Hilla­ry Clin­ton à l’épreuve de la trans­pa­rence

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Il y a deux poids et deux me­sures dans la cam­pagne pré­si­den­tielle amé­ri­caine ac­tuelle, et Hilla­ry Clin­ton, la can­di­date dé­mo­crate, est bien pla­cée pour le sa­voir. Est-ce parce qu’elle in­carne si pro­fon­dé­ment l’es­ta­blish­ment po­li­tique au­jourd’hui hon­ni, estce parce qu’elle est une femme, est-ce parce que c’est la pre­mière fois qu’une ex-pre­mière dame pré­tend re­ve­nir à la Mai­son Blanche par la grande porte, est-ce parce que le couple Clin­ton a une longue pra­tique de ne dire la vé­ri­té que lors­qu’il y est ac­cu­lé ? Peu­têtre s’agit-il de toutes ces rai­sons à la fois, mais le fait est qu’hilla­ry Clin­ton est sou­mise, no­tam­ment par les mé­dias, à un ni­veau d’exi­gence de trans­pa­rence et d’ir­ré­pro­cha­bi­li­té su­pé­rieur à ce­lui que l’on de­mande à son ad­ver­saire ré­pu­bli­cain, Do­nald Trump. La preuve en a en­core été faite lors de la der­nière pres­ta­tion té­lé­vi­sée des deux can­di­dats, in­ter­ro­gés sé­pa­ré­ment par le même pré­sen­ta­teur de NBC, le 8 sep­tembre : de l’avis gé­né­ral, le jour­na­liste s’est mon­tré beau­coup plus agres­sif en­vers Mme Clin­ton qu’en­vers M. Trump, qui a pu men­tir ou­ver­te­ment sans être contre­dit sur sa po­si­tion à l’égard de la guerre en Irak (con­trai­re­ment à ce qu’il a dit, il l’avait sou­te­nue au dé­but). Do­nald Trump fait, dans cette cam­pagne, un usage im­mo­dé­ré du men­songe. Il ment si sou­vent, et de ma­nière si éhon­tée, que ses cri­tiques omettent par­fois de lui op­po­ser la vé­ri­té ou, lors­qu’ils le font, sont in­au­dibles. Ce­la fait par­tie de la mé­thode Trump. Hilla­ry Clin­ton et le camp dé­mo­crate le savent. C’est l’un des dé­fis qu’ils doivent re­le­ver dans cette cam­pagne hors norme. Et c’est pré­ci­sé­ment pour ce­la que la ges­tion mé­dia­tique du ma­laise de la can­di­date, qui l’a ame­née di­manche à quit­ter pré­ma­tu­ré­ment la cé­ré­mo­nie du sou­ve­nir du 11-Sep­tembre à New York, est in­ex­cu­sable. Au lieu de dire la vé­ri­té, à sa­voir qu’hilla­ry Clin­ton souf­frait d’une pneu­mo­nie, se­lon un diag­nos­tic éta­bli deux jours plus tôt par son mé­de­cin, son en­tou­rage a choi­si de pré­tex­ter, dans un pre­mier temps, un « coup de cha­leur ». Puis, réa­li­sant sans doute les dé­gâts cau­sés par la vi­déo ama­teur la mon­trant in­ca­pable de te­nir de­bout au mo­ment de mon­ter dans sa­voi­ture, l’équipe de la can­di­date dé­mo­crate a fi­na­le­ment ren­du pu­blic le vrai diag­nos­tic mé­di­cal. Trop tard : une fois de plus, Hilla­ry Clin­ton a don­né l’im­pres­sion d’avoir cher­ché à dis­si­mu­ler la vé­ri­té. Dans un pays où, dès lors que l’on re­joint la vie pu­blique, tout doit être vu et dit, c’est grave. L’in­té­gri­té est le ta­lon d’achille de Mme Clin­ton : se­lon un ré­cent son­dage Abc/wa­shing­ton Post, seuls 35 % des Amé­ri­cains la jugent digne de confiance. Or si la can­di­date dé­mo­crate est tou­jours en tête dans les in­ten­tions de vote, son avance sur Do­nald Trump, dans le même son­dage, s’est ré­duite à 5 points (46 % contre 41 %). Hilla­ry Clin­ton a pu­blié tous ses do­cu­ments fis­caux, Do­nald Trump re­fuse de pu­blier les siens. Hilla­ry Clin­ton a ren­du pu­bliques beau­coup plus d’in­for­ma­tions sur sa san­té que Do­nald Trump. Cible d’une re­dou­table cam­pagne de ru­meurs sur son état, la can­di­date de 68 ans est per­çue comme plus vul­né­rable phy­si­que­ment que son ad­ver­saire de 70 ans, alors qu’elle et lui mènent la même cam­pagne à un rythme d’en­fer. C’est in­juste, mais la fé­ro­ci­té du cli­mat po­li­tique n’est pas une dé­cou­verte pour Hilla­ry Clin­ton. La seule fa­çon d’y faire face, pour elle, est de dire la vé­ri­té, toute la vé­ri­té, rien que la vé­ri­té.

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