«Les dé­ci­deurs po­li­tiques ont une grande res­pon­sa­bi­li­té pour of­frir à nos jeunes plus de rêves»

• «On a re­cen­sé 17 cas de sui­cide d’enfants en 2015»

Le Temps (Tunisia) - - La Une - En­tre­tien conduit par Sal­ma BOURAOUI S.B

Fat­ma Char­fi, pré­si­dente du Co­mi­té tech­nique de lutte contre le sui­cide : «On a re­cen­sé 17 cas de sui­cides d’enfants en 2015»

Le coup d'en­voi de la ré­vo­lu­tion du jan­vier 2011 a été don­né par un jeune homme, ori­gi­naire de Si­di-bou­zid, qui s'était im­mo­lé par le feu. De­puis, le sui­cide est de­ve­nu un phénomène par­ti­cu­lier en Tu­ni­sie qui in­té­resse, de plus en plus les mé­dias. Des trai­te­ments mé­dia­tiques qui souffrent de plu­sieurs man­que­ments et qui in­quiètent les spé­cia­listes. Fat­ma Char­fi, pé­do­psy­chiatre à l'hô­pi­tal Mon­gi Slim et pré­si­dente du Co­mi­té tech­nique de lutte contre le sui­cide au mi­nis­tère de la San­té pu­blique a ré­pon­du à nos ques­tions, à l'oc­ca­sion de la te­nue de la jour­née scien­ti­fique, en fin de la se­maine der­nière, sous le thème de ‘la lutte contre le sui­cide, un dé­fi à re­le­ver'.

«Des fian­çailles à 12 ans est une forme de mal­trai­tance et né­ces­site une pro­tec­tion par les au­to­ri­tés com­pé­tentes.» «La pré­ven­tion du sui­cide né­ces­site une stra­té­gie plu­ri­dis­ci­pli­naire im­pli­quant plu­sieurs sec­teurs de­vant la di­ver­si­té des fac­teurs de risque et des po­pu­la­tions vul­né­rables.» «La mé­dia­ti­sa­tion du sui­cide peut conduire à des vagues de sui­cide. C’est ce qu’on ap­pelle l’ef­fet «Wer­ther». Il a été bien do­cu­men­té dans les études scien­ti­fiques réa­li­sées dans plu­sieurs pays à la suite de vagues de sui­cide.» «L’amé­lio­ra­tion de l’ave­nir des jeunes im­plique aus­si une amé­lio­ra­tion de l’en­vi­ron­ne­ment sco­laire, un meilleur ac­cès à la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, la lutte contre le chô­mage, la lutte contre la dé­lin­quance et la toxi­co­ma­nie.» «Les don­nées tu­ni­siennes en ma­tière de sui­cide ont mon­tré une ten­dance à l’aug­men­ta­tion, et ce, de­puis plus de 10 ans, sur­tout ces der­nières an­nées. Le re­cours à des moyens plus vio­lents a été ob­ser­vé de­puis 2011, ce qui a des consé­quences lourdes sur les pa­tients qui font des ten­ta­tives de sui­cide.»

