Mon­cef Mar­zou­ki fait son come back mé­dia­tique

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Nou­red­dine HLAOUI

De­puis l'avè­ne­ment du gou­ver­ne­ment d'union na­tio­nale de Yous­sef Cha­hed, on a en­re­gis­tré, outre les mou­ve­ments so­ciaux, par­fois lé­gi­times et spon­ta­nés, une mul­ti­tude d'autres faits qui sentent l'ar­ti­fi­ciel et le rous­si, tel­le­ment les cir­cons­tances de leur dé­rou­le­ment pa­raissent dou­teuses voire in­vrai­sem­blables. Le plus ré­cent de ces épi­sodes aux contours flous est ce­lui sur­ve­nu au cours de ces deux der­niers jours à pro­pos de l'in­ter­view ac­cor­dée à la chaîne de la té­lé­vi­sion d'at­tes­siâ, par Mon­cef Mar­zou­ki, qui avait été ca­ta­pul­té pré­sident de la Ré­pu­blique grâce à En­nahd­ha mal­gré ses quelques mil­liers de voix ob­te­nues lors des élec­tions lé­gis­la­tives.

De­puis l’avè­ne­ment du gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale de Yous­sef Cha­hed, on a en­re­gis­tré, outre les mou­ve­ments so­ciaux, par­fois lé­gi­times et spon­ta­nés, une mul­ti­tude d’autres faits qui sentent l’ar­ti­fi­ciel et le rous­si, tel­le­ment les cir­cons­tances de leur dé­rou­le­ment pa­raissent dou­teuses voire in­vrai­sem­blables. Le plus ré­cent de ces épi­sodes aux contours flous est ce­lui sur­ve­nu au cours de ces deux der­niers jours à pro­pos de l’in­ter­view ac­cor­dée à la chaîne de la té­lé­vi­sion d’at­tes­siâ, par Mon­cef Mar­zou­ki, qui avait été ca­ta­pul­té pré­sident de la Ré­pu­blique grâce à En­nahd­ha mal­gré ses quelques mil­liers de voix ob­te­nues lors des élec­tions lé­gis­la­tives. En ef­fet, à la sur­prise gé­né­rale et au mo­ment où l’on croyait ré­vo­lus les temps où des of­fi­ciels exer­çaient des pres­sions, voire des chan­tages, sur les jour­na­listes et les mé­dias pour cen­su­rer tel ar­ticle ou telle autre émis­sion, voi­là que le chef du mou­ve­ment Ha­rak al-ira­da et son se­cré­taire gé­né­ral lancent leur bombe quant à l’in­ter­dic­tion de l’in­ter­view ac­cor­dée par M. Mar­zou­ki à la chaîne At­tes­siâ. Les choses sont al­lées cres­cen­do avec un do­sage sa­vant et bien étu­dié : un post de Mon­cef Mar­zou­ki sur sa page of­fi­cielle sui­vi d’un autre pu­blié par Ad­nane Man­sar, tou­jours sur Fa­ce­book, pour an­noncer la te­nue d’une confé­rence de presse le len­de­main. En­tre­temps, Bo­rhane Bsaïes mul­ti­pliait les dé­cla­ra­tions à un point tel que tout le monde a cru qu’il était l’au­teur de l’in­ter­view alors que c’est son col­lègue, Mek­ki Hlel qui s’en est ac­quit­té. Le syn­di­cat na­tio­nal des jour­na­listes tu­ni­siens (SNJT) a joué son rôle de garde-fou de la li­ber­té de la presse en pu­bliant un com­mu­ni­qué pour s’éle­ver contre le « re­tour de la cen­sure ». Juste après la confé­rence de presse, Ad­nane Man­sar est pas­sé au pla­teau de Mi­di show sur Ra­dio Mo­saïque Fm pour ac­cu­ser ex­pres­sé­ment des conseillers à la pré­si­dence de la Ré­pu­blique et des membres du gou­ver­ne­ment de Yous­sef Cha­hed comme étant ceux ayant contac­té la di­rec­tion d’at­tes­siâ pour em­pê­cher la dif­fu­sion de la­dite in­ter­view.

Et c’est jus­te­ment, en pleine in­ter­ven­tion de M. Man­sar que Moez Ben Ghar­bia a dé­ci­dé, en­fin, de se ma­ni­fes­ter pour lire le com­mu­ni­qué de la di­rec­tion gé­né­rale de la chaîne. Un com­mu­ni­qué ca­té­go­rique: oui, il y a eu pres­sion de la part de res­pon­sables au Pa­lais de Car­thage et au Pa­lais de La Kas­bah pour ré­cla­mer l’in­ter­dic­tion de la fa­meuse in­ter­view ! Et coup de théâtre, M. Ben Ghar­bia an­nonce en di­rect que la di­rec­tion d’at­tes­siâ a dé­ci­dé de re­trans­mettre l’in­ter­view dans son in­té­gra­li­té dans les jours qui viennent, pro­ba­ble­ment, lun­di pro­chain, tout en te­nant à confir­mer et à ap­puyer les dires et les ac­cu­sa­tions d’ad­nane Man­sar. « Nos ad­ver­saires sont d’une naï­ve­té po­li­tique ex­tra­or­di­naire, pré­cise en­core M. Man­sar avant d’ajou­ter que son par­ti va ex­ploi­ter cette naï­ve­té et dé­non­cer ses au­teurs tout en ré­cla­mant un ques­tion­ne­ment du res­pon­sable ju­ri­dique de la chaîne par l’as­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple ».

