Le coup d'éclat à Cannes de Hou­da Be­nya­mi­na

Le Temps (Tunisia) - - Magazine -

Lors de la cé­ré­mo­nie de clô­ture du Fes­ti­val de Cannes, la ci­néaste Hou­da Be­nya­mi­na a ré­veillé l'as­sem­blée en ar­ri­vant sur scène, avec ses ac­trices. Elle a dé­cro­ché la Ca­mé­ra d'or avec son pre­mier long mé­trage Di­vines et s'est lan­cée dans un dis­cours in­tense, drôle et émou­vant. Cer­tains di­ront vul­gaire, car quelques gros mots ont pu lui échap­per, mais ce n'est pas ce­la que l'on re­tien­dra de son pas­sage sous les pro­jec­teurs. C'est une femme dé­ter­mi­née, pas­sion­née et pas­sion­nante qui a été ap­plau­die. Di­vines ra­conte l'his­toire de Dou­nia. Elle plaque le ly­cée pour al­ler tra­vailler pour la cha­ris­ma­tique dea­leuse du quar­tier. À ses cô­tés, sa meilleure amie Mai­mou­na, qui vit avec elle cette as­cen­sion puis la des­cente aux en­fers iné­luc­table. C'est un film dont le ré­cit se dé­roule en ban­lieue mais qui n'est pas sur la ban­lieue. Il ra­conte le des­tin de filles qui as­pirent à autre chose que ce dans quoi elles sont confi­nées. Le dé­cor n'est d'ailleurs pas seule­ment la ci­té mais un camp de Roms, lieu de la mi­sère so­ciale d'au­jourd'hui, bru­tale et mé­tis­sée. Pas ques­tion de com­mu­nau­té dans ce long mé­trage, mais de per­sonnes, d'êtres ani­més de l'en­vie vio­lente de s'en sor­tir. Le pre­mier rôle re­vient à Ou­laya Amam­ra, soeur de la réa­li­sa­trice, qui a ba­taillé ferme pour créer son per­son­nage et convaincre son aî­née qui la trou­vait trop dé­li­cate pour l'in­car­ner. Ou­laya forme avec Dé­bo­rah Lu­ku­mue­na un duo de femmes bou­le­ver­sant, unies à la vie, à la mort. Au mo­ment de son dis­cours can­nois, elle a peut-être été en ten­dance Twit­ter à un ins­tant T, fai­sant l'ob­jet de re­marques pas for­cé­ment agréables. Mais elle ac­cepte la cri­tique: "Les gens ont le droit de ne pas m'ai­mer, mais qu'ils aillent voir mon film, qu'ils jugent mon tra­vail. Quand on de­vient une per­sonne pu­blique comme je suis en train de le de­ve­nir, il faut être prêt à ac­cep­ter qu'on ne t'aime pas. "Hou­da Be­nya­mi­na es­time qu'elle se re­con­naît au­jourd'hui plus dans le ci­né­ma qu'il y a dix ans: "Je ne vais pas dire que ça n'a pas pro­gres­sé de­puis une dé­cen­nie. Mais ça pour­rait être en­core mieux, nuance-telle tou­te­fois. Aux États-unis, ils ont ins­tau­ré des lois, des quo­tas. Je mi­lite pour la dis­cri­mi­na­tion po­si­tive. Je n'ai pas le temps d'at­tendre que les men­ta­li­tés changent."

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