In­tenses ac­ti­vi­tés du cô­té du Pa­lais de La Kas­bah Les vraies prio­ri­tés pour Yous­sef Cha­hed

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Nou­red­dine HLAOUI

Le nou­veau gou­ver­ne­ment de Yous­sef Cha­hed conti­nue à mul­ti­plier les si­gnaux po­si­tifs en va­riant et les ac­ti­vi­tés et les ef­fets d’an­nonce por­tant sur les di­vers sec­teurs de la vie na­tio­nale tout en s’oc­cu­pant mé­tho­di­que­ment des dif­fé­rents do­maines avec une prio­ri­té par­ti­cu­lière à ceux exi­geant plus de prio­ri­té. On constate, ain­si, que tout en ac­cor­dant la prio­ri­té à la lutte contre le ter­ro­risme, à la re­lance de la dy­na­mique éco­no­mique, d’autres ac­ti­vi­tés n’ont pas été, pour au­tant dé­lais­sés, dont no­tam­ment celles ad­mi­nis­tra­tives et, sur­tout le vo­let de l’en­sei­gne­ment.

En ef­fet, à tout sei­gneur, tout hon­neur, le sec­teur de l’édu­ca­tion et de l’en­sei­gne­ment, ayant bé­né­fi­cié, de tout temps, d’une sol­li­ci­tude spé­ci­fique, et vu que la ren­trée, c’est pour de­main, a fait l’ob­jet d’une séance de tra­vail entre le chef du gou­ver­ne­ment et le mi­nistre de l’edu­ca­tion, Né­ji Jel­loul , qui a te­nu une con­fé­rence de presse pour faire le der­nier point avant le jour « J » de la ren­trée des classes. L’édu­ca­tion et l’en­sei­gne­ment, qui bé­né­fi­cient de la part de lion dans le bud­get de l’etat avec plus de 30%, ne pou­vaient res­ter tri­bu­taires du bon vou­loir des syn­di­cats concer­nés d’où la course contre la montre en vue de trou­ver une so­lu­tion au bras de fer im­po­sé par L’UGTT et le se­cré­taire gé­né­ral de l’en­sei­gne­ment se­con­daire Las­sâad Yaâ­cou­bi. Ce qui fut fait.

Tou­jours est-il qu’on ne sait pas les dé­tails et les clauses de l’ac­cord entre les deux par­ties, gou­ver­ne­men­tale et syn­di­cale. On nous si­gnale que tout est ré­glé et qu’il n’y a plus de dif­fé­rend, d’où l’an­nu­la­tion de la grève. D’ailleurs, les ob­ser­va­teurs re­lèvent que Né­ji Jel­loul a tou­jours eu des ten­sions et des bras de fer avec des né­go­cia­tions sous la me­nace avec le syn­di­cat de Las­sâad Yaâ­cou­bi. Et à chaque fois, tout rentre dans l’ordre. Et c’est tant mieux. Mais sans que l’on sache qui a ob­te­nu quoi exac­te­ment ! Le vo­let éco­no­mique est ce­lui qui fait l’ob­jet, sans dis­con­ti­nuer, d’un in­té­rêt ma­jeur. On ci­te­ra, à ce pro­pos, la séance de tra­vail te­nue, juste avant les congés de l’aïd entre Yous­sef Cha­hed et les in­ves­tis­seurs et autres pro­mo­teurs tu­ni­siens qui ont été in­ci­tés et in­vi­tés à lan­cer des pro­jets dans les zones dé­fa­vo­ri­sés qui sont, of­fi­ciel­le­ment, au nombre de qua­torze. Le site de la pré­si­dence du gou­ver­ne­ment a ren­du pu­blique une par­tie de la séance de tra­vail et, plus par­ti­cu­liè­re­ment, les pro­pos te­nus par M. Cha­hed à l’in­ten­tion des hommes d’af­faires. Or, une re­marque s’im­pose : tel un élève stu­dieux, le chef du gou­ver­ne­ment li­sait son texte à par­tir d’une feuille pla­cée de­vant lui sans ou­blier son ton qui rap­pelle un pro­fes­seur dis­pen­sant un cours ma­gis­tral dans un am­phi­théâtre. Mais l’on doit dire que mieux vaut une ap­proche qui laisse à dé­si­rer sur le plan de la forme que de ne rien faire du tout, l’es­sen­tiel étant de s’oc­cu­per du fond et de res­pec­ter les en­ga­ge­ments pris quant à l’avan­ce­ment des ob­jec­tifs an­non­cés pour les do­maines prio­ri­taires. Sur ce vo­let bien dé­ter­mi­né, à sa­voir ce­lui des in­ves­tis­se­ments, nous croyons sa­voir que des sou­cis ma­jeurs in­quiètent l’équipe gou­ver­ne­men­tale con­cer­nant le pro­chain ren­dez-vous avec la Con­fé­rence in­ter­na­tio­nale sur les in­ves­tis­se­ments en Tu­ni­sie, pré­vue fin no­vembre 2016 à Tu­nis.

Il semble qu’à part les Qa­ta­ris et les Turcs, les par­ti­ci­pants se font en­core dé­si­rer, no­tam­ment les Eu­ro­péens et ceux des autres pays du Golfe, plus pré­ci­sé­ment des Emi­rats Arabes Unis et, à un de­gré moindre, du Royaume d’ara­bie Saou­dite.

