Flou sur le Brexit

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Face à l’im­pa­tience crois­sante des Eu­ro­péens, The­re­sa May ne lâche pas grand chose sur la mise en oeuvre du Brexit mais sa stra­té­gie se fait plus claire: gar­der ses cartes en main avant le dé­but des né­go­cia­tions for­melles et évi­ter que des di­ver­gences in­ternes ne fra­gi­lisent la po­si­tion de Londres. La nou­velle Pre­mière mi­nistre bri­tan­nique, qui avait de­man­dé à ses mi­nistres de mettre à pro­fit la pé­riode es­ti­vale pour tra­vailler à des pro­po­si­tions sur l’ave­nir des re­la­tions avec Bruxelles, a réuni son gou­ver­ne­ment en sé­mi­naire fin août à sa ré­si­dence of­fi­cielle de Che­quers, ou­vrant ex­cep­tion­nel­le­ment la réunion aux ca­mé­ras de la té­lé­vi­sion. Celle qui a suc­cé­dé à Da­vid Ca­me­ron après le ré­fé­ren­dum du 23 juin, par le­quel une ma­jo­ri­té de Bri­tan­niques ont choi­si de quit­ter l’union eu­ro­péenne 43 ans après l’avoir re­jointe, a pro­mis de né­go­cier un «ac­cord unique» qui per­met­tra aux Bri­tan­niques de contrô­ler l’im­mi­gra­tion tout en ob­te­nant les meilleures condi­tions pos­sibles sur le com­merce des biens et des ser­vices. «Nous de­vons conti­nuer d’être clairs: Brexit si­gni­fie Brexit, et nous al­lons le réus­sir», a-t-elle dit à ses mi­nistres, re­je­tant l’hy­po­thèse d’un se­cond ré­fé­ren­dum. «Brexit is Brexit», «Brexit means Brexit»: pour ses dé­trac­teurs, l’ex­pres­sion em­ployée à de mul­tiples re­prises par May re­lève du slo­gan prê­tant le flanc à une trop large in­ter­pré­ta­tion. «The­re­sa May dit ‘Brexit is Brexit’ mais il n’y a rien der­rière», s’agace un haut di­plo­mate fran­çais. La Pre­mière mi­nistre ne par­ti­ci­pe­ra pas au­jourd’hui au som­met eu­ro­péen de Bra­ti­sla­va, où les Vingt-sept ne pour­ront élu­der la ques­tion du Brexit sans pour au­tant être en me­sure de prendre l’ini­tia­tive. Car en la ma­tière, c’est à Londres de dé­clen­cher la pro­cé­dure de di­vorce. L’en­tou­rage de The­re­sa May laisse en­tendre qu’elle n’in­vo­que­ra pas l’ar­ticle 50 du trai­té eu­ro­péen de Lis­bonne avant le dé­but de l’an­née pro­chaine. Dans l’in­ter­valle, les par­te­naires eu­ro­péens de Londres n’ont d’autre choix que d’at­tendre.

«C’est ain­si que je pro­cède», a confié la Pre­mière mi­nistre aux jour­na­listes l’ac­com­pa­gnant dans l’avion la me­nant au dé­but du dé­but du mois au som­met du G20 en Chine. «Je ne dé­barque pas en di­sant ‘Je vais prendre une dé­ci­sion’, mais j’étu­die les faits, je les sou­pèse, je prends con­seil, tiens compte de ce­la et abou­tis à une dé­ci­sion.» Une équipe de hauts fonc­tion­naires bri­tan­niques planche sur les moyens de contrô­ler l’im­mi­gra­tion, de rem­pla­cer les fi­nan­ce­ments com­mu­nau­taires per­dus ou de trans­po­ser en droit bri­tan­nique les lois et di­rec­tives eu­ro­péennes. Deux sources proches de ces pré­pa­ra­tifs ad­mettent en sa­voir peu sur les do­maines où des com­pro­mis se­raient pos­sibles ou sur les dé­tails des po­li­tiques qui se­ront sui­vies. L’ob­jec­tif, ajoutent-elles, est de sou­mettre une sé­rie d’op­tions à la dé­ci­sion de May.

Pas ques­tion, pré­cisent conseillers et mi­nistres bri­tan­niques, de se li­vrer à des «com­men­taires per­ma­nents» sur l’état des dis­cus­sions en­ga­gées avec les par­te­naires eu­ro­péens tant que la pro­cé­dure de di­vorce n’au­ra pas été for­mel­le­ment en­clen­chée. «Il s’agit d’une né­go­cia­tion. Il n’est pas tou­jours bon de com­men­cer par mettre toutes les cartes sur la table», sou­ligne sa porte-pa­role. Aus­si, lorsque son mi­nistre Da­vid Da­vis, char­gé du Brexit, es­time que l’ap­par­te­nance du Royaume-uni au mar­ché com­mun eu­ro­péen est «très im­pro­bable», The­re­sa May le re­ca­dret-elle en di­sant qu’il a émis une opi­nion per­son­nelle. De même, quand un autre de ses mi­nistres, Liam Fox, char­gé du Com­merce, laisse en­tendre que la Gran­de­bre­tagne de­vrait quit­ter l’union doua­nière eu­ro­péenne, les ser­vices du 10 Dow­ning Street font sa­voir qu’au­cune dé­ci­sion n’a en­core été prise. The­re­sa May sait per­ti­nem­ment que Da­vid Da­vis, Liam Fox et Bo­ris John­son, son mi­nistre des Af­faires étran­gères, tous trois fer­vents par­ti­sans du Brexit, nour­rissent aus­si des am­bi­tions per­son­nelles. La mise en scène du sé­mi­naire du 31 août au ma­noir de Che­quers, où la té­lé­vi­sion l’a fil­mée en train de don­ner des di­rec­tives à ses prin­ci­paux mi­nistres, ne doit rien au ha­sard, re­lève un membre de la chambre des Lords qui y voit l’or­ches­tra­tion de sa main­mise sur les com­mandes.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.