Amé­ri­cains et Russes tentent de sur­mon­ter leurs dif­fé­rends

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Russes et Amé­ri­cains se sont re­trou­vés hier à Ge­nève dans l’es­poir de sur­mon­ter des dif­fé­rends jusque-là in­con­ci­liables sur le conflit meur­trier en Sy­rie, afin de par­ve­nir au moins à un ces­sez-le-feu au mo­ment où le ré­gime pro­gresse face à la ré­bel­lion. Les chefs des di­plo­ma­ties amé­ri­caine et russe, John Ker­ry et Ser­gueï La­vrov, ont en­ta­mé dans la ma­ti­née de nou­velles dis­cus­sions après plu­sieurs échecs ces der­niers mois. Mais ils n’avaient que quelques heures pour ob­te­nir une avan­cée, tous deux de­vant ren­trer chez eux dans la soi­rée.

Un suc­cès de ces dis­cus­sions pour­rait faire une “dif­fé­rence ma­jeure” pour l’aide hu­ma­ni­taire mais aus­si pour la re­lance du pro­ces­sus po­li­tique, a as­su­ré l’en­voyé spé­cial de L’ONU sur la Sy­rie Staf­fan de Mis­tu­ra, pré­sent à Ge­nève. Mos­cou et Wa­shing­ton, qui sou­tiennent de­puis plus de cinq ans des camps ad­verses sur le ter­rain, cherchent à re­lan­cer un plan de paix adop­té fin 2015 par la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Cette feuille de route com­prend un ces­sezle-feu du­rable, une aide hu­ma­ni­taire consé­quente et un pro­ces­sus de tran­si­tion po­li­tique entre le ré­gime sy­rien et l’op­po­si­tion mo­dé­rée. Mais l’ac­cord à L’ONU ne ré­sout pas la ques­tion cru­ciale du sort ré­ser­vé au pré­sident Ba­char al-as­sad, dont les Oc­ci­den­taux sou­haitent le dé­part.

Sur le ter­rain, les re­belles sont en grande dif­fi­cul­té dans la ville sym­bole d’alep (nord) où les forces sy­riennes ap­puyées par l’avia­tion russe ont réus­si à faire le siège des quar­tiers re­belles, par­ache­vant jeu­di cet en­cer­cle­ment. Coup dur pour les in­sur­gés is­la­mistes, Abou Omar Sa­ra­keb, com­man­dant de l’”ar­mée de la Conquête”, la prin­ci­pale al­liance de re­belles, est “mort en mar­tyr” dans la pro­vince d’alep dans une frappe aé­rienne, se­lon le Front Fa­teh al-cham (ex-front al-nos­ra). Après deux jours de ter­gi­ver­sa­tions, le se­cré­taire d’etat amé­ri­cain est ar­ri­vé hier ma­tin dans un hô­tel sur les rives du lac Lé­man à Ge­nève pour ren­con­trer M. La­vrov. Dans l’avion, les conseillers qui l’ac­com­pagnent ont as­su­ré que M. Ker­ry n’au­rait pas fait le voyage s’il ne pen­sait pas qu’il y avait une chance réelle de pro­gres­ser. Mais ils ont aver­ti qu’un ac­cord fi­nal n’était au­cu­ne­ment ga­ran­ti. Se­lon un haut res­pon­sable amé­ri­cain, Wa­shing­ton sou­haite voir les Russes prendre des me­sures concrètes pour for­cer Ba­char al-as­sad à ar­rê­ter de bom­bar­der la po­pu­la­tion et à mettre fin au siège d’alep. Jeu­di, un en­tre­tien té­lé­pho­nique entre MM. Ker­ry et La­vrov avait por­té sur une éven­tuelle “co­opé­ra­tion rus­so-amé­ri­caine dans le but de dé­truire les groupes ter­ro­ristes ac­tifs en Sy­rie, de contri­buer à ré­soudre les pro­blèmes hu­ma­ni­taires et de pro­mou­voir un rè­gle­ment po­li­tique du conflit sy­rien”, a af­fir­mé Mos­cou.

Les Etats-unis sont prêts à col­la­bo­rer avec la Rus­sie pour mettre un terme au conflit sy­rien seule­ment s’il y a au préa­lable “une vé­ri­table ces­sa­tion des hos­ti­li­tés”, a dé­cla­ré de son cô­té sur la BBC le se­cré­taire amé­ri­cain à la Dé­fense, Ash­ton Car­ter. Après cinq ans et demi d’un chaos sy­rien qui a pro­vo­qué la mort de plus de 290.000 per­sonnes, M. Ker­ry est ac­cu­sé par ses dé­trac­teurs de cou­rir après M. La­vrov pour ob­te­nir un ac­cord, à quatre mois de la fin de la pré­si­dence de Ba­rack Oba­ma. Or les deux puis­sances ont des re­la­tions gla­ciales de­puis 2012. Ega­le­ment ac­teur du conflit qui se joue aux portes de son pays, le pré­sident turc Re­cep Tayyip Er­do­gan a an­non­cé être prêt à co­opé­rer avec les Etats-unis pour chas­ser le groupe Etat is­la­mique (EI) de sa “ca­pi­tale” sy­rienne Ra­qa. M. Er­do­gan, dont le pays est hos­tile au ré­gime de Da­mas, a af­fir­mé s’être en­ten­du avec Ba­rack Oba­ma, en marge du ré­cent som­met du G20 pour “faire le né­ces­saire” afin de chas­ser les ji­ha­distes de la ville. Par ailleurs, 73 ONG ont an­non­cé qu’elles sus­pen­daient leur co­opé­ra­tion avec L’ONU en Sy­rie pour pro­tes­ter contre la “ma­ni­pu­la­tion des ef­forts hu­ma­ni­taires” par le ré­gime et l’in­ca­pa­ci­té des Na­tions unies à ré­sis­ter à ces pres­sions.

Ker­ry et son ho­mo­logue russe La­vrov à Ge­nève

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