teur mé­di­cal, nous ne pou­vons né­gli­ger que des in­ten­tions voi­sines « bien­veillantes » puissent par­ti­ci­per à l’am­pli­fi­ca­tion dé­me­su­rée de toute af­faire dou­teuse le concer­nant. Loin de tout cor­po­ra­tisme aveugle ou de toute pa­ra­noïa conspi­ra­tion­niste, il est du de­voir de l’en­semble des pro­fes­sion­nels de la san­té de mettre en garde l’opi­nion pu­blique contre cette ca­bale pas tou­jours in­no­cente vi­sant un mé­tier, qui , quoi qu’on le dise , reste l’un des fleu­rons du sa­voir- faire tu­ni­sien, avec un ni­veau scientifique et une qua­li­té de prise en charge équi­va­lente, voire dé­pas­sant par­fois, celle des pays dé­ve­lop­pés. Quant aux fautes ou er­reurs pou­vant éma­ner des pro­fes­sion­nels de la san­té, les mas­quer ou né­gli­ger leur pré­sence se­rait plus pré­ju­di­ciable que de les dé­non­cer. Il s’agit juste de re­la­ter les faits après les in­ves­ti­ga­tions né­ces­saires, par des per­sonnes aux qua­li­fi­ca­tions re­con­nues, afin d’évi­ter toutes les dé­rives dé­ma­go­giques et po­pu­listes.

Pour fi­nir je ci­te­rais ces pa­roles du ju­riste et sa­vant mu­sul­man Al Imam Cha­fii « يكرما لم هما اذا ينصحان ال - كالهما الطبيب و المعلم ان جفوت ان لجهلك اصبر و – طبيبه اهنت ان لدائك فاصبر معلما A bon en­ten­deur …

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