Pres­sions in­ter­na­tio­nales pour évi­ter le chaos

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Onze jours après l’élec­tion pré­si­den­tielle au Ga­bon, le camp du président sor­tant Ali Bon­go On­dim­ba et ce­lui de son ri­val Jean Ping, qui s’est pro­cla­mé élu, pour­sui­vaient hier leur bras de fer, sur fond d’in­quié­tude gran­dis­sante de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale.

Au­cun trouble ma­jeur n’était si­gna­lé hier à la mi-jour­née dans la ca­pi­tale Li­bre­ville. Comme la veille, l’activité a re­pris au ra­len­ti, cha­cun at­ten­dant avec an­goisse l’is­sue de la confron­ta­tion entre pou­voir et op­po­si­tion. Le Pre­mier mi­nistre fran­çais Ma­nuel Valls a sou­hai­té hier un nou­veau dé­compte des voix du scru­tin pré­si­den­tiel à un tour du 27 août. Se­lon les ré­sul­tats of­fi­ciels pro­vi­soires, re­je­tés par l’op­po­si­tion, M. Bon­go l’a em­por­té avec 5.594 voix d’avance, dans ce pe­tit pays d’afrique cen­trale qui compte en­vi­ron 1,8 mil­lion d’ha­bi­tants. «Il y a contes­ta­tions et des doutes. Les ob­ser­va­teurs eu­ro­péens sur place ont émis des cri­tiques sur la base de faits ob­jec­tifs. La sa­gesse com­man­de­rait de faire un nou­veau dé­compte des ré­sul­tats», a-t-il dé­cla­ré sur la ra­dio RTL. Comme l’op­po­si­tion, l’union eu­ro­péenne et les Etats-unis, la France avait dé­jà de­man­dé la pu­bli­ca­tion des ré­sul­tats de tous les bu­reaux de vote du Ga­bon (en­vi­ron 2.500) sans al­ler jus­qu’à évo­quer un re­comp­tage des voix. Ce nou­veau dé­compte est en re­vanche ré­cla­mé par M. Ping qui a lan­cé lun­di un ap­pel vi­ru­lent à une «grève gé­né­rale» pour blo­quer l’éco­no­mie du pays et «faire tom­ber le ty­ran». De son cô­té, le pou­voir re­fuse tout re­comp­tage en ar­guant que la loi élec­to­rale ne le pré­voit pas, et a ac­cu­sé l’op­po­sant de «com­plot» par la voix du mi­nistre de la Com­mu­ni­ca­tion et porte-pa­role du gou­ver­ne­ment, Alain-claude Bi­lie-by-nze. Le mi­nistre a éga­le­ment af­fir­mé lun­di soir qu’un Ivoi­rien avait été ar­rê­té au QG de Jean Ping. Il a ac­cu­sé ce res­sor­tis­sant ivoi­rien de ma­ni­pu­ler les ré­sul­tats de l’élec­tion pré­si­den­tielle. «Nous ne di­sons pas que l’etat de Côte d’ivoire est im­pli­qué, mais des res­sor­tis­sants ivoi­riens haut-pla­cés le sont», a ajou­té le mi­nistre. Le 30 août, Alain-claude Bi­lie-by-nze avait dé­jà dé­non­cé des «in­gé­rences mul­tiples», vi­sant la France et la Côte d’ivoire. Sor­tant de son ha­bi­tuelle ré­serve, l’union afri­caine (UA) s’est dite prête à en­voyer au Ga­bon «une dé­lé­ga­tion de haut ni­veau com­po­sée de chefs d’etat afri­cains, ac­com­pa­gnés par de hauts res­pon­sables de la Com­mis­sion de L’UA et des Na­tions unies», «dès que les condi­tions pour une vi­site se­ront éta­blies». M. Ping est lui-même an­cien président de la Com­mis­sion de L’UA. Comme nombre de res­pon­sables de l’op­po­si­tion, il a tra­vaillé de longue an­nées aux cô­tés du président sor­tant, sous le ré­gime du père de ce der­nier, Omar Bon­go qui a di­ri­gé le pays pen­dant 41 ans jusque sa mort en 2009. Ces ten­sions gran­dis­santes ont abou­ti lun­di soir à la dé­mis­sion d’un poids-lourd du gou­ver­ne­ment, le mi­nistre de la Jus­tice du Ga­bon et deuxième vice-pre­mier mi­nistre, Sé­ra­phin Moun­doun­ga. De­man­dant lui aus­si «re­comp­tage des voix bu­reau de vote par bu­reau de vote et pro­cès-ver­bal par pro­cès-ver­bal», il a ju­gé que «la paix est gra­ve­ment me­na­cée» au Ga­bon. Face à ces mul­tiples de­mandes, le pou­voir in­vite l’op­po­si­tion à se tour­ner vers la Cour consti­tu­tion­nelle. Jus­qu’à pré­sent, celle-ci re­fuse, af­fir­mant que la Cour est to­ta­le­ment in­féo­dée à la pré­si­dence. La date bu­toir pour le dé­pôt des re­cours de­vant la Cour est jeu­di à 16H00 (15H00 GMT). Les vio­lences au Ga­bon après l’an­nonce de la ré­élec­tion contes­tée du président sor­tant Ali Bon­go la se­maine der­nière ont fait trois morts et 105 bles­sés, dont 67 par­mi les forces de sé­cu­ri­té, a dé­cla­ré lun­di le mi­nistre de l’in­té­rieur, Pa­côme Mou­be­let-bou­beya. L’AFP a re­cen­sé pour sa part sept morts, dont un po­li­cier. Il y a une confu­sion avec d’autres per­sonnes qui sont mortes de mort na­tu­relle ou dans des rixes mais pas du fait des forces de l’ordre, a ex­pli­qué en sub­stance le mi­nistre. La France s’est éga­le­ment in­quié­tée lun­di d’être sans nou­velles de plu­sieurs de ses res­sor­tis­sants bi­na­tio­naux au Ga­bon. Des di­zaines de Ga­bo­nais cherchent tou­jours un proche in­trou­vable de­puis les vio­lences et les cen­taines d’ar­res­ta­tions qui ont sui­vi l’an­nonce de la ré­élec­tion de M. Bon­go. Dans un com­mu­ni­qué, le mi­nis­tère ga­bo­nais des Af­faires étran­gères a confir­mé l’in­ter­pel­la­tion de bi­na­tio­naux par les forces de l’ordre pen­dant les ma­ni­fes­ta­tions post-élec­to­rales. Lors d’une nou­velle au­dience de com­pa­ru­tion au tri­bu­nal de Li­bre­ville de di­zaines de per­sonnes ar­rê­tées la se­maine der­nière, deux frères fran­co-ga­bo­nais, Bap­tiste, 29 ans, et Cas­sien, 25 ans, ont été li­bé­rés hier, a consta­té un jour­na­liste de L’AFP.

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