Il faut re­con­naître, ef­fec­ti­ve­ment, qu’on a beau rechercher les éven­tuels mo­tifs ayant conduit les deux pré­si­dences à in­ter­ve­nir au­près des res­pon­sables de la­dite chaîne de té­lé­vi­sion, mais on n’en trouve au­cun dans le sens où il faut que les au­to­ri­tés ac­cu­sées soient d’une naï­ve­té in­croyable pour prendre de tels risques, car lo­gi­que­ment, les ré­per­cus­sions d’une telle dé­marche sont, de loin, plus né­ga­tives, que celles pou­vant ré­sul­ter de la dif­fu­sion de la ren­contre té­lé­vi­sée !

Voi­là pour ce qui est des pé­ri­pé­ties de ce feuilleton ro­cam­bo­lesque. Main­te­nant que les es­prits se sont, un tant soit peu, cal­més, et avec un peu de re­cul, il est pos­sible ti­rer cer­taines conclu­sions et d’ima­gi­ner les probables sce­na­rios. Nom­breux sont les ana­lystes qui soup­çonnent, plu­tôt, un « bluff » mé­dia­tique pour faire d’une pierre deux coups, comme on dit. Ce qui est cer­tain, est que cette af­faire a per­mis à Mon­cef Mar­zou­ki de faire un re­tour to­ni­truant sur la scène po­li­tique na­tio­nale et à la chaîne At­tes­siâ de faire par­ler d’elle en cette ren­trée po­li­tique avec l’es­poir de conqué­rir de nou­veaux té­lé­spec­ta­teurs et faire mon­ter son au­di­mat.

D’ailleurs, par­mi les ré­per­cus­sions « po­si­tives » pour M. Mar­zou­ki est qu’il est, de nou­veau, sol­li­ci­té par tous les mé­dias. Et dé­jà, il a eu, rien que du­rant la jour­née d’hier, deux in­ter­views avec les ra­dios d’ex­press Fm et de Shems Fm. Ce­ci prouve, si be­soin est, que Mon­cef Mar­zou­ki est da­van­tage in­té­res­sé par son re­tour sur la scène mé­dia­tique que par la dif­fu­sion de son in­ter­view sur At­tes­siâ. D’ailleurs, lui-même avoue que le conte­nu de la fa­meuse in­ter­view n’a rien de spec­ta­cu­laire et qu’il n’a pas te­nu des pro­pos fra­cas­sants se conten­tant d’une ana­lyse de la si­tua­tion ac­tuelle dans le pays avec une pro­jec­tion sur l’ave­nir. A no­ter, par ailleurs, que même le SNJT, pas le biais de Yous­sef Oues­la­ti, avoue que la si­tua­tion n’est pas claire et qu’il se­rait fort éton­nant que le pré­sident de la Ré­pu­blique, qui vient de si­gner la dé­cla­ra­tion arabe pour la li­ber­té de la presse, per­mette à des conseillers d’in­ter­ve­nir de la sorte. Il se­rait éton­nant, ajoute t-il que le gou­ver­ne­ment, qui vient à peine de prendre ses fonc­tions, se mêle d’un dos­sier aus­si po­lé­mique.

Ain­si, le pa­tron de Ha­rak al-ira­da en pro­fite pour faire de la pro­pa­gande à son par­ti pour dire qu’il se­ra l’une des pre­mières for­ma­tions po­li­tiques à l’ave­nir tout en cla­shant le nou­veau gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale qui n’a rien de tel que le nom, se­lon ses propres dires et en ac­cu­sant son chef, Yous­sef Cha­hed, dont il a ou­blié le nom (sic), de po­pu­lisme et de jouer la co­mé­die sans ou­blier de rap­pe­ler la « vi­déo qui a mon­tré le vrai ni­veau de M. Cha­hed ».

Mo­rale de l’his­toire, tout le monde s’ac­corde à dire que si les pres­sions ont bien eu lieu, ce se­rait trop grave pour le pro­ces­sus des li­ber­tés, en gé­né­ral, un des rares ac­quis réa­li­sés grâce à la Ré­vo­lu­tion, et pour la cré­di­bi­li­té du pou­voir en place. Dans le cas contraire comme ont ten­dance à le dire les ob­ser­va­teurs, ce se­rait trop grave pour le sec­teur de l’in­for­ma­tion qui per­drait, alors à son tour, sa cré­di­bi­li­té, sa­chant que Moez Ben Ghar­bia est re­ve­nu, hier, à la ques­tion en chan­geant, lé­gè­re­ment et si­gni­fi­ca­ti­ve­ment, ses pa­roles. En tout état de cause, le dos­sier de­meure flou en at­ten­dant que les choses soient ti­rées au clair. Et il est in­dé­niable que c’est au di­rec­teur de la chaîne de té­lé­vi­sion d’ap­por­ter les éclair­cis­se­ments né­ces­saires avec élé­ments fac­tuels et des noms pré­cis, si­non le reste ne se­rait que lit­té­ra­ture…

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