« Le gris n’est pas pes­si­misme… »

Le Temps (Tunisia) - - Arts & Culture -

Has­san Bour­kia (Ma­roc)

Ar­tiste plas­ti­cien, écri­vain et tra­duc­teur, le Ma­ro­cain Has­san Bour­kia qui se trouve pour la pre­mière fois en Tu­ni­sie, vit entre Be­ni Mal­lal et Mar­ra­kech. Il a à son ac­tif, 15 livres entre es­sais et re­cueils de nou­velles, dont « Splen­deur de l’écri­ture », « Tout va bien », « Le maitre de la flamme » et « 33 jours au Li­ban ». Il a tra­duit Paul Ri­coeur, Nietzche et Ed­mond Am­ran El Mal­lah, ro­man­cier et cri­tique d’art ma­ro­cain.

Has­san Bour­kia tra­vaille uni­que­ment avec de la ma­tière, no­tam­ment la cendre qui, se­lon lui, « ne tra­duit pas une cou­leur mais un mé­lange de noir et blanc, le vi­sage de Ja­nus, (Dieu romain des com­men­ce­ments et des fins), l’être et le pa­raitre dans la my­tho­lo­gie grecque, l’uni­té de la na­ture. Un re­cy­clage qui donne aux dif­fé­rents ma­té­riaux qui ont été ou­bliés et je­tés, d’en­trer en­core une autre fois, dans un fleuve d’une se­conde vie avec ses rêves, parce qu’on ne pense pas les choses mais les choses nous pensent aus­si ».

« Cette cendre m’est ve­nue, a-t-il dit, après avoir vu le souk heb­do­ma­daire de ma ville, cal­ci­né par un in­cen­die et c’était comme vou­loir re­trou­ver un temps per­du qui est ce­lui de l’en­fance. Un es­pace où j’al­lais avec feue ma mère quand j’étais pe­tit. Je me suis ren­du compte après, que mon his­toire in­di­vi­duelle a in­car­né une his­toire col­lec­tive ; j’y ai trou­vé Ka­na au Li­ban, des villes pa­les­ti­niennes, sy­riennes et ira­kiennes,

sur­tout les pay­sages après guerre dont tout est de­ve­nu cendre.

« D’un autre cô­té, ajoute l’ar­tiste, la cendre tra­duit l’ex­pé­rience li­mite de l’être hu­main, c'est-à-dire, les choses qui ont été, ne peuvent ni de­ve­nir, ni re­tour­ner à leur pre­mier stade et c’est l’ex­pé­rience tra­gique de l’être hu­main, comme di­sait le fon­da­teur du Taôisme, Lao-tseu, « ce­lui qui rentre à la vie, sort à la mort… »

Et l’ar­tiste de conclure, « nous ne pou­vons pas vivre sans rêve, sans res­pect de l’autre, sans res­pect des dif­fé­rences, sans am­bi­tion… qui vont re­naitre des cendres : le gris n’est pas pes­si­misme, c’est la ré­in­car­na­tion ; la vie au­tre­ment parce que l’art cô­toie la vie, dit « oui » à la vie… »

S.B.Z

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