Les fêtes re­li­gieuses ré­vèlent leurs se­crets

Le Temps (Tunisia) - - Arts & Culture - Hech­mi KHALLADI

Dr Ah­med Toui­li, au­teur pro­li­fique dont les ou­vrages dé­passent la cen­taine, a pu­blié, aux Edi­tions So­te­pa Gra­phic, un livre au­tour des deux plus im­por­tantes fêtes re­li­gieuses dans l’is­lam et la ma­nière avec la­quelle elles sont cé­lé­brées en Tu­ni­sie, à sa­voir l’aïd Al Fi­tr et l’aïd Al Id­ha, ap­pe­lées com­mu­né­ment « Aïd Es­se­ghir » et « Aïd El Ké­bir ». Un livre qu’on peut consi­dé­rer comme une ré­fé­rence cultu­relle, étant tou­jours d’ac­tua­li­té, no­tam­ment pour les jeunes gé­né­ra­tions dont la ma­jo­ri­té ignore les ri­tuels as­so­ciés à ces deux oc­ca­sions re­li­gieuses, dans les dif­fé­rentes ré­gions du pays.

Ce livre a été pré­cé­dé en 1997, lit-on dans l’in­tro­duc­tion, par un autre sur le même thème, ayant pour titre : « Fêtes et rites en Tu­ni­sie », sui­vi d’un autre livre dont le titre « Ra­ma­dan en Tu­ni­sie et dans le Pa­tri­moine ». Ces trois livres se­ront cou­ron­nés par un nou­veau titre « les Fes­ti­vi­tés du Mou­led en Tu­ni­sie ».

Dans « Cé­lé­bra­tion des fêtes d’al-fi­tr et d’al Id­ha en Tu­ni­sie », l’au­teur s’in­té­resse par­ti­cu­liè­re­ment à ces deux fêtes re­li­gieuses cé­lé­brées par les mu­sul­mans en Tu­ni­sie en consa­crant pour chaque fête une bonne par­tie.

Dans la pre­mière par­tie, l’au­teur étaye les ori­gines d’al Fi­tr et ses as­pects. En ef­fet, L'aïd el-fi­tr, ou fête de la rup­ture du jeûne, est la com­mé­mo­ra­tion mar­quant la fin du Ra­ma­dan. Cette cé­lé­bra­tion est l'ex­pres­sion du par­don ac­cor­dé par Al­lah aux mu­sul­mans qui, pen­dant le mois de Ra­ma­dan, ont su tra­duire dans l’acte leur sou­mis­sion in­con­di­tion­nelle afin d'ex­pier leurs pé­chés de l'an­née écou­lée. Lors­qu'il ini­tie le cé­ré­mo­nial at­ta­ché à l'aïd el-fi­tr, le Pro­phète in­sis­ta sur l'at­ti­tude de droi­ture et de pié­té qui de­vait y être ob­ser­vée, afin que les croyants puissent com­men­cer une nou­velle an­née de la ma­nière la plus ver­tueuse qui soit. Par­mi les com­mé­mo­ra­tions qui marquent cette fête, l’au­teur cite les for­mules d’usage de fé­li­ci­ta­tions échan­gées par les Tu­ni­siens le jour de l’aïd, soit di­rec­te­ment au moyen d’ac­co­lades et congra­tu­la­tions ou, à l’aide du té­lé­phone, les SMS ou les ré­seaux so­ciaux, no­tam­ment en nos temps mo­dernes. La joie dé­bor­dante qui se ma­ni­feste chez tous les in­di­vi­dus et toutes les fa­milles, d’au­tant plus que cette fête vient juste après l’ac­com­plis­se­ment du jeûne, l’un des cinq pi­liers de l’is­lam. Aus­si peut-on voir les vi­sites des pa­rents et des proches pa­rents du­rant cette pé­riode de l’aïd, his­toire de conso­li­der les liens fa­mi­liaux et faire table rase sur les li­tiges et les mal­en­ten­dus au sein des fa­milles. En outre cette fête est l’oc­ca­sion de pré­pa­rer les confi­se­ries et les gâ­teaux tra­di­tion­nels que les fa­milles s’offrent entre elles et que les femmes ont concoc­tés quelques jours avant l’aïd. De plus, cette fête est mar­quée par le port de nou­veaux ha­bits, no­tam­ment les en­fants qui sont pa­rés de leurs plus beaux vê­te­ments ache­tés au­pa­ra­vant. L’au­teur parle éga­le­ment de l’im­pact de cette fête sur la lit­té­ra­ture, si bien qu’elle ins­pire pas mal de poètes qui s’ex­priment avec ef­fu­sion à pro­pos de cette oc­ca­sion et il nous four­nit quelques ex­traits qui res­tent