Le coup d’en­voi de la ré­vo­lu­tion du jan­vier 2011 a été don­né par un jeune homme, ori­gi­naire de Si­di-bou­zid, qui s’était im­mo­lé par le feu. De­puis, le sui­cide est de­ve­nu un phénomène par­ti­cu­lier en Tu­ni­sie qui in­té­resse, de plus en plus les mé­dias. Des trai­te­ments mé­dia­tiques qui souffrent de plu­sieurs man­que­ments et qui in­quiètent les spé­cia­listes. Fat­ma Char­fi, pé­do­psy­chiatre à l’hô­pi­tal Mon­gi Slim et pré­si­dente du Co­mi­té tech­nique de lutte contre le sui­cide au mi­nis­tère de la San­té pu­blique a ré­pon­du à nos ques­tions, à l’oc­ca­sion de la te­nue de la jour­née scien­ti­fique, en fin de la se­maine der­nière, sur le thème de ‘la lutte contre le sui­cide, un dé­fi à re­le­ver’. -Le Temps : Une grande po­lé­mique a été pro­vo­quée par la pu­bli­ca­tion des pho­tos des fian­çailles d’une jeune fillette de douze ans à un jeune ado­les­cent de quinze. Cer­tains sont moins cho­qués que d’autres et ex­pliquent que les fian­çailles ne valent rien sur le plan ju­ri­dique. Que pen­sez­vous de cet ‘in­ci­dent’ ? Fat­ma Char­fi : Je pense, comme beau­coup d’entre nous, qu’en­vi­sa­ger une telle « union » est très grave, et pré­ju­di­ciable pour l’en­fant. En­vi­sa­ger des fian­çailles pour un en­fant va cer­tai­ne­ment en­tra­ver le dé­ve­lop­pe­ment af­fec­tif et la pé­riode d’ado­les­cence. A cet âge, le corps de l’en­fant est en pleine trans­for­ma­tion pu­ber­taire, l’ado­les­cence est une étape im­por­tante dans la vie de cha­cun, et doit être vé­cue avec sé­ré­ni­té. Il est im­por­tant de sen­si­bi­li­ser le grand pu­blic sur les consé­quences et les pré­ju­dices d’un tel acte, tel­le­ment pré­ma­tu­ré, dont la va­leur sym­bo­lique est cer­tai­ne­ment plus im­por­tante que le « ni­veau ju­ri­dique ». Je pense à tous les ef­fets né­ga­tifs sur l’ave­nir de cette en­fant dans son épa­nouis­se­ment per­son­nel, af­fec­tif et so­cial. J’es­père que les ac­tions en­tre­prises ac­tuel­le­ment vont per­mettre à la fa­mille de la jeune fille de prendre conscience de l’im­pact de cette dé­ci­sion, de sa gra­vi­té, et de prendre les me­sures né­ces­saires. -Le dé­lé­gué de l’en­fance a ac­cor­dé une dé­cla­ra­tion très étrange où il a ex­pli­qué que le corps de la fillette est as­sez ‘mûr’ et qu’elle semble être consen­tante. Quel im­pact pour une telle po­si­tion de la part du représentant of­fi­ciel des au­to­ri­tés concer­nées dans cette af­faire ? Il me semble qu’une dé­ci­sion de le dé­mettre de ses fonc­tions a été prise, compte te­nu du fait que l’en­fant n’a pas eu la pro­tec­tion qu’il faut. En Tu­ni­sie, nous avons la chance d’avoir un sys­tème de pro­tec­tion de l’en­fance, de­puis plus d’une ving­taine d’an­née, qui a été mis en place quand la Tu­ni­sie a ra­ti­fié le Code de la Pro­tec­tion de l’en­fance. Même si ce cas pré­cis ne fi­gure pas en tant que tel dans le texte re­la­tif à l’en­fance en dan­ger dans le code de la pro­tec­tion de l’en­fance, il n’en de­meure pas moins que l’es­prit et la phi­lo­so­phie de ce code est de consi­dé­rer que chaque en­fant qui su­bit un acte en­tra­vant le bon dé­rou­le­ment de son dé­ve­lop­pe­ment psy­cho-af­fec­tif, est un en­fant en dan­ger. C’est la rai­son pour la­quelle, le rôle des ac­teurs de la pro­tec­tion de l’en­fance est d’être vi­gi­lant face à ce type de si­tua­tion. Des fian­çailles à 12 ans est une forme de mal­trai­tance et né­ces­site une pro­tec­tion par les au­to­ri­tés com­pé­tentes.des si­tua­tions si­mi­laires de­vraient être évi­tées par une po­li­tique de pré­ven­tion et de sen­si­bi­li­sa­tion. Nous as­sis­tons, en ef­fet, de plus en plus à des nou­velles formes de « mal­trai­tance » par­fois am­bigües ; c’est pour­quoi le lé­gis­la­teur, les dé­ci­deurs, les ac­teurs de la pro­tec­tion de l’en­fance et même la so­cié­té ci­vile doivent se pen­cher sur ces ques­tions pour ga­ran­tir la pro­tec­tion de notre jeu­nesse en par­ti­cu­lier ceux qui sont ex­po­sés à ces dé­rives.

