A quoi sert une am­bas­sade ?

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Sa­mia HARRAR

A beau­coup de choses, à pas grand­chose, à rien? Pui­sez dans le tas, et si vous ne trou­vez pas votre compte, ra­bat­tez-vous sur son an­ti­chambre: un consu­lat, ou toute autre re­pré­sen­ta­tion di­plo­ma­tique qui y se­rait af­fé­rente. His­toire de se mettre quelque chose sous la dent, en at­ten­dant des jours meilleurs… Au fait, qu'est-ce qui est éton­nant dans les pro­pos te­nus par le nou­vel am­bas­sa­deur de France en Tu­ni­sie, ayant pris ses fonc­tions le 10 sep­tembre, en rem­pla­ce­ment de Fran­çois Gouyette, par­ti re­joindre l'ara­bie Saou­dite après la fin de son man­dat en Tu­ni­sie?

A beau­coup de choses, à pas grand-chose, à rien? Pui­sez dans le tas, et si vous ne trou­vez pas votre compte, ra­bat­tez-vous sur son an­ti­chambre: un consu­lat, ou toute autre re­pré­sen­ta­tion di­plo­ma­tique qui y se­rait af­fé­rente. His­toire de se mettre quelque chose sous la dent, en at­ten­dant des jours meilleurs… Au fait, qu’est-ce qui est éton­nant dans les pro­pos te­nus par le nou­vel am­bas­sa­deur de France en Tu­ni­sie, ayant pris ses fonc­tions le 10 sep­tembre, en rem­pla­ce­ment de Fran­çois Gouyette, par­ti re­joindre l’ara­bie Saou­dite après la fin de son man­dat en Tu­ni­sie? Eton­nant ou cho­quant d’ailleurs, se­lon la ma­nière dont ces pro­pos ont été re­çus, puis­qu’il semble que ce­la ait fait po­lé­mique, dans la me­sure où il au­rait confié à un jour­na­liste fran­çais, lors d’une in­ter­view en­re­gis­trée le 30 août, que sa prin­ci­pale mis­sion se­rait d’as­su­rer la sé­cu­ri­té des res­sor­tis­sants fran­çais in­tra-mu­ros, et de va­quer à tra­quer les cel­lules dji­ha­distes dor­mantes, qui consti­tuent une me­nace pour la France, di­rec­te­ment ou par ri­co­chet, parce que pou­vant prendre pour cibles po­ten­tielles, les Fran­çais ré­si­dents en Tu­ni­sie. De quelque fa­çon que l’on re­tourne ces pro­pos jus­te­ment, pour mal­adroits qu’ils puissent pa­raître, parce que n’ayant pas été for­mu­lés dans le vo­ca­bu­laire, gé­né­ra­le­ment plus « soft », de la di­plo­ma­tie, on ne trouve, pour notre compte rien à y re­dire, pour une rai­son très simple: un am­bas­sa­deur est tou­jours man­da­té par la plus haute au­to­ri­té de son pays, à sa­voir la pré­si­dence, pour re­pré­sen­ter son pays, dé­fendre les cou­leurs de son pays, et les in­té­rêts de son pays, avant et après toute chose. Il re­çoit des ordres, il doit les exé­cu­ter. Il a des di­rec­tives: il doit les res­pec­ter. Il a des consignes: il ne peut pas en dé­vier. Il a des rap­ports à faire, il les fe­ra parce qu’il n’est pas là juste pour la parade. Ou pour la beau­té du geste. Oli­vier Poivre-d’ar­vor ne fait pas l’ex­cep­tion. Comme tous les di­plo­mates étran­gers, ayant été nom­més en Tu­ni­sie, ça se­ra son pays d’abord, le pays hôte en­suite. Elé­men­taire. Nos propres am­bas­sa­deurs, man­da­tés à l’étran­ger, doivent agir de même. Leur dra­peau d’abord, le pays d’ac­cueil en­suite. Ques­tion de prio­ri­té. Après, cha­cun sa fa­çon de faire, cha­cun sa fa­çon d’être. Mais dans le fond, les ob­jec­tifs sont les mêmes. Tou­jours. Le Quai d’or­say, ici en l’oc­cur­rence, veille au grain. Après, cha­cun ses fai­blesses, cha­cun ses in­cli­nai­sons. Ce­lui qui a beau­coup de ten­dresse pour la « dive bou­teille », peut ef­fec­ti­ve­ment se perdre pour elle, et ra­ter sa mis­sion. Ce­lui qui aime trop l’ar­gent, peut s’ou­blier, et perdre le nord, ce­lui qui a un faible pour les « frou­frous » peut s’éga­rer par mo­ments, ou pour tou­jours, et tra­duire de tra­vers les consignes de sa hié­rar­chie: c’est ar­ri­vé aus­si, et ça peut ar­ri­ver. La na­ture hu­maine est ain­si faite, et on ne peut pas tout cal­cu­ler. N’im­porte quelle tra­jec­toire, même tra­cée au cor­deau, peut connaître des va­cille­ments, mais ce­la de­meure tou­jours une ex­cep­tion; à part ce­la, Oli­vier Poivre d’ar­vor, ou un autre, qu’il soit « rouge de coeur », ou d’ex­trême droite, lors­qu’il est en mis­sion, il ne re­pré­sente plus un par­ti, ou une ten­dance, de quelque ori­gine qu’elle soit, mais bien son propre dra­peau. Et c’est dans l’ordre des choses. Un am­bas­sa­deur n’est pas un en­fant de choeur, même s’il ar­rive qu’une cer­taine em­pa­thie s’ins­talle, ou que le pas­sage de cer­tains, soient plus mar­quants que d’autres, parce que leur per­son­na­li­té au­rait don­né d’autres cou­leurs, à une mis­sion, qu’ils au­raient ac­com­plie, mais sur un ton, qui au­rait don­né une autre mu­sique. Qui au­rait eu le pri­vi­lège de plaire, lorsque d’autres dé­forment le tem­po à en cre­ver les tym­pans, du coup ils en de­viennent haïs­sables dans le pay­sage, parce qu’ils au­raient ho­no­ré leur dra­peau mais fou­lé aux pieds ce­lui du pays qui les a ac­cueilli. Ques­tion d’in­tel­li­gence du re­gard. Quand ce­la fait dé­faut, le ver­nis de fa­çade se cra­quelle très vite, et ce qui ap­pa­raît der­rière n’est pas très beau. Di­plo­ma­ti­que­ment par­lant… A part ça, c’est sur les faits qu’il faut ju­ger. Sa­voir at­tendre, sa­voir être à l’écoute. La co­lère est mau­vaise conseillère…

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