"Peste brune", Wei­mar... Les ré­fé­rences his­to­riques de Ni­co­las Sar­ko­zy face au ter­ro­risme

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Jean-ma­rie Le Pen n'a plus le mo­no­pole des ré­fé­rences à la Se­conde guerre mon­diale. Dans un dis­cours aux to­na­li­tés par­ti­cu­liè­re­ment bel­li­queuses pro­non­cé lun­di 12 sep­tembre lors d'un mee­ting à Pro­vins (Seine-et-marne), Ni­co­las Sar­ko­zy a mul­ti­plié les al­lu­sions au conflit de 39-45 pour dé­cré­ter une "guerre to­tale" contre "le ter­ro­risme is­la­miste", cette "peste noire" qu'il a com­pa­rée à la "peste brune" du na­zisme. Pour pro­té­ger les Fran­çais, "la seule guerre pos­sible contre le ter­ro­risme is­la­miste ne peut être qu’une guerre to­tale im­pla­cable", a lan­cé l'an­cien pré­sident de­vant une foule de par­ti­sans. "Guerre to­tale", le clin d'oeil aux heures les plus sombres de l'his­toire n'est pas à prendre à la lé­gère. Ce concept dé­fi­nit un conflit mo­bi­li­sant l'in­té­gra­li­té des res­sources de l'etat, im­pli­quant forces ar­mées, mais aus­si po­pu­la­tion ci­vile, tis­su éco­no­mique, édu­ca­tion et jus­tice. Une ma­nière pour Ni­co­las Sar­ko­zy de jus­ti­fier les en­torses à la Consti­tu­tion qu'il pré­voit dans le but de pro­té­ger les Fran­çais. Ju­geant que la dé­mo­cra­tie ne peut se per­mettre d'être "faible", Ni­co­las Sar­ko­zy a une nou­velle fois plai­dé pour une res­tric­tion au­to­ri­taire et sans ju­ge­ment des li­ber­tés de ceux qu'ils dé­si­gnent comme des ji­ha­distes. "Pour pro­té­ger votre li­ber­té, nous de­vons ré­duire la leur, voi­là ma concep­tion de l'état de droit", a-t-il ton­né. L'an­cien chef de l'etat a dé­jà pro­po­sé que toutes les per­sonnes fi­chées S et soup­çon­nées d'ac­coin­tances avec les mi­lieux ter­ro­ristes soient in­ter­nées sur dé­ci­sion ad­mi­nis­tra­tive. La pro­po­si­tion a été écar­tée avec vi­gueur par Fran­çois Hol­lande, mais aus­si par le très res­pec­té pro­cu­reur Mo­lins, au nom des règles consti­tu­tion­nelles qui l'in­ter­disent. Une pré­cau­tion qui n'a pas ar­rê­té Ni­co­las Sar­ko­zy. De­puis Pro­vins, ce­lui-ci a fi­lé la mé­ta­phore de la Se­conde guerre mon­diale pour mieux étriller le "re­non­ce­ment" de son ri­val so­cia­liste. "Le gé­né­ral de Gaulle ne se se­rait pas ca­ché der­rière l'état de droit ac­tuel ou une fal­la­cieuse concep­tion de la dé­mo­cra­tie pour ne rien faire", s'est en­flam­mé l'an­cien pré­sident de la Ré­pu­blique à la tri­bune en ré­cla­mant une mo­bi­li­sa­tion gé­né­rale de toutes les forces vives de la na­tion. Evo­quant un en­ne­mi "par­tout et nulle part", Ni­co­las Sar­ko­zy a es­ti­mé que "cette guerre ne doit pas se li­mi­ter à des ac­tions mi­li­taires ou po­li­cières, même si ces der­nières sont in­dis­pen­sables (...) Elle doit être me­née sur tous les fronts : le front idéo­lo­gique, le front di­plo­ma­tique, le front cultu­rel, so­cial, édu­ca­tif…". Et de pour­suivre sa dé­mons­tra­tion non sans poin­ter la res­pon­sa­bi­li­té spé­ci­fique des mu­sul­mans de France: "Tout le monde doit s’y em­ployer avec la même éner­gie, avec la même dé­ter­mi­na­tion : l’en­sei­gnant, le prêtre, comme l’imam, sur­tout l’imam, l’as­sis­tante so­ciale, le maire", a-t-il af­fir­mé, "mais pour ce­la, en­core faut-il sa­voir au nom de quoi nous nous bat­tons". "La guerre contre le ter­ro­risme n’est pas une idée de droite ou de gauche. La guerre s’im­pose (...) La Ré­pu­blique de Wei­mar, qui était une belle Ré­pu­blique, une belle dé­mo­cra­tie par­le­men­taire, pleine de dé­bats, de ju­ristes sa­vants et de fins let­trés, est morte de n’avoir pas su prendre l’exacte me­sure du na­zisme", a-t-il mis en garde en ci­tant la ré­pu­blique al­le­mande ren­ver­sée par Adolf Hit­ler.

Si l'al­lu­sion vise une fois en­core Fran­çois Hol­lande, elle s'adresse aus­si à son ri­val Alain Jup­pé dont Ni­co­las Sar­ko­zy a raillé les "ac­com­mo­de­ments pré­ten­du­ment rai­son­nables" prô­nés par le maire de Bor­deaux avec l'is­lam de France tout en dé­non­çant l'échec des "pro­phètes du bon­heur". Avant lui, Alain Jup­pé avait ap­pe­lé les Fran­çais à ne pas se lais­ser "abattre par le dé­fai­tisme des pro­phètes de mal­heur".

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