- La lutte contre le sui­cide, un dé­fi à re­le­ver’, tel a été le thème de la jour­née scien­ti­fique or­ga­ni­sée, en fin de la se­maine der­nière à Beït Al Hik­ma. Que pou­vons-nous re­te­nir de cette ma­ni­fes­ta­tion ? Cet évè­ne­ment a été or­ga­ni­sé à l’oc­ca­sion de la Jour­née in­ter­na­tio­nale de lutte contre le sui­cide et la Tu­ni­sie fait par­tie des pays qui font de la pré­ven­tion du sui­cide. Cette jour­née de ré­flexion a réuni plu­sieurs confé­ren­ciers de dif­fé­rentes spé­cia­li­tés ain­si qu’un pu­blic in­té­res­sé. Ont été évo­quées l’évo­lu­tion du sui­cide de­puis dix ans dans le contexte tu­ni­sien, l’évo­lu­tion du pro­fil des su­jets qui se sui­cident par le feu ou qui tentent de s’im­mo­ler par le feu au cours des der­nières 40 an­nées, tra­vail pré­sen­té par le Pr Ama­nel­lah Mes­sa­di, fon­da­teur du ser­vice des grands brû­lés de Ben Arous. Cet acte d’im­mo­la­tion mal­heu­reu­se­ment en­core pré­sent et pré­oc­cu­pant, s’ins­crit très sou­vent dans une di­men­sion po­li­tique ou de pro­tes­ta­tion, comme l’a pré­ci­sé le Pr Ker­rou, so­cio­logue et po­li­to­logue. La pré­ven­tion du sui­cide né­ces­site de ce fait une stra­té­gie plu­ri­dis­ci­pli­naire im­pli­quant plu­sieurs sec­teurs de­vant la di­ver­si­té des fac­teurs de risque et des po­pu­la­tions vul­né­rables. Le rôle des mé­dias a aus­si été évo­qué, tant sur le plan de la pré­ven­tion -par l’in­for­ma­tion du pu­blic cible sur les signes d’alerte et les per­sonnes res­sources-, que sur les risques d’une mé­dia­ti­sa­tion in­ap­pro­priée et ex­ces­sive. La mise en place de di­rec­tives en ma­tière de cou­ver­ture mé­dia­tique du sui­cide a été re­com­man­dée. En­fin, les in­ter­ven­tions de psy­chiatre, pé­do­psy­chiatre et an­thro­po­logue ont por­té sur la souf­france des per­sonnes sui­ci­daires, tou­jours pré­sente, et qui né­ces­site d’être en­ten­due tant par l’en­tou­rage que par les pro­fes­sion­nels. Ecou­ter cette souf­france per­met dans plu­sieurs cas de désa­mor­cer la crise sui­ci­daire. Cette crise est sou­vent mo­men­ta­née, mar­quée par l’am­bi­va­lence quant aux idées sui­ci­daires, avec une re­cherche de so­lu­tions à la souf­france et une ten­ta­tive de vivre au­tre­ment. C’est pour­quoi d’ailleurs, dans notre co­mi­té de lutte contre le sui­cide, nous avons mis en place un pro­gramme na­tio­nal de for­ma­tion des in­ter­ve­nants de pre­mière ligne en ma­tière de dé­pis­tage et de prise en charge des su­jets sui­ci­daires. Le dé­bat du col­loque a été aus­si en­ri­chi par les points de vue de l’is­la­mo­logue et du ju­riste, qui donnent des ré­ponses sur la com­pré­hen­sion de ces as­pects tout aus­si im­por­tants.