mé­mo­rables. Par ailleurs, l’au­teur nous pré­sente cette fête à tra­vers les pa­roles (ha­dith) du Pro­phète en sou­li­gnant l’im­por­tance et la va­leur mo­rale de cette fête dans la vie des mu­sul­mans. En­fin, l’au­teur passe en re­vue la ma­nière dont cette fête a été cé­lé­brée en Tu­ni­sie à tra­vers les époques : du règne des Agh­la­bides jus­qu’à ce­lui des Hus­sei­nites, en pas­sant par les époques des Haf­sides et des Fa­ti­mides, tout en in­di­quant les spé­ci­fi­ci­tés des cé­ré­mo­nies pra­ti­quées à cha­cune des époques. La deuxième par­tie du livre est consa­crée à la fête de l’aïd Al Id­ha (la fête du sa­cri­fice). Cette fête qui re­vêt une im­por­tance par­ti­cu­lière aux yeux des mu­sul­mans en Tu­ni­sie et dans le monde is­la­mique en gé­né­ral, car elle est re­liée à une his­toire re­la­tée à la fois dans le Co­ran et dans l’an­cien Tes­tament (livre sa­cré des juifs et des chré­tiens), sous une forme un peu dif­fé­rente, donc re­con­nue par toutes les re­li­gions, à quelques ex­cep­tions près. En ef­fet, dans le dé­sert mec­quois, Abra­ham vit en songe qu’il de­vait sa­cri­fier son fils. Au ré­veil, il lui ra­con­ta sa vi­sion. Is­maël, se­rein, dit à son père : « Fais ce qui t’est or­don­né, évite de te sa­lir de mon sang afin que ma mère l’ignore. » Ils par­tirent tous deux vers la plaine de Mi­na où de­vait avoir lieu le sa­cri­fice su­prême. A l’ins­tant où, dans une sou­mis­sion ab­so­lue, où il était sur le point d’égor­ger son fils, sou­dain la voix di­vine ar­rê­ta son geste : « O Abra­ham, tu as été fi­dèle à ton songe, ra­chète ton en­fant avec le mou­ton que voi­ci. » Il prit la bête et l’im­mo­la en signe de gra­ti­tude et de re­mer­cie­ment. Et de­puis, les pè­le­rins mu­sul­mans sa­cri­fient le mou­ton le jour de la fête de l’aïd et la­pident à trois re­prises Sa­tan à Mi­na, après les sept cir­cu­mam­bu­la­tions au­tour de la Ka’ba (re­cons­truite par Abra­ham et Is­maël) et les sept va-et-vient sym­bo­li­sant le désar­roi d’agar de­vant un fils as­soif­fé entre les col­lines de Sa­fa et Mar­wa. Donc, cette fête est ac­com­pa­gnée re­li­gieu­se­ment aux rites du pè­le­ri­nage à la Mecque et la vi­site du Mont Ara­fet où les Fi­dèles im­plorent di­rec­te­ment Dieu afin de se pu­ri­fier et de se pur­ger de leurs mé­faits et leurs pé­chés. L’au­teur consacre tout un pas­sage au pè­le­ri­nage d’adieu ef­fec­tué par le Pro­phète Mo­ha­med au cours du­quel il a pro­non­cé son fa­meux dis­cours d’adieu qui se dis­tingue par une in­fi­ni­té d’en­sei­gne­ments et de consignes adres­sés aux Mu­sul­mans , con­cer­nant sur­tout les étapes du pè­le­ri­nage. On peut re­le­ver çà et là les pa­roles du Pro­phète et les ver­sets co­ra­niques con­cer­nant cette fête du sa­cri­fice dont l’ori­gine est l’his­toire d’abra­ham avec son fils Is­maël. A cette oc­ca­sion, les Mu­sul­mans s’ap­prochent de plus en plus de Dieu, en sa­cri­fiant un mou­ton, quand bien même l’égor­ge­ment d’un mou­ton se­rait un de­voir pour cer­taines écoles (ex : Ha­na­fites et Cha­féites) et re­lè­ve­rait seule­ment de la Sun­na aux yeux des Ma­lé­kites. Ce­pen­dant ce sa­cri­fice n’est obli­ga­toire que pour le mu­sul­man qui au­rait les moyens de s’of­frir le mou­ton à égor­ger en signe de sa­cri­fice, tout en étant ma­jeur et de bonne foi.

A la fin de cette par­tie, l’au­teur in­tègre des poèmes glo­ri­fiant cette oc­ca­sion qui ont été com­po­sés à tra­vers l’his­toire et il in­sère éga­le­ment des fac-si­mi­lés de vieux ma­nus­crits re­la­tant l’his­toire d’abra­ham et son fils Is­maël, la­quelle his­toire don­na nais­sance à la pra­tique du sa­cri­fice de l’aïd Al Ké­bir.

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