Une trêve qui doit te­nir

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Les pre­miers ca­mions onu­siens d’aide hu­ma­ni­taire de­vraient ar­ri­ver à des­ti­na­tion ven­dre­di. La trêve est fra­gile par dé­fi­ni­tion, vu la na­ture mul­ti­po­laire du conflit. Une chose est cer­taine : cette trêve ne du­re­ra que si per­siste à Wa­shing­ton et Mos­cou la vo­lon­té de la faire te­nir. Le pré­sident russe, Vla­di­mir Pou­tine, contrôle le jeu en Sy­rie, une réa­li­té avec la­quelle le se­cré­taire d’état amé­ri­cain, John Ker­ry, se ré­signe, en l’oc­cur­rence, pour le bien des cen­taines de mil­liers de Sy­riens pri­son­niers de villes as­sié­gées. Sa­luons ces bal­bu­tie­ments di­plo­ma­tiques de conscience hu­ma­ni­taire quant à une guerre ci­vile qui a fait en cinq ans plus de 400 000 morts et des mil­lions de ré­fu­giés et de dé­pla­cés in­té­rieurs. Et es­pé­rons que le ces­sez-le-feu qui se met dif­fi­ci­le­ment en place de­puis lun­di soir tien­dra, de ma­nière à créer sur le ter­rain des condi­tions pro­pices à une cer­taine déses­ca­lade. Que la trêve dure dé­pend sur­tout de Mos­cou, évi­dem­ment, étant don­né l’in­fluence qu’il exerce sur le ter­rain et dans les sa­lons du dic­ta­teur Ba­char alas­sad. Que M. Pou­tine, dont la du­pli­ci­té n’est plus à dé­mon­trer, conti­nue de pen­ser qu’il est dans son in­té­rêt de voir du­rer le ces­sez-le-feu et ce­la pour­rait au moins for­cer d’autres bel­li­gé­rants mê­lés au conflit à te­nir leurs vio­lences en laisse, du moins mo­men­ta­né­ment. Sait-on ja­mais. Mos­cou semble en tout cas avoir pris acte du dan­ger pour lui­même de voir l’ara­bie saou­dite et d’autres pays du Golfe ac­croître le sou­tien qu’ils ap­portent en armes aux groupes re­belles qui leur sont alliés. En­ten­du que la trêve pour­rait ca­po­ter à tout ins­tant. Dans le meilleur des cas, l’aide trans­por­tée par une qua­ran­taine de ca­mions et des­ti­née à une ving­taine de villes allait at­teindre ven­dre­di des lo­ca­li­tés as­sié­gées, dont Alep, épi­centre de la crise hu­ma­ni­taire. Qu’elle ne se rende pas à ces gens qui manquent de tout — de nour­ri­ture, d’eau, d’élec­tri­ci­té, de sé­cu­ri­té — et il s’agi­ra d’un échec épou­van­table pour la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale.

Sur un autre plan, il est pré­vu que, si le ces­sez-le-feu tient jus­qu’à lun­di pro­chain, les États-unis et la Rus­sie ac­cep­te­ront de col­la­bo­rer mi­li­tai­re­ment au cha­pitre du par­tage des ren­sei­gne­ments dans la lutte contre le groupe État is­la­mique (EI). Ce qui n’est pas sans sou­le­ver de vives ob­jec­tions au dé­par­te­ment amé­ri­cain de la Dé­fense, où l’idée d’une as­so­cia­tion avec la Rus­sie passe fort mal. Dans l’im­mé­diat, les re­la­tions rus­soa­mé­ri­caines sont de toute fa­çon trop mau­vaises pour pen­ser, ou même ima­gi­ner, que ce pro­jet de col­la­bo­ra­tion se­ra vrai­ment fruc­tueux, ou en­core qu’il pour­rait éven­tuel­le­ment, par quelque mi­racle, contri­buer à désa­mor­cer les ten­sions et contri­buer à af­fai­blir du­ra­ble­ment le groupe EI. Il va de soi que la fin de la guerre ci­vile sy­rienne passe par une dé-ré­gio­na­li­sa­tion du conflit. On en est pour l’ins­tant très loin. Pen­dant ce temps, un nou­veau rap­port de L’ONU in­dique que près des deux tiers des six mil­lions d’en­fants consi­dé­rés comme des ré­fu­giés à l’échelle mon­diale ne vont pas à l’école. Pen­dant ce temps, le flux des mi­grants, sur­tout sy­riens, qui cherchent à re­joindre les côtes grecques a re­com­men­cé à aug­men­ter, alors que la mé­sen­tente entre la Tur­quie et l’union eu­ro­péenne pa­ra­lyse l’ap­pli­ca­tion de leur ac­cord conclu il y a plu­sieurs mois sur le ra­pa­trie­ment des ré­fu­giés… C’est dans ce contexte que les membres de L’ONU se réunissent la se­maine pro­chaine en as­sem­blée gé­né­rale pour se pen­cher spé­ci­fi­que­ment sur la crise mi­gra­toire. Qu’en sor­ti­ra-t-il ?

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