-Les chiffres re­la­tifs au sui­cide en Tu­ni­sie de­viennent de plus en plus alar­mants. Quelles en sont les prin­ci­pales causes se­lon vous ? Le terme « alar­mant » n’est pas adap­té eu égard aux sta­tis­tiques, mais ce qui doit être mis en avant c’est que le sui­cide est évi­table, et que nous de­vons conju­guer nos ef­forts pour in­ver­ser la ten­dance ac­tuelle dans notre pays. En ef­fet, les don­nées tu­ni­siennes en ma­tière de sui­cide ont mon­tré une ten­dance à l’aug­men­ta­tion, et ce, de­puis plus de 10 ans, sur­tout ces der­nières an­nées. Le re­cours à des moyens plus vio­lents a été ob­ser­vé de­puis 2011, ce qui a des consé­quences lourdes sur les pa­tients qui font des ten­ta­tives de sui­cide. C’est cette ten­dance qui nous in­quiète. Les causes sont mul­tiples, le sui­cide est dans la plu­part des cas en rap­port avec la pré­sence d’une ma­la­die psy­chia­trique, c’est le fac­teur de risque le plus im­por­tant. La dé­pres­sion est le trouble le plus pour­voyeur de conduites sui­ci­daires, mais tous les autres troubles peuvent conduire à ces com­por­te­ments. Comme par exemple, les troubles de la per­son­na­li­té et la toxi­co­ma­nie, qui est de­ve­nu un vé­ri­table fléau. Amé­lio­rer le sui­vi et le trai­te­ment des ma­la­dies psy­chia­trique est donc un im­pé­ra­tif et une né­ces­si­té si on veut lut­ter contre le sui­cide. A co­té de ce­la, d’autres fac­teurs peuvent être à l’ori­gine d’une vul­né­ra­bi­li­té sur le plan in­di­vi­duel et conduire aux com­por­te­ments sui­ci­daires quand le su­jet est confron­té à des fac­teurs de stress. Dans ce dernier cas, le su­jet n’ar­rive pas à af­fron­ter ces dif­fi­cul­tés et passe à l’acte. Par­mi ces fac­teurs, on peut ci­ter: un en­vi­ron­ne­ment pa­tho­gène, des évè­ne­ments de vie né­ga­tifs, un échec ou plu­sieurs échecs, une hu­mi­lia­tion, des condi­tions de vie dif­fi­ciles, un trau­ma­tisme, la mal­trai­tance dans toutes ses formes, etc. On re­trouve sou­vent une ac­cu­mu­la­tion plu­sieurs fac­teurs qui vont sub­mer­ger la ca­pa­ci­té de l’in­di­vi­du à faire face à ses dif­fi­cul­tés, aux­quelles s’ajoutent l’iso­le­ment et l’ab­sence de com­mu­ni­ca­tion avec l’en­tou­rage. -On cite sou­vent le trai­te­ment mé­dia­tique comme l’une des causes de cette im­por­tante évo­lu­tion. Concrè­te­ment, quelles sont les ha­bi­tudes à ban­nir de nos mé­dias lorsque l’on se penche sur un su­jet aus­si dé­li­cat que ce­la ? La mé­dia­ti­sa­tion du sui­cide peut conduire à des vagues de sui­cide. C’est ce qu’on ap­pelle l’ef­fet « Wer­ther ». Il a été bien do­cu­men­té dans les études scien­ti­fiques réa­li­sées dans plu­sieurs pays à la suite de vagues de sui­cide. Ce risque de « conta­gion » concerne les su­jets dé­jà vul­né­rables au sui­cide, qui ex­po­sés à cer­tains re­por­tages ou faits mé­dia­tiques, pré­ci­pitent le pas­sage à l’acte sui­ci­daire. Ce risque est im­por­tant quand il s’agit de té­moi­gnage de su­jets sui­ci­dés, en par­ti­cu­lier quand la mé­thode sui­ci­daire est ex­po­sée, les ca­rac­té­ris­tiques de la vic­time sont pré­ci­sées, les causes du sui­cide sont sim­pli­fiées ou ré­duites au fac­teur pré­ci­pi­tant et quand l’his­toire est trai­tée de ma­nière sen­sa­tion­nelle et en termes po­si­tifs, pour ne ci­ter que les prin­ci­paux fac­teurs im­pli­qués dans l’ef­fet Wer­ther. Nous avons vé­cu en Tu­ni­sie une vague de sui­cide chez les enfants et les ado­les­cents fin 2014, la mé­dia­ti­sa­tion a été par­ti­cu­liè­re­ment ex­ces­sive, et à des heures de grande au­dience. Il faut aus­si rap­pe­ler que le rôle des mé­dias est très im­por­tant pour la lutte contre le sui­cide. C’est pour­quoi la pro­mo­tion d’une cou­ver­ture mé­dia­tique per­met­tant de sen­si­bi­li­ser le grand pu­blic sur ce phénomène et de trans­mettre les mes­sages per­met­tant aux ci­toyens le re­cours aux struc­tures de soins et aux ré­seaux d’aide est im­por­tante. -Quand on dit sui­cide, on dit mi­sère et blo­cage au ni­veau des ho­ri­zons. Tou­te­fois, il est dif­fi­cile de son­ger à ces deux vo­lets quand on parle de sui­cide des enfants de moins de quinze