La trêve glo­ba­le­ment res­pec­tée

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Sy­rie

La trêve pré­sen­tée comme la "der­nière chance" pour sor­tir la Sy­rie du chaos, était glo­ba­le­ment res­pec­tée hier et les ha­bi­tants ont pu jouir de leur pre­mière nuit de som­meil de­puis des mois. L'ar­rêt des com­bats est sur­ve­nu le jour où le nombre de morts a dé­pas­sé les 300.000, dont près de 87.000 ci­vils, dans la guerre dé­clen­chée en mars 2011, se­lon un bi­lan de l'ob­ser­va­toire sy­rien des droits de l'homme (OSDH). Lun­di à 19H00 lo­cales (16H00 GMT), une trêve est en­trée en vi­gueur en ver­tu d'un ac­cord an­non­cé le 9 sep­tembre par la Rus­sie et les Etats-unis, par­rains res­pec­tifs du ré­gime et de la ré­bel­lion.

La té­lé­vi­sion of­fi­cielle a fait état de vio­la­tions mi­neures mar­quées par des tirs de ro­quettes par les re­belles dans les en­vi­rons de la ville sep­ten­trio­nale d'alep et dans la pro­vince cen­trale de Homs, qui n'ont pas fait de vic­times.

C'est la bru­ta­li­té de la der­nière ba­taille d'alep, deuxième ville de Sy­rie, avec ses cen­taines de morts, qui a pous­sé Russes et Amé­ri­cains à cher­cher un ac­cord pour mettre fin à l'ef­fu­sion de sang et per­mettre l'en­voi sans en­traves d'aides ur­gentes aux cen­taines de mil­liers de per­sonnes as­sié­gées, no­tam­ment à Alep. L'ONU a an­non­cé néan­moins at­tendre des ga­ran­ties de sé­cu­ri­té pour ses convois avant de lan­cer les opé­ra­tions hu­ma­ni­taires. Pour pou­voir ache­mi­ner l'aide dans les quar­tiers re­belles as­sié­gés d'alep, des mi­li­taires russes ont ins­tal­lé un point d'ob­ser­va­tion mo­bile sur la route du Cas­tel­lo, un axe vi­tal au nord de la ville qui mène vers la fron­tière turque d'où doit pro­ve­nir cet aide, se­lon des agences russes. L'ac­cord amé­ri­ca­no-russe pré­voit ex­pres­sé­ment la "dé­mi­li­ta­ri­sa­tion" de la route du Cas­tel­lo, où se trou­vaient en­core hier après-mi­di des sol­dats sy­riens se­lon une source mi­li­taire sy­rienne. Le se­cré­taire d’état John Ker­ry, qui a né­go­cié l'ac­cord avec son ho­mo­logue russe Ser­gueï La­vrov, a es­ti­mé que la trêve pour­rait "être la der­nière chance de sau­ver" la Sy­rie. Dans de nom­breuses villes et lo­ca­li­tés, no­tam­ment celles te­nues par les re­belles et qui étaient la cible de bom­bar­de­ment in­ces­sants de l'avia­tion du ré­gime, l'heure était au sou­la­ge­ment. A l'est comme à l'ouest d'alep, les ha­bi­tants ont veillé dans la rue jus­qu'à lun­di à mi­nuit, pro­fi­tant du ces­sez-le­feu pour cé­lé­brer l'aïd Aladha, la fête mu­sul­mane du sa­cri­fice. Dans la par­tie gou­ver­ne­men­tale près de la ligne de dé­mar­ca­tion, sou­vent vi­sée par des ro­quettes ti­rées par les re­belles, Ha­bib Ba­dr se fé­li­cite du calme. "Ma mai­son se trouve près de l’hô­pi­tal Ram­zi et j'ai l'ha­bi­tude d'en­tendre la si­rène des am­bu­lances toutes les deux ou trois heures. Mais au­jourd'hui rien", dit-il. "Gé­né­ra­le­ment, nous ne fer­mons pas l’oeil de la nuit en rai­son du bruit des avions", té­moigne pour sa part Has­san Abou Nouh, un mi­li­tant de Tal­bis­sé, fief re­belle de la pro­vince Homs. "Mais Dieu mer­ci la nuit der­nière nous avons dor­mi sur nos deux oreilles". Même ré­pit dans la pro­vince d'id­leb, où les armes se sont tues se­lon un mi­li­tant. Le ré­gime, qui a don­né ra­pi­de­ment son ac­cord à la trêve, a an­non­cé le gel de ses opé­ra­tions mi­li­taires "sur le ter­ri­toire jus­qu'au 18 sep­tembre à 21H00 GMT". Af­fai­blies sur le ter­rain, l?op­po­si­tion et la ré­bel­lion, n'ont pas don­né leur ap­pro­ba­tion for­melle à la trêve en ré­cla­mant des "ga­ran­ties", mais elles semblent la res­pec­ter sur le ter­rain. Ce­la n'em­pêche que le scep­ti­cisme pré­vaut sur le suc­cès de ce nou­veau ces­sez-le-feu, après l'échec de plu­sieurs ten­ta­tives. Comme lors de la pré­cé­dente trêve fin fé­vrier qui avait du­ré quelques se­maines, les groupes ji­ha­distes État is­la­mique (EI) et Front Fa­teh al-cham (ex-front Al-nos­ra, branche sy­rienne d'al-qaï­da), qui contrôlent de vastes ré­gions du pays, sont ex­clus du nou­veau ces­sez-le­feu. Dans le cadre de l'ac­cord, M. Ker­ry a sou­li­gné que le ré­gime de­vrait s'abs­te­nir de me­ner des raids "dans toute zone où se trouve l'op­po­si­tion". Or dans plu­sieurs zones, les re­belles sont al­liés au Front Fa­teh alc­ham (ex-branche d'al-qaï­da) consi­dé­ré comme "ter­ro­riste" par Wa­shing­ton et Mos­cou.

Si cette ces­sa­tion des hos­ti­li­tés tient pen­dant une se­maine, elle de­vrait dé­bou­cher sur une col­la­bo­ra­tion in­édite entre Mos­cou et Wa­shing­ton contre les deux groupes ji­ha­distes. Mais un res­pon­sable du Pen­ta­gone a sou­li­gné que ce­la n'im­pli­que­rait pas au­to­ma­ti­que­ment le dé­but de la co­opé­ra­tion, après ce dé­lai. "Les dé­lais sont courts et la mé­fiance est grande". Mos­cou et Wa­shing­ton cherchent à tra­vers la trêve de fa­vo­ri­ser une re­prise des né­go­cia­tions entre ré­gime et re­belles pour mettre un terme au conflit, qui a pous­sé à la fuite des mil­lions de per­sonnes et pro­vo­qué un dé­sastre hu­ma­ni­taire qui a at­teint l'eu­rope oc­ci­den­tale. Le vice-mi­nistre russe des Af­faires étran­gères Mi­khaïl Bog­da­nov a sou­hai­té que l'émis­saire de L'ONU Staf­fan de Mis­tu­ra in­vite dé­but oc­tobre toutes les par­ties à des né­go­cia­tions.

Des bé­bés éva­cués des dé­combres à Alep après un raid aé­rien

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