La pre­mière fois…

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Sa­mia HARRAR

Ils ont peur. Re­doutent sur­tout le mo­ment où ils vont se re­trou­ver seuls sous le préau, sans la main de pa­pa ou ma­man à la­quelle ils se se­ront ac­cro­chés jus­qu'au der­nier mo­ment, comp­tant sur un mi­racle qui les sau­ve­ra de l'in­con­nu, jus­qu'à ce qu'ils aient com­pris que ce mi­racle n'au­ra pas lieu, puis­qu'ils sont dé­jà en train de suivre la maî­tresse ou le maître, qui de­vra les di­ri­ger vers leurs classes res­pec­tives, pour af­fron­ter leur de­ve­nir.

Ils ont peur. Re­doutent sur­tout le mo­ment où ils vont se re­trou­ver seuls sous le préau, sans la main de pa­pa ou ma­man à la­quelle ils se se­ront ac­cro­chés jus­qu’au der­nier mo­ment, comp­tant sur un mi­racle qui les sau­ve­ra de l’in­con­nu, jus­qu’à ce qu’ils aient com­pris que ce mi­racle n’au­ra pas lieu, puis­qu’ils sont dé­jà en train de suivre la maî­tresse ou le maître, qui de­vra les di­ri­ger vers leurs classes res­pec­tives, pour af­fron­ter leur de­ve­nir.

C’est le jour de la ren­trée, et l’école vient de leur ou­vrir grandes ses portes, pour qu’ils y ap­prennent à lire et à écrire, et à comp­ter aus­si, au mi­lieu d’autres élèves, aus­si ef­fa­rou­chés qu’ils le sont eux-mêmes au­jourd’hui, d’être ain­si li­vrés à eux-mêmes pour ain­si dire, pour la pre­mière fois, puis­qu’ils y se­ront sans leurs pa­rents, de­vant cou­per, sym­bo­li­que­ment cette fois-ci, ce fa­meux cor­don om­bi­li­cal, qui les re­lie à eux, pour fran­chir une nou­velle étape dans leur vie, la­quelle se­ra dé­ter­mi­nante pour de longues an­nées à ve­nir…

Une pre­mière fois, c’est tou­jours mer­veilleux. Après coup. Au dé­part, il y a la peur au ventre, in­ex­tri­ca­ble­ment mê­lées à une sorte de fas­ci­na­tion de­vant une nou­velle aven­ture, dont les pa­rents leur ont pro­mis monts et mer­veilles, à l’ins­tar du car­table flam­bant neuf, des livres dont cer­tains sentent en­core l’encre fraîche, et des ca­hiers, aux pages qua­drillées, qu’il fau­dra rem­plir au fur et à me­sure, ain­si que la trousse, pleine à cra­quer de sty­los et de crayons de cou­leur, qui leur ser­vi­ront à des­si­ner un monde à hau­teur d’en­fants.

Un monde à hau­teur d’en­fants, ce se­rait mer­veilleux, parce qu’il se­rait rem­pli de fleurs et de pa­pillons, avec des créa­tures fée­riques, af­fu­blées d’ailes, qui vo­lettent sur le pré ver­doyant, par­cou­ru de ruis­seaux clairs et lim­pides, comme leur re­gard in­no­cent, qui se pose pour la pre­mière fois sur le ta­bleau noir, pour y ap­prendre la pre­mière lettre de l’al­pha­bet. C’est leur pre­mier jour d’école. Certes, ils ont peur, mais ils sont heu­reux. L’école doit faire en sorte qu’ils le soient tou­jours. C’est leur toute pre­mière fois…

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