ans… Concer­nant le sui­cide des enfants de moins de 15 ans, c’est l’une des si­tua­tions très pré­oc­cu­pantes. On a re­cen­sé 17 cas en 2015. Leur pro­blé­ma­tique est sou­vent com­plexe, ces cas sont sou­vent se­con­daires à des pro­blèmes de san­té men­tale et/ou des pro­blèmes de mal­trai­tances phy­siques ou sexuelles avec une dé­faillance de dé­pis­tage et de prise en charge, donc un en­vi­ron­ne­ment peu fa­vo­rable. De ma­nière gé­né­rale, il faut trai­ter le mal être des enfants et des jeunes. Cer­tains sont sou­mis à des fac­teurs d’ad­ver­si­té psy­cho­so­ciales, et qui doivent at­ti­rer l’at­ten­tion de tous les ac­teurs: cli­ni­ciens, tra­vailleurs so­ciaux, en­sei­gnants et dé­lé­gués de la pro­tec­tion de l’en­fance. Il est im­por­tant d’amé­lio­rer leur prise en charge qui ne peut se faire que de ma­nière plu­ri­dis­ci­pli­naire, et j’in­siste beau­coup sur cet as­pect. On le fait dé­jà dans notre pra­tique quo­ti­dienne mais beau­coup d’ef­forts res­tent à faire pour amé­lio­rer l’ac­cès aux soins à ces jeunes, et l’ac­cès aux struc­tures de loi­sir et d’aide sco­laire. Pour ré­pondre à votre ques­tion qui concerne les condi­tions so­ciales des jeunes et les dif­fi­cul­tés de pro­jec­tion dans l’ave­nir, l’im­por­tant est de conju­guer nos ef­forts pour ap­por­ter à nos jeunes une meilleure qua­li­té de vie et de nou­velles pers­pec­tives mal­gré les dif­fi­cul­tés ren­con­trées. Cet ob­jec­tif ne peut se réa­li­ser sans une vo­lon­té po­li­tique et sans une re­lance éco­no­mique. Par ailleurs, en dé­pit des dif­fi­cul­tés so­ciales et éco­no­miques, on peut amé­lio­rer la san­té men­tale des jeunes en pro­po­sant des ac­ti­vi­tés spor­tives et cultu­relles, en amé­lio­rant les condi­tions de sco­la­ri­té, tout ce­ci dans le but d’ap­por­ter l’es­poir, une meilleure es­time de soi et des meilleures com­pé­tences de vie pour faire face à l’ad­ver­si­té. -On dit que nos jeunes sont de­vant trois choix : le sui­cide, l’im­mi­gra­tion clan­des­tine ou la ra­di­ca­li­sa­tion. Man­quons-nous de rêve et d’es­poir en Tu­ni­sie ? La Tu­ni­sie passe par une grande crise, so­ciale, éco­no­mique et même iden­ti­taire. Le contexte ac­tuel n’est pas as­sez fa­vo­rable pour per­mettre à nos jeunes de rê­ver, de se pro­je­ter, de se construire par­fois, ce qui conduit beau­coup d’entre eux à ces choix mal­heu­reu­se­ment « sui­ci­daires ». Les dé­ci­deurs po­li­tiques ont une grande res­pon­sa­bi­li­té pour of­frir à nos jeunes plus de « rêves ». Il faut aus­si rap­pe­ler que la si­tua­tion des jeunes vi­vant dans les zones ru­rales est très pré­oc­cu­pante et ex­plique ce désar­roi. De même, la pré­ca­ri­té et le chô­mage qui frappent une bonne par­tie de nos conci­toyens sont source de mal être et de pes­si­misme. A ce­ci s’joute sou­vent un cli­mat de vio­lence très pré­sent en in­tra et ex­tra fa­mi­lial, pou­vant être par­fois la consé­quence de ce mal être. Par ailleurs, il existe une vé­ri­table crise dans la dy­na­mique fa­mi­liale, avec sou­vent une faillite de l’au­to­ri­té pa­ren­tale et du rôle pro­tec­teur de la fa­mille. Tout ce­ci nous pré­oc­cupe et je pense qu’il faut une vo­lon­té po­li­tique pour amé­lio­rer cette si­tua­tion. L’amé­lio­ra­tion de l’ave­nir des jeunes im­plique aus­si une amé­lio­ra­tion de l’en­vi­ron­ne­ment sco­laire, un meilleur ac­cès à la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, la lutte contre le chô­mage, la lutte contre la dé­lin­quance et la toxi­co­ma­nie. Pour être un peu po­si­tive, il faut rap­pe­ler le tra­vail fait par les as­so­cia­tions qui s’est beau­coup dé­ve­lop­pé ces der­nières an­nées. De même, on peut se ré­jouir de la créa­ti­vi­té et des pro­duc­tions dans plu­sieurs do­maines cultu­rels qui se sont mul­ti­pliés de­puis 2011, car la li­ber­té a per­mis la créa­ti­vi­té et da­van­tage d’ex­pres­sion ar­tis­tique. Tout ce­ci peut ap­por­ter un meilleur bien être à nos jeunes et leur per­mettre d’être plus ré­si­lient et donc plus po­si­tifs pour af­fron­ter les aléas de leur par­cours.

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