C’est dire que les or­ga­ni­sa­teurs et les cadres nom­més pour se char­ger de la mo­bi­li­sa­tion à l’échelle in­ter­na­tio­nale vont avoir du pain sur la planche pour réus­sir cette échéance, qua­li­fiée de cru­ciale pour l’ave­nir éco­no­mique et fi­nan­cier de la Tu­ni­sie. Et là aus­si, les Tu­ni­siens ont le droit d’être ré­gu­liè­re­ment in­for­més de l’avan­ce­ment de cette opé­ra­tion dé­ter­mi­nante pour leur ave­nir.

Autre point qui reste à éclair­cir est ce­lui des re­la­tions entre le gou­ver­ne­ment et les par­tis po­li­tiques. En ef­fet, jus­qu’à pré­sent, on n’a au­cune idée sur la na­ture de ces re­la­tions. Se­ront-elles sim­ple­ment consul­ta­tives ou ayant un ca­rac­tère de co­or­di­na­tion comme elles l’étaient du temps du dé­funt gou­ver­ne­ment Ha­bib Es­sid ?

Tous les di­ri­geants des par­tis dé­clarent qu’ils sont dé­ci­dés à ac­com­plir leur rôle de contrô­leurs à tra­vers leurs élus à l’as­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple, mais ils n’ont eu, à au­cun mo­ment, à in­ter­ve­nir dans tel ou autre vo­let de la ges­tion des af­faires de l’etat. Pour­tant, avec l’an­cienne équipe gou­ver­ne­men­tale, les par­tis, par le biais de la Co­or­di­na­tion par­ti­sane, fai­saient de l’ombre au team du Pa­lais de La Kas­bah avec la mul­ti­pli­ca­tion des dé­cla­ra­tions pu­bliques dé­sta­bi­li­santes qui désar­çon­naient l’an­cien chef du gou­ver­ne­ment et ses mi­nistres.

Et la ques­tion qui se pose est la sui­vante : Les par­tis au­ron­tils le droit de de­man­der des comptes à leurs re­pré­sen­tants au sein du gou­ver­ne­ment ou est-ce que M. Cha­hed gar­de­ra la main haute sur son équipe et re­fu­se­ra toute in­gé­rence dans sa ges­tion des af­faires du pays, lais­sant aux for­ma­tions po­li­tiques, juste, le droit de pro­cé­der par des ques­tion­ne­ments à l’in­té­rieur de l’hé­mi­cycle du Bar­do ? En par­lant des prio­ri­tés du gou­ver­ne­ment, nous nous trou­vons de­vant une qui semble voir été igno­rée, mais qui est en train de faire beau coup de mal à la Tu­ni­sie et aux Tu­ni­siens aus­si bien sur le plan hu­main qu’à ce­lui ma­té­riel. Nous avons ci­té les ac­ci­dents de la route.

En ef­fet, les sta­tis­tiques sont là et elles évoquent un bi­lan de pertes en vies hu­maines beau­coup plus éle­vé que celles cau­sées par le fléau du ter­ro­risme. A titres d’exemple et rien que pour le mois d’août der­nier, on a en­re­gis­tré près de 500 ac­ci­dents de la cir­cu­la­tion avec plus de 130 morts et des cen­taines d’autres bles­sés. Et le mois de sep­tembre semble connaître un bi­lan aus­si triste ou presque sa­chant que ce­la cause , éga­le­ment, des pertes énormes en ma­té­riels et en soins de san­té sans comp­ter le nombre de per­sonnes por­teuses d’han­di­caps, sou­vent, à vie et les manques de jour­nées de tra­vail, etc.

C’est dire les vastes im­pli­ca­tions de cet autre fléau, puisque, fi­na­le­ment, ce­lui qui tient un vo­lant peut être as­si­mi­lé ou com­pa­ré à quel­qu’un qui porte une arme uti­li­sée à mau­vais es­cient. Alors qu’a pré­vu le gou­ver­ne­ment Cha­hed pour contre­car­rer les mé­faits de ce phé­no­mène ? Une ré­vi­sion de l’in­fra­struc­ture rou­tière et des lois ré­gis­sant les ac­ci­dents de la route semble s’im­po­ser pour at­té­nuer un tant soit peu les drames qui ré­sultent de cette si­tua­tion sans ou­blier la né­ces­si­té d’une cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion dont les contours res­tent à dé­fi­nir afin qu’elle soit la plus ef­fi­cace pos­sible.

En­fin, l’équipe char­gée de la com­mu­ni­ca­tion au­tour de Yous­sef Cha­hed est ap­pe­lée à re­voir avec un oeil cri­tique cer­tains as­pects de sa dé­marche. On vise, là, les pho­tos et les vi­déos de l’inau­gu­ra­tion du pont de l’aria­na et celles le mon­trant en train de man­ger un sand­wich avec des membres de son staff. Sans dire qu’il s’agit d’er­reurs de com­mu­ni­ca­tions, il se­rait utile d’en faire l’éva­lua­tion et d’en me­su­rer l’im­pact, po­si­tif ou né­ga­tif, sur l’opi­nion pu­blique. Il y va de la cré­di­bi­li­té et de l’image de marque du nou­veau chef du gou­ver­ne­ment, car la com­mu­ni­ca­tion se­ra un fac­teur clé et dé­ci­sif dans sa réus­site ou non dans sa mis­sion.

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