An­to­nio Gu­terres, le bon can­di­dat pour L'ONU

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

C’est l’autre élec­tion de l’au­tomne. Pas celle du pré­sident des Etats-unis, mais celle du fu­tur se­cré­taire gé­né­ral de l’or­ga­ni­sa­tion des Na­tions unies (ONU). Qui suc­cé­de­ra le 1er jan­vier 2017 au Sud-co­réen Ban Ki-moon, après dix an­nées de man­dat terne ? L’en­jeu est dé­ci­sif. La guerre, les ré­fu­giés, le cli­mat, le dé­ve­lop­pe­ment du­rable, L’ONU de­vrai­têtre au coeur de la gou­ver­nance mon­diale, mais elle est ef­fa­cée de­puis la guerre en Irak et trop mar­gi­na­li­sée par le jeu des puis­sances. Au­jourd’hui, L’ONU a be­soin d’un se­cré­taire gé­né­ral fort. Of­fi­ciel­le­ment, le suc­ces­seur de Ban Ki-moon se­ra in­ves­ti par l’as­sem­blée gé­né­rale des 193 pays membres. En réa­li­té, il se­ra choi­si par les quinze pays du Con­seil de sé­cu­ri­té, avec droit de ve­to pour les cinq membres per­ma­nents (Etats-unis, Rus­sie, Chine, Royau­meu­ni et France). Dans un louable sou­ci de trans­pa­rence, les can­di­dats ont dé­fi­lé à New York, et le Con­seil a mul­ti­plié les votes à blanc (fa­vo­rable, né­ga­tif ou neutre). Un can­di­dat émerge clai­re­ment, l’an­cien pre­mier mi­nistre por­tu­gais An­to­nio Gu­terres. A 67 ans, il a l’avan­tage d’avoir été dans le cercle des di­ri­geants mon­diaux, il connaît par coeur la ma­chine onu­sienne pour avoir gé­ré le Haut-com­mis­sa­riat aux ré­fu­giés jus­qu’en 2015, et, ce qui ne gâche rien d’un point de vue fran­çais, il est fran­co­phone et so­cia­liste. Au der­nier scru­tin, il a re­çu douze voix fa­vo­rables, une neutre et deux dé­fa­vo­rables. M. Gu­terres a deux han­di­caps : il n’est pas une femme et, sur­tout, n’est par d’eu­rope de l’est. C’est un se­cret de po­li­chi­nelle, le Por­tu­gais sus­cite des ré­ti­cences à Mos­cou. Il est vic­time de la nou­velle guerre froide que se livrent Oc­ci­den­taux et Russes. Une règle non écrite sti­pule qu’il doit y avoir une ro­ta­tion géo­gra­phique des se­cré­taires gé­né­raux. Après l’afrique avec le Gha­néen Ko­fi An­nan et l’asie avec Ban Ki-moon, le tour de l’ex-bloc so­vié­tique, vaste ré­gion al­lant de la Slo­vé­nie à l’asie cen­trale, se­rait ve­nu. Vingt-cinq ans après la chute de L’URSS, cette ré­par­ti­tion est d’au­tant plus ba­roque que la moi­tié des Eu­ro­péens de l’est est membre de L’UE et de L’OTAN et l’autre clai­re­ment dans l’or­bite de Mos­cou. On as­siste donc à la flo­rai­son de can­di­da­tures d’eu­rope de l’est plus ou moins par­rai­nées par Russes et Oc­ci­den­taux (le mi­nistre des af­faires étran­gères slo­vaque Mi­ro­slav Lac­jack et le serbe Vuk Je­re­mic sont ar­ri­vés juste der­rière M. Gu­terres, avec res­pec­ti­ve­ment 10 et 9 votes fa­vo­rables et 4 votes né­ga­tifs). Le match le plus co­casse op­pose deux femmes bul­gares : Iri­na Bo­ko­va, di­rec­trice gé­né­rale de l’unes­co, re­je­tée par les Amé­ri­cains no­tam­ment pour avoir fait en­trer la Pa­les­tine à l’unes­co ; la com­mis­saire eu­ro­péenne Kris­ta­li­na Geor­gie­va, can­di­date non déclarée mais pous­sée par An­ge­la Mer­kel. L’af­faire a don­né lieu à un pa­ta­quès entre Russes et Oc­ci­den­taux, qui conduit à neu­tra­li­ser ces deux can­di­da­tures fé­mi­nines. La pro­cé­dure de­vient de plus en plus opaque. A l’ap­proche de l’as­sem­blée gé­né­rale de L’ONU fin sep­tembre, le grand mar­chan­dage s’en­gage : les Chi­nois veulent ré­cu­pé­rer telle di­rec­tion, la Rus­sie ob­te­nir une le­vée des sanc­tions eu­ro­péennes sur l’ukraine, etc. Dé­but oc­tobre, un nou­veau vote in­di­ca­tif au­ra lieu et, cette fois-ci, les cinq per­ma­nents dis­po­se­ront d’un bulletin de vote rouge : on sau­ra quels can­di­dats sont vic­times d’un ve­to. M. Gu­terres a trois se­maines pour convaincre les Russes que L’ONU mé­rite mieux que quelques ar­ran­ge­ments entre vieux en­ne­mis.

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