Daech n’est pas dé­fait mal­gré ses re­vers

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Les re­vers mi­li­taires en Irak et en Sy­rie s’ac­cu­mulent et plu­sieurs de ses chefs ont été tués, mais le groupe Etat islamique (EI) n’est pas dé­fait et conserve une ca­pa­ci­té à re­bon­dir qu’il ne faut pas sous-es­ti­mer, aver­tissent des ex­perts. L’or­ga­ni­sa­tion ji­ha­diste a su­bi un sé­rieux échec di­manche en étant chas­sée des der­nières po­si­tions qu’elle te­nait le long de la fron­tière turque en Sy­rie. Le «ca­li­fat» au­to­pro­cla­mé se re­trouve ain­si plus iso­lé que ja­mais du monde ex­té­rieur.

Cette dé­faite illustre le re­cul gé­né­ral du groupe ji­ha­diste, qui doit faire face à une my­riade de puis­sants ad­ver­saires: les troupes sy­riennes et ira­kiennes, les com­bat­tants kurdes, les forces turques, les frappes amé­ri­caines et russes ain­si que les re­belles sy­riens.

Cette pres­sion est forte en Irak, où L’EI ne contrôle plus qu’un tiers des ter­ri­toires qu’il avait conquis en 2014, lors de son of­fen­sive éclair dans les ré­gions à ma­jo­ri­té sun­nites. Et en Li­bye, il est en passe de perdre son bas­tion de Syrte.

A ce­la s’ajoute l’im­pact, sur son or­ga­ni­sa­tion, d’une sé­rie d’as­sas­si­nats de ses chefs, en par­ti­cu­lier du com­man­dant Omar al-shi­sha­ni et du stra­tège et por­te­pa­role Abou Mo­ha­med al-ad­na­ni. «L’EI su­bit des pres­sions ac­crues qui ont for­te­ment li­mi­té ses ca­pa­ci­tés à lut­ter, à se dé­pla­cer, à se fi­nan­cer et à conti­nuer à pro­cla­mer que son ca­li­fat s’éten­dait», ré­sume Charles Lis­ter, cher­cheur au Middle East Ins­ti­tute. «Mais il conserve une forte ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion» pour me­ner des opé­ra­tions asy­mé­triques, en vi­sant par­ti­cu­liè­re­ment les ci­vils. «Il ne faut pas le sous-es­ti­mer», pré­vient Charles Lis­ter.

La perte de points de pas­sage à la fron­tière sy­ro-turque af­fecte for­te­ment ses ca­pa­ci­tés à faire pas­ser armes, mar­chan­dises et com­bat­tants. Mais le groupe semble s’y être pré­pa­ré. «Les ac­cès de L’EI à la fron­tière ont été for­te­ment ré­duits de­puis un mo­ment» à la fois par les Turcs et par les Kurdes, sou­ligne Tho­mas Pier­ret, cher­cheur à l’uni­ver­si­té d’edim­bourg. De ce fait, L’EI s’en re­met à des ré­seaux de contrebande, no­tam­ment pour la four­ni­ture en armes.

«Ce­la de­vrait être suf­fi­sant pour per­mettre au groupe de sur­vivre en tant que mou­ve­ment in­sur­gé, mais gar­der à flot un pro­to-etat dans ces condi­tions s’avère pro­blé­ma­tique», pré­cise M. Pier­ret. Mais L’EI de­vrait avoir de plus en plus de mal à faire ve­nir de nou­veaux com­bat­tants, no­tam­ment d’eu­rope via la Tur­quie. Le mi­nistre fran­çais de l’in­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, a ain­si an­non­cé mar­di une «nette di­mi­nu­tion» du nombre de ji­ha­distes fran­çais ar­ri­vant dans les zones de com­bat au pre­mier se­mestre, à seule­ment 18 contre 69 pour les six pre­miers mois de 2015.

Dans ce contexte, une stra­té­gie se des­sine pour L’EI. Celle de «conso­li­der» le contrôle de ses fiefs ur­bains tout en aug­men­tant ses ca­pa­ci­tés «lui per­met­tant de me­ner de fré­quentes at­taques à la bombe», es­time M. Lis­ter.

L’or­ga­ni­sa­tion ul­tra­ra­di­cale contrôle tou­jours d’une main de fer ses «ca­pi­tales» de Ra­qa en Sy­rie et de Mos­soul en Irak, même si des opé­ra­tions mi­li­taires sont en pro­jet en vue de la re­prise de ses villes, sur­tout la ville ira­kienne. Pa­ral­lè­le­ment, L’EI mul­ti­plie les at­taques, la plu­part me­nées par des ka­mi­kazes, dans les deux pays. Il a mon­tré lun­di son ap­ti­tude à frap­per en plein c?ur des zones contrô­lées par le ré­gime sy­rien avec un double at­ten­tat ayant fait au moins 35 morts à Tar­tous (ouest).

Les risques d’at­ten­tats res­tent ex­trê­me­ment éle­vés en Eu­rope, comme l’illustre l’at­taque me­née mer­cre­di soir contre des po­li­ciers da­nois au nom de L’EI par un tra­fi­quant de drogue d’ori­gine bos­niaque.

«La tra­jec­toire (de l’or­ga­ni­sa­tion) est ca­rac­té­ri­sée par une ten­dance gé­né­rale de re­cul de son in­fluence mi­li­taire et de sa ca­pa­ci­té à pré­ser­ver ses ter­ri­toires, pa­ral­lè­le­ment à une pro­gres­sion des at­taques ter­ro­ristes contre des cibles ci­viles hors de ses propres fron­tières», ré­sume Char­lie Win­ter, cher­cheur au Centre in­ter­na­tio­nal de lutte contre le terrorisme de La Haye. Ce chan­ge­ment est per­cep­tible dans les or­ganes de pro­pa­gande liées à L’EI, comme l’agence Amaq ou les bul­le­tins en ligne, re­lève Ay­menn Al-ta­mi­mi, ex­pert des mou­ve­ments ji­ha­distes au Middle East Fo­rum. «Nous consta­tons un re­cul gé­né­ral de la pro­pa­gande non-mi­li­taire», comme «l’an­nonce d’éta­blis­se­ment de «nou­velles ‘wi­layas’ (pro­vinces) dans les pays étran­gers», in­dique-t-il. En re­vanche, «elles se concentrent sur les re­ven­di­ca­tions d’at­taques».

Pour Char­lie Win­ter, L’EI n’est plus à «son apo­gée mi­li­taire, mais en terme d’in­fluence, il reste un grand su­jet d’in­quié­